Paris Violence – En Attendant L’Apocalypse

Pays : France
Genre : Punk Rock / Synthwave
Label : Dialektik Rds
Date de sortie : 2003

Aujourd’hui c’est très simple, je vais vous parler d’un album qui pour moi est une pépite, un disque remplie de tubes. Ce dernier adjectif est un peu osé quand on connaît l’ambiance qui régnait à l’époque chez Paris Violence. Époque où le groupe avait délaissé le punk nihiliste pur et dur pour l’agrémenter de synthwave et s’enliser dans un délire plus macabre et un nouvel univers thématique. Un univers qui mêle le dandysme, Les Décadents et autres joyeusetés morbides.


Si vous cherchez de l’espoir, vous n’êtes pas du tout au bon endroit, fuyez vite. Les Décadents, écrivains de la fin du XIXème, n’étaient sûrement pas de joyeux personnages et vous n’auriez sans doutes pas voulu passer une soirée avec ces gens. C’est pourtant la source d’inspiration principale de Paris Violence dans cet album.

Cet album met encore une fois en pratique la théorie de Céline, on peut faire quelque chose de beau avec le laid, voire même ce que l’humain a de plus laid à offrir. Les riffs et les mélodies sont tous très accrocheurs et très beaux mais sonnent en même temps de manière terriblement triste. Niveau musique, on a ici un mélange des plus détonants, les synthétiseurs sonnent purement synthwave, tandis que les guitares mélangent punk rock et heavy metal mélodique. En parallèle, les textes écris de la plume de génie de Flav sont tous plus sombres les uns que les autres, égalant sans problème nombre de groupes de black ou de death en la matière.

D’un point de vue production et mixage, cet album est loin d’avoir le coté punk garage qui aurait pu en rebuter certains dans ce que faisait le groupe jusqu’alors. En effet, on est face à ce que Paris Violence a fait de plus abouti à tout les niveaux et la production ne déroge pas à la règle, les guitares ont un son assez grésillant mais quand même très bien placé dans l’espace sonore, tandis que les claviers occupent une très bonne place.

Le seul bémol est la voix rauque de Flav, bien que très concordante à l’ambiance nihiliste dans laquelle officie Paris Violence, il est fort possible qu’elle vous dérange au début mais vous finirez par vous en accommoder. De plus, cette faiblesse au niveau vocal est compensée par deux choses, les textes écrits par Flav (dont je parlerai dans un instant) et les refrains, où Flav essaie malgré tout de chanter du mieux qu’il peut. Ces derniers sont tous plus catchy les uns que les autres et restent en tête pendants des jours, nous ensorcelant et nous donnant envie de revenir à l’album.

Comme je le disais plus haut, Flav a toujours été un parolier de génie, et cet album est encore une fois ce qu’il a fait de mieux au niveau des textes. Beaucoup sont écrits en alexandrins et décrivent pêle-mêle la désillusion dandy, le nihilisme, l’attrait du macabre, la solitude, les hallucinations liées à l’opium, les déboires des écrivains de fin-de-siècle… On pourrait presque trouver que Flav en fait trop dans cet univers, et que ça pourrait en devenir caricatural. Et pourtant, Flav frappe toujours juste et ses textes sont assommants de puissance évocatrice.

En effet, chaque texte explore à fond son petit thème et emmène immédiatement notre esprit dans un autre univers. « Dandysme » joue la carte de la misanthropie et du dédain bourgeois tout en montrant un attrait maladif pour l’esthétique et la débauche. Le texte fait référence à cet intérêt morbide des dandys décadents, mêlant goût du luxe et de la drogue aux « débauches les plus sordides… » Ce genre d’atmosphère est retranscrite à la perfection par la voix grave de Flav qui déclame ici ses octosyllabes décadentes.

Autre exemple, « Confession d’un Opiomane » met en musique le livre de Thomas de Quincey (qui a inspiré Baudelaire lui même), et remonte quand à lui le temps au début du XIXème siècle pour aborder le sujet de la drogue et ses effets destructeurs sur la santé mentale. Le texte décrit les hallucinations dont sont victimes les opiomanes et leurs « âmes tourmentées ». Le refrain de cette piste est à mon goût l’un des meilleurs de la discographie de Paris Violence, et fait intervenir des genres de chœurs hurlant leur tourments. Ce refrain a une puissance évocatrice immense, revient à de nombreuses reprises, et vous restera en tête très très longtemps.

Petit avertissement, n’écoutez pas cet album si vous êtes en phase de déprime, où vous verrez cette dernière s’empirer tant cette musique est puissante dans la tristesse . Car cet album, n’est il pas au fond qu’un long hymne au désespoir bien réalisé et une sublimation de la décadence ? En tout cas, si vous avez la tête bien reposée, foncez écouter cette perle, elle est la preuve qu’on peut créer une oeuvre avec ce qu’il y a de plus laid dans l’humanité. Cependant il y a de grandes chances que vous ne vous en libériez pas, tant son contenu est addictif.

 

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