Shadowland – Cold, Scars and Your Galaxy

Pays : Russie
Genre : Black Metal Atmosphérique / Ambient
Label : Indépendant
Date de sortie : 20 décembre 2017

Il y a quelques semaines, Shadowland, le très productif one man band de black metal atmosphérique, sortait son sixième album en seulement trois années d’existence. Tout aussi stakhanoviste que son compatriote russe Annorkoth, Gordan multiplie les sorties en restant dans son coin. Ne touchant pas plus que les érudits du genre, son oeuvre, bien que dépourvue d’une grande originalité, se veut très personnelle et authentique, dédiée à la nature et à la mélancolie. Ce dernier album, sorti uniquement au format digital pour le moment, est construit comme un long hymne à l’hiver baignant dans une atmosphère mystique.

Tout respire l’hiver dans cet album, mais on est loin de l’hiver tel qu’il est exprimé dans les œuvres de Taake ou de Evilfeast par exemple. Ici, le froid n’est plus un ennemi, l’hiver paraît moins dangereux, moins inquiétant. Shadowland essaye de donner à son hiver un côté enchanteur, calme et rassurant. L’hiver ne se ressent pas ici comme un blizzard destructeur, mais plutôt comme une longue nuit froide, où la neige tombe lentement pendant que la lune éclaire un paysage féerique. Pour nous faire ressentir cet enchantement, Gordan utilise des procédés très basiques et officie dans un style assez éculé, mais il le fait bien et sait doser avec justesse chacune de ses compositions. Gordan n’est peut être pas un musicien de génie et encore moins un technicien, mais une chose est sûre, il arrive à exprimer ses sentiments à merveille et sait insuffler une grande puissance évocatrice à sa musique.

Les nuées de claviers et de synthétiseurs sont omniprésentes tout au long de l’album, et forment le cœur de la musique. Elles sont toujours là, présentes dans l’arrière plan musical, comme un léger vent glacé, rafraîchissant, qui souffle pour nous rappeler que l’hiver est là. Le style flirte parfois avec le dungeon synth, en laissant tout bonnement la place principale aux claviers, s’entrelaçant en plusieurs lignes musicales parfaitement concordante et dévoilant des mélodies transpirant la nostalgie et la contemplation.

Les guitares sont souvent délaissées mais utilisées avec brio. Sur « These Eyes See the Universe Through the Snow », elles vont doucement instaurer une atmosphère mélancolique avec une longue introduction en guitare clean, pour ensuite instaurer un rythme laissant la place aux claviers, et revenir de manière épisodique, jouant de longs leads mélodiques, tout en lenteur, apportant sérénité et paix intérieur.

Cette sérénité se ressent aussi dans la voix de Gordan, oscillant entre le chantonnement et l’incantation, nous berçant, nous rassurant, comme pour nous dire que cette nuit hivernale russe ne durera pas éternellement. Cependant, les voix hurlées se font plus discrètes et notre oreille les oublie très facilement, elles ont plus un rôle d’accompagnement des passages les plus dynamiques. La batterie et la basse se font elles aussi très discrètes, et cette dernière n’émerge que rarement parmi les autres instruments. En somme, rien de très gênant quand on parle de black atmosphérique. En revanche, Gordan maîtrise très bien ce que tout compositeur du genre se doit de maîtriser, c’est à dire les multiples alternances de tempos, toujours très bien ficelées, comprenant de nombreuses interludes chantées à l’ambiance mystique. Le seul point faible que je trouve à l’album est « Lake of 1000 Forgotten Shadow » qui est à la fois agaçante à la longue et assez superflue.

Hormis son manque d’originalité, peu de choses peuvent êtres reprochées à cet album. La plupart des morceaux respirent la beauté, une beauté qui s’exprime au travers de la mélancolie, du froid, de la nuit mais aussi de la douceur. Cold, Scars and Your Galaxy est l’album qui vous aidera à affronter l’hiver et sa léthargie, vous faisant apprécier sa langueur et ses longues nuits. Vous plongeant dans une hibernation mystique où votre esprit, lui, voyagera au cœur de forêts enchantées où les loups chassent dans la neige jusqu’au petit matin.

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