Sun Through Eyelids – Hyperborea

Pays : Russie
Genre : Dark Ambient
Label : Black Mara
Date de sortie : 25 Avril 2018

Après quelques albums assez peu convaincants de la part de l’habituellement excellent Black Mara, j’avais été ravi de voir l’annonce de ce nouvel opus de Sun Through Eyelids. L’entité avait déjà sorti l’excellent Ever Blooming en 2017, qui avait eu un fort impact sur votre serviteur. Hyperborea s’annonçait grandiose, avec ses artworks somptueux et son thème passionnant.

L’Hyperborée, cette contrée mythique dans laquelle les hommes touchent le ciel, a inspiré beaucoup d’œuvres à travers l’histoire de la musique. Autant chez les grands compositeurs « classiques » que dans notre cher black metal d’ailleurs. Et force est d’admettre qu’une terre aux confins du monde dans laquelle l’homme aurait enfin la révélation de l’au-delà, de l’après, était toute disposée à être évoquée dans les albums de la musique spirituelle par excellence. Ce qui est d’ailleurs à peu près aussi valable pour le black metal que pour l’ambient.

Hyperborea se divise en dix pistes d’une durée culminant à la dizaine de minutes pour la plus étendue. C’est un album long, minimaliste, froid et incroyablement mystique. Tout dans cette musique est fait de glace et de givre, palpitant de spiritualité. L’album a ceci de merveilleux qu’il réutilise tous les éléments du dark ambient et de l’ambient tout court sans tomber dans la redite. Si beaucoup d’albums dans le style se ressemblent entre eux, Hyperborea ne vous évoquera rien d’autre. Rien d’autre que ce qu’il veut vous faire voir.

Et ce qu’il veut vous faire voir, c’est un désert blanc. Une marche dans une Sibérie lointaine, à une époque antédiluvienne. Tout l’album est une plongée dans une spiritualité et un ritualisme qui baigne dans les vieilles croyances qu’on ne saurait définir. L’appel aux Cieux par la nature la plus dépouillée. Le frémissement des plaines blanches et infinies suscités par des entités se allant planer entre les souffles du vent. Les nappes de claviers, les tintements de cloches, les vagues gémissements, les quelques apparitions de ce qui semble être des cordes… Tout n’est qu’évocation.

Mais ce qui différencie une œuvre d’ambient d’un disque de Nature et Découverte, c’est la transe. Et Hyperborea a sans aucun doute la capacité à faire naître la transe. Votre serviteur n’a jamais aimé l’expression « cette musique me fait voyager » ou « me fait m’échapper ». Trop quantifiable, trop commun, trop concret, trop futile et petit. Les disques de l’enseigne précédemment citée vous font voyager. Une carte postale fait voyager. La musique a le pouvoir infiniment supérieur non pas de vous couper de la réalité quelques minutes, mais d’enrichir celle-ci. Il n’y a pas de fumée sans feu. Un disque de cette trempe ne naît pas simplement ex nihilo de techniques de composition, de balades sur clavier, de travail.

Tous ces éléments sont des canaux, des catalyseurs. Le feu, lui, c’est ce qu’a ressenti le compositeur. Et Hyperborea est une illustration parfaite de cette vision des choses. Par quelques notes de clavier, des clochettes et des sons indéfinissables, on sent que le créateur n’a pas simplement produit du son, mais qu’il cherche à faire vivre quelque chose qu’il a ressenti, perçu. Fantasmé peut-être, mais on ne fantasme pas sur du vide. L’ambient, musique abstraite entre toutes, est le vecteur le plus clair que la musique est capable de transmettre bien plus que des émotions, mais aussi les échos inexplicables et fugaces de perceptions venues d’ailleurs. D’où la certitude de votre serviteur que l’ambient est moins un courant musical qu’un art sonore à part. Un rituel.

Hyperorea transmet un sentiment et une certitude d’au-delà d’une intensité effrayante. Ce n’est pas un album réussi, c’est un testament, un fragment, une attestation ou une manifestation de quelque chose d’inexplicable humainement, que les sens ne peuvent saisir, mais que l’esprit perçoit. C’est une œuvre magistrale et authentiquement transcendante, au sens le plus fort de ce mot bien galvaudé. Et comme toute œuvre de cette trempe nécessite un écrin exceptionnel, Black Mara a encore une fois produit un somptueux reliquaire pour la nouvelle merveille sortie sous son égide.

Votre serviteur a vécu quelque chose de fort avec cet album. Quelque chose d’inspirant, de troublant et de puissant. Quelque chose qui appelle à la créativité et à l’exigence. Si vous êtes pratiquant de l’ambient, alors Amen je vous le dis, vous ne devez pas passer à côté de ceci, car vous y trouverez tout ce que vous cherchez dans cet art.

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