In Tenebris Scriptus – A Dark Aural Tribute to H​.​P​.​ Lovecraft

Pays : Italie / International
Genre : Dark ambient / Musique Expérimentale
Label : Eighth Tower Records
Date de sortie : 1er juin 2018

L’œuvre d’H. P. Lovecraft, écrivain américain passé maître du genre horrifique et fantastique, a inspiré de nombreux domaines, tant le cinéma que les jeux vidéos. Le nombre de projets est à la hauteur de la puissance de l’oeuvre de l’écrivain de Providence. En musique, on retrouve autant d’inspirations possibles que de projets qui lui rendent hommage. Sortie chez Eighth Tower Records, In Tenebris Scriptus – A Dark Aural Tribute to H. P. Lovecraft n’est pas une compilation de plus autour de l’univers lovecraftien. Elle réunit en effet un choix pertinent de musiciens de dark ambient aguerris comme de nouveaux venus, et séduit par sa diversité mais aussi par l’audace de certaines compositions.

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Quelques notes de guitare qui se perdent dans l’espace ouvrent merveilleusement bien ce projet. L’artiste ukrainien Monocube, à travers une piste pleine de sobriété et de maîtrise, met en place un thème envoutant et mystérieux. « Dwelling in Mayhem » nous propose un espace sonore à la fois aérien et acide. Les arpèges du début du morceau introduisent des couches à la fois bruitistes, un larsen qui se reflète dans l’espace, des textures de synthétiseur charnues qui bâtissent un paysage peut être corrosif mais jamais dérangeant.

Corona Barathri nous emmène ensuite au sein d’un rituel étrange. « Litania Antiquis » dévoile des voix suaves qui se mêlent aux cloches sur une variation de violoncelle. Les chœurs, les effets sonores participent à cet aura de mystère, plus lyrique et rêveuse qu’horrible, malgré les bruits d’eaux coulantes qui nous rappellent l’ambiance sombre et moite qui est récurrente chez l’auteur américain. L’ensemble est lyrique et parfaitement maîtrisé. Nihil Impvlse rend quant à lui hommage à un poème de Lovecraft. « Astrophobos » est un morceau tout en rythme dont la base est un motif de synthétiseur à la fois rugueux et archaïque. Le morceau est acide et transforme rapidement une simple formule en un paysage plus complexe, où se mêlent des voix monstrueuses et des nappes lancinantes.

The Serpent, quant à lui, se situe dans un univers marin. « Corona Nyarlathotepis » s’ouvre sur un enregistrement acoustique qui nous fait passer d’une déambulation sur une plage, du cri des mouettes aux profondeurs abyssales et ténébreuses de la mer. Très vite, ce morceau devient une drone qui exprime parfaitement un voyage vers ce monde inconnu, dans lequel on retrouve les vestiges et les créatures du mythe de Cthulhu. Les pads forment un morceau épique qui emprunte aux codes de la musique du cinéma. Le riff de synthétiseur nous capture littéralement malgré quelques maladresses. La gamme orientale employée se lie parfaitement aux effets sonores composés à partir de cordes.

Nous retrouvons ensuite l’artiste italien et producteur Sonologyst, Raffaele Pezzella de son vrai nom, qui est à l’origine de cette compilation et du label. « Cryptic Realms » est une piste relativement courte de drone noise, qui est bienvenue et qui forme une parfaite transition vers des morceaux plus illustrés. De multiples textures bruitistes forment un vortex dans lequel émerge rapidement un synthétiseur qui clôture ce morceau. L’artiste américain Noctilucant s’attaque quant à lui à la dernière nouvelle de Lovecraft, « The Haunter of the Dark », qui commence par des enregistrements de pluies qui se mêlent au bruit du vent. L’ambiance est sombre dans ce paysage sonore qui reflète parfaitement l’histoire, qui est gothique et symboliste à souhait. Cette piste évolue rapidement vers un environnement fermé et une mélodie fracassée qui collent parfaitement à l’église de l’histoire et les antiques malédictions qu’elle renferme.

Dans une veine plus rituelle, Martyria évoque à travers « A Light on the Hilltops » le poème Festival. Les percussions et les flûtes graves sont au rendez-vous pour soutenir une voix qui susurre quelques malédictions. L’ambiance est en tous cas puissante et malsaine à souhait, et colle bien au poème qui évoque des rituels satanistes réalisés par des cannibales. L’artiste iranien Xerxes The Dark réalise quant à lui un morceau plein de mystère qui mêle les sonorités monstrueuses des mutants d’Innsmouth à des évocations rituelles de ce paysage, comme en utilisant des sons de cloches et différents éléments qui bâtissent une progression des plus intéressantes. Les enregistrements se répètent et se lient à différentes strates sonores, qui font de ce morceau une évocation réussie de l’univers de la nouvelle Le cauchemar d’Innsmouth à la fois glauque et pleine de suspens et d’évocations en terme d’univers sonore. On imagine volontiers les anciennes usines de poissons ou les maisons et ce paysage moite qui tombe en lambeaux.

Place au titre de l’artiste français Moloch Conspiracy, « The Shadow Over Innsmouth ». D’entrée de jeu, un paysage sonore aux allures monolithiques et inquiétantes se tisse sur fond de vagues. Quelques sons stridents viennent secouer l’auditeur de manière fugace, comme si la contemplation de l’espace maritime depuis les côtes n’était pas sans risque. Le titre fait office de titre charnière par la puissance de ses évocations et par la ténacité du sentiment de peur qu’il développe. Assurément l’un des titres les plus réussis de la compilation.

L’italien New Risen Throne enchaîne par un morceau énergique. « Out of the Aeons » repose en effet sur des textures complexes et très évocatrices : le bruit du vent, un sample qui se répète à l’infini, quelques effets sonores, dont le bruit de la mer. À cela s’ajoute un rythme engageant qui crée un certain suspens, mais qui ne fait que s’accumuler aux autres sonorités déployées depuis le début de cette musique. Le projet bulgare Adonai Atrophia réalise un morceau de drone à la fois rêveuse et plein d’évocations. « The Black Seas of Infinity » distille de brillants motifs au sein de ces textures métalliques qui forment des nappes sonores. Ces dernières sont voilées de mystère et on y ajoute quelques bruits, ainsi qu’un pad pour faire un morceau puissant et obsédant. Enfin, l’artiste belge Hezaliel rend hommage au grand « Cthulhu » dans un morceau de drone qui s’étire et évoque à la fois la mer et d’autres univers parallèles. Les voix deviennent des bruits plaintifs qui se fondent dans ce paysage où tout est atténué et transformé. L’horreur cosmique très chère à l’écrivain est ici plutôt contemplative et créer une ambiance malsaine.

Entre quelques rituels maléfiques ou l’évocation des créatures et des histoires et paysages de l’œuvre d’H. P. Lovecraft, In Tenebris Scriptus est une compilation réussie et complète les nombreux travaux qui rendent hommage à l’auteur américain. Si le projet est parfois inégal, les lignes de force de cette compilation sont de réussir à faire cohabiter des univers sonores très variés et parfois audacieux. Entre formules classiques du dark ambient et musique expérimentale, Eighth Tower Records trace avec succès son sillon vers ces contrées musicales ténébreuses et inventives.

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