Entretien avec Psycho (Hats Barn)

Alors que son projet s’apprête à sortir un nouvel EP, d’ailleurs chroniqué dans nos lignes il y a quelques temps, nous avons souhaité nous entretenir avec Psycho, désormais unique tête pensante de Hats Barn. Habituellement hermétique à l’exercice de l’interview, l’artiste nordiste nous a fait le privilège de répondre à nos questions…

Salut Psycho, merci beaucoup de m’accorder de ton temps. Tu vas prochainement sortir l’EP S.h.e.o.L, un an après avoir sorti N.A.H.A.S.H. Avec le recul, quel regard portes-tu désormais sur cet album ?
Salut. Oui, on peut dire que tu as beaucoup de chance, d’habitude je ne fais pas d’interview, ça me casse réellement les couilles de me justifier sur tel ou tel choix… Mais on évolue et il faut vivre avec son temps, alors allons-y… N.A.H.A.S.H est un album clé du groupe, il est, dans un premier temps, le mieux composé et le mieux produit, tout en gardant la caractéristique et la vision du groupe depuis plus de quinze ans. Le concept de celui-ci est plus poussé, avec notamment des covers travaillées dans ce sens. Il est également pour moi la référence, l’un des meilleurs albums que l’on ait pu sortir, avec l’album Voices of the Ultimate Possession.

Ta manière d’appréhender la composition a-t-elle évolué entre le travail sur ces deux sorties ?
Non rien ne change. La création se fait avec le temps. Bien évidemment, aujourd’hui, je dois travailler davantage dans la composition étant seul, mais cela n’est pas un fardeau, bien au contraire. Il suffit de s’entourer des personnes qu’il faut. Je ne suis pas un surhomme, j’ai besoin de temps et de m’enrichir de pas mal de choses pour rentrer en mode composition.

Le dernier titre de S.h.e.o.L m’a un peu interpellé par ses accents très méditatifs, ce qui contraste beaucoup avec la musique habituelle du projet. Hats Barn met-il la violence de côté pour se concentrer sur quelque chose de plus profond ?
Je ne dirais pas que la violence est mise de côté, nous avons toujours eu quelques titres un peu « ovni » dans notre discographie , comme « Inject the Poison » ou « Terre de Sang », cela exprime un univers plus sombre mais plus ritualiste. En ce qui concerne le dernier titre de S.h.e.o.L, il exprime un rituel shaman utilisé pour apaiser les esprits malsains, comme on réduit les cendres d’un brasier pour éviter qu’il ne brûle trop. Je considère ce titre comme étant aussi violent que le reste de l’album, mais avec une violence différente. Il est aussi violent dans le fond que dans la forme, il torture l’esprit et rend fou les bien-pensants.

Hats Barn a longtemps été un duo, mais il est récemment devenu un simple projet solo avec toi pour seule tête pensante. Qu’est-ce qui a forcé ce changement ?
Hats barn est redevenu ce qu’il était en 2005. Quand j’ai créé ce groupe, avec la sortie de la fameuse démo sulfureuse (Total Genocide Devastation), Abystrum m’a rejoint pour former un duo pendant environ dix ans. Ce qui était cool hier ne l’est plus forcément aujourd’hui, les gens changent, prennent différents chemins… Cependant, la flamme d’Hats Barn reste intacte.

Hats Barn a été pour ainsi dire absent entre A Necessary Dehumanization et N.A.H.A.S.H. Avais-tu besoin de te recentrer sur la musique et sur l’univers du projet ?
Nous avons surtout connu pas mal de merdes entre ces deux périodes. Problèmes personnels surtout… On s’est également fait avoir par un label pour la sortie de N.A.H.A.S.H, il a fallu régler tout ça avant de pouvoir avancer davantage… Cela permet de renforcer son envie de composer, et tout ce qui est négatif reste avant tout mon essence pour prôner davantage la peste du black metal.

Justement, on a comme l’impression que Hats Barn a changé entre ces deux albums, et l’univers graphique en est un bon exemple. Alors que l’on avait jusqu’alors droit à des pochettes noires et très crues, le travail graphique sur les sorties semble maintenant plus léché et peut-être plus spirituel. Y a-t-il une raison à cela ?
Je fais appel au même graphiste depuis N.A.H.A.S.H, il fait un énorme boulot de création et arrive toujours à donner vie à ce que je souhaite, alors que ce n’est évidemment jamais facile de reproduire ce qu’il se passe dans ma tête. C’est important que les covers soient liées à la musique, elles sont l’image des chansons, en quelque sorte elles leurs donnent vie, tout du moins elles les représentent… Ce sont ensuite les prestations lives qui apportent la dernière pierre à l’édifice. Je consacre une grande importance à ce que tout ça pour que tout soit réuni.

De quoi se nourrit réellement Hats Barn ? Quels sont ses principales inspirations ?
Je m’inspire principalement de Satan et du concept que l’on retrouve autours de cette icône. Je souhaite créer une musique violente sans concession, une sorte de dictature négative et misanthrope. Après, comme la plupart, je m’inspire aussi de ce que j’écoute et ce que je vois, j’aime l’art en général, surtout quand il est tordu et profondément noir. Je reste un admirateur de la scène black metal underground, même si j’écoute aussi de grosses pointures, comme tout le monde. Je pense même que je me suffis comme étant la meilleure inspiration pour mon groupe…

Tu as récemment posé ta voix sur trois titres du dernier album, par ailleurs très réussi, d’Azziard. Comment s’est faite et déroulée cette collaboration ?
Les copains d’Azziard m’ont proposé le deal. Ayant écouté leur album, j’ai accroché aux différents morceaux et j’ai donc décidé d’y prendre part. J’ai surtout posé mon chant plus caractéristique à mon second groupe, Antilife. Il fallait exprimer un certain mal être psychotique, c’est leur concept de la souffrance pour cet album, et je pense avoir réussi le pari.

Maintenant que S.h.e.o.L est sur le point de voir le jour, quels sont tes projets à court et moyen terme ?
J’ai réuni des musiciens de session pour pouvoir repartir faire des lives, on devrait partir fin novembre 2018 pour une tournée en Europe de l’est, et on espère aussi faire quelques festivals black metal. Je bosse déjà sur la suite de S.h.e.o.L, et je devrais également enregistrer le prochain album d’Antilife avant la fin de l’année… Pas mal de boulot en perspective.

Comment s’est déroulée la collaboration avec Ogmios Underground pour la sortie de ton prochain EP ?
J’ai aimé son travail pour le projet Lord Ketil, pour lequel j’ai enregistré le chant sur la totalité de l’album. Je lui ai donc proposé un deal pour S.h.e.o.L, qu’il a accepté. Je pense que nous allons faire une bonne collaboration, je préfère toujours une structure plus underground, au moins les gars se battent pour leur bout de pain, et ça, c’est appréciable pour un groupe underground comme Hats Barn.

Quel est ton point de vue vis-à-vis de l’évolution (ou non) de la scène underground en France ?
Je n’ai pas envie de répondre à cette question, je laisse ça aux grands philosophes de la vie ou de la grande scène metal d’internet, qu’ils continuent donc à noyer le débat stérile sur la scène metal en général…

Merci à Psycho pour le temps qu’il nous a accordé.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *