Ováte – Ováte

Pays : Norvège
Genre : Black Metal
Label : Soulseller Records
Date de sortie : 1 Juin 2018

Les choses s’annonçaient très bien pour Ováte. Un line-up constitué de membres de Taake et de Gorgoroth, on aura franchement vu pire pour commencer un projet. Ajoutons à cela une signature chez le prestigieux Soulseller Records, et tout est réuni pour un premier album réussi. Il ne reste plus qu’à prouver que la musique suit, derrière le bel artwork et ce contexte des plus confortables.

Introduction mystique et ritualiste, percussions, voix étranges, rumeur inquiétante, feu crépitant… et riff certifié Bergen 1993 qui débarque pour annoncer la couleur d’entrée de jeu. La mélodie un rien thrashisante et la voix hargneuse mais pas trop arrivent à rendre le tout entraînant et galvanisant. Premier break en trémolo typiquement norvégien avec hurlements de loups, puis retour aux accords batailleurs et aux hurlements pour ensuite laisser la place à un riff lui aussi en trémolo classique au possible, mais pas désagréable, soutenu par des cœurs. Pour l’originalité on repassera. La chanson est assez longue, mais tient la route jusque-là. Les choses sont efficaces, carrées, nettes. Après un petit interlude atmosphérique, nous arrivons à un nouveau riff en accord qui sonnerait assez finlandais, avec un gros quelque chose de Moonsorrow. Pas si mal, pas si mal… Mais pas si bien non plus.

Seconde piste, « Song Til Ein Orn », avec un nouveau démarrage en trombe bien accrocheur sur une mélodie simple et énergique. On nage plus que jamais en étang connu, et les choses commencent à se gâter au moment du break qui va un peu nulle part… Rattrapage tout de même en dernier tiers de piste avec une mélodie bien trouvée soutenue par une guitare rythmique forte. Demi-teinte, finissant sur une bonne impression tout de même, même si la tendance à tirer en longueur est quelque peu agaçante et nuit à l’efficacité.

C’est à partir de « Illhug » que les choses partent définitivement en Satyricon. La piste ressemble à un mélange des deux précédentes, en déjà moins inspiré. C’est tout le problème d’Ováte. Constitué de vétérans de la scène qui savent très bien musicalement et techniquement, le black metal du groupe n’a rien d’autre à proposer que de la musique bien construite. Ce n’est déjà pas si mal, mais ce n’est pas suffisant, surtout quand on fait du black metal. Comprenons-nous bien, le black metal est le genre musical dans lequel la spiritualité prend le pas sur tout le reste. Les imperfections techniques, les productions immondes… Tout ça participe à une forme omniprésente de rituel, à une volonté de transcender les limites humaines pour exprimer les ressentis intérieurs. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle cette musique a une place complètement à part dans la musique de manière globale. Le souci d’Ováte, c’est qu’il fait l’inverse.

Tout est absolument parait, carré, millimétré, au cordeau. Pas que cela soit un souci intrinsèque, beaucoup de groupes de black metal proposent également des disques bien enregistrés et bien joués sachant faire faire ressentir cette fameuse spiritualité, mais dans le cas d’Ováte, cela ne prend pas. Le groupe fait du black metal, il n’en joue pas. Le disque est froid, sans réelle émotion… On hoche un peu la tête, on fait une petite moue, mais on finit presque par oublier que l’on écoute de la musique tant cela reste vide. Le disque est presque une démonstration, mieux, une dissection de black metal. Mettons le tout froid et tout mort sur une table, ouvrons-le au scalpel et regardons ce qu’il y a dedans. En fait, les choses sont simples, ce disque pourrait être une leçon pour étudiant en musicologie de ce qu’est le black metal. Et comme qui disait, « la musicologie est à la musique ce que la gynécologie est à l’amour ».

Il reste tout de même une question en suspens… Pourquoi des vétérans de groupes légendaires, qui ont connu le black metal de plus près que n’importe qui d’autre, ont-ils composé un disque si froid, si plat ? On ne fera pas croire à votre serviteur qu’ils ne sont pas conscients d’avoir composé un album complètement vide… Quoi que parfois, on se demanderait presque s’ils n’ont pas essayé, tout de même, d’y mettre un petit peu d’émotion, comme sur « The Horned Forest King ». Mais enfin, si peu d’émotion pour des musiciens venant de Taake et de Gorgoroth… C’est tout de même étonnant.

Puisqu’ils ne viendront sûrement pas donner de réponse en commentaire, disons qu’ils ont peut-être voulu proposer une démonstration de leur savoir-faire en matière de composition technique de black metal, et que la prochaine sortie aura supposément plus d’esprit que celle-ci. Votre serviteur a d’ailleurs pensé un moment qu’il s’agissait d’une démarche mercantile destiné à donner un produit lissé et accessible porté par de grands noms pour faire vendre… Mais cela ne semble même pas être le cas puisque le disque serait limité à trois cents exemplaires… Tout cela est d’ailleurs encore plus étonnant si l’on se souvient qu’il y a six mois sortait Cult of the Goat de Deathcult, formé lui aussi d’anciens membres de Gorgoroth et de Hoest de Taake, un somptueux album de black metal incroyablement porteur de l’esprit de cette musique. Non, vraiment, c’est à n’y rien comprendre.

Ováte n’est pas mauvais, ce serait mauvaise foi que de l’affirmer. Il n’est même pas spécialement désagréable. Il est juste vide. C’est du black metal, voilà. Sans tremblement de ferveur en le prononçant, sans frissons de dévotion, sans fureur ni transe spirituelle. Ováte envoie un disque de black metal techniquement parlant. Et par là même, peut-être pas réellement de black metal, en fait. Dommage, et surprenant donc. Peut-être pour la prochaine fois. Avec plus de blasts, s’il vous plaît.

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