Live Report – Délétère + Vague Noire + Choisir le Pire + Venomous – Lille

Alors que l’été arrive doucement pour nous étreindre dangereusement de ses chaleurs, la saison des concerts touche à sa fin pour laisser place à celle des festivals. C’est ainsi qu’en ce jeudi 28 juin, l’occasion était donnée au public de la métropole lilloise d’assister au dernier concert organisé par l’association Ondes Noires avant l’interruption estivale. Une affiche de choix, puisque notamment composée des illustres québécois de Délétère, mais également intrigante par la présence du projet de harsh noise et power electronics Choisir le Pire. Sur le papier, il y avait en effet de quoi passer une très bonne soirée.

Alors que la chaleur est toujours bien présente aux alentours de dix-neuf heures, un public étonnamment peu conséquent se masse doucement à l’entrée du Midland, bar naturellement rattaché aux activités de l’antenne lilloise d’Ondes Noires. À l’intérieur de la salle, les brésiliens de Venomous sont occupés à parfaire les balances. Le temps pour tout le monde de se retrouver et de profiter de la douceur des températures avant le début des hostilités.


Une fois les préoccupations techniques réglées, la prestation de Venomous peut enfin débuter. Officiant dans un registre assez hybride mêlant notamment des éléments melodeath et thrash, les brésiliens font d’emblée état de leur maîtrise technique et servent au public quelque chose de prenant et de plutôt efficace. Au chant, Thiago Pereira fait montre de sa facilité à passer du chant death au chant black, ce qui sert bien évidemment la prestation du groupe dans son ensemble. Cependant, la prestation de Venomous aurait pu être bien plus appréciable sans un élément perturbateur on ne peut plus désagréable.

Certes, le son n’est pas mauvais du début à la fin, mais le groupe joue diablement fort. La plupart du temps, ça n’est pas dérangeant outre mesure, mais lorsque l’ami Gui Calegari monte dans les aigus lors de ses solos, autant se faire broyer les tympans à la perceuse. Alors que le groupe prend un plaisir visiblement monstrueux sur scène, la donne semble être bien différente pour le public, qui n’était déjà pas bien garni à l’entame du set des brésiliens, mais qui en plus déserte la fosse progressivement à mesure que la prestation de Venomous approche de son terme. Dommage.

Une fois tout ceci terminé, il est temps pour l’artiste de Choisir le Pire d’installer son matériel sur scène, tout comme il est temps pour les musiciens de Vague Noire d’effectuer les balances, car les prestations des deux projets vont se suivre sans transition. Depuis l’annonce de l’affiche de la soirée, Choisir le Pire suscite une curiosité toute particulière, et même si les spécificités techniques de sa musique peuvent tout à fait s’adapter à un concert de black metal, j’avais pour ma part une attente toute particulière quant à sa prestation, qui pouvait parfaitement sublimer l’atmosphère de la soirée.


Plus nombreux que pour Venomous, le public se masse devant la scène avec une attention certaine, et c’est ainsi que démarre la prestation de Choisir le Pire. Très rapidement, un paysage sonore ultra saturé se crée dans la salle, et le public se voit assailli de toutes parts par quelque chose de très chaotique. Maître de son matériel, Théau fait varier les sonorités de l’infernal décor bruitiste qu’il est en train de tisser dans la salle. Armé d’un micro, il envoie à intervalles plus ou moins réguliers de sombres hurlements, qui s’élèvent tels des cris d’outre-tombe. Une seule chose à faire, fermer les yeux et s’imprégner comme il se doit d’une musique au potentiel hallucinatoire élevé.


Après une expérience sensorielle remarquable d’une vingtaine de minutes, les musiciens de Vague Noire entrent en scène pour prendre le relais, et c’est ainsi que meurt la musique de Choisir le Pire. Des idées comme celle-ci, celle d’avoir inclus le projet à l’affiche, on en veut encore. Il est maintenant temps pour Vague Noire, trio local à l’origine de la sortie de son unique EP, de remuer les foules. Avec Haine à la baguette, le public ne met pas beaucoup de temps à rentrer pleinement dans une prestation énergique et propice au mouvement, comme en témoigne une fosse rapidement survolté.


Le son est cette fois-ci absolument parfait, et la chose fait vraiment la différence quant à la qualité globale du set. Peu ou pas de temps morts, et c’est un public acquis à la cause du trio qui passe un excellent moment au son du black metal direct et rampant de Vague Noire. Riche en adrénaline, la prestation des trois musiciens se clôt dans la satisfaction générale. Place désormais à la tête d’affiche de la soirée, qui n’est autre que Délétère, groupe québécois que l’on ne présente évidemment plus. Riche de la sortie de son excellent dernier album, le groupe se présente face au public lillois à l’occasion de la première date de sa tournée européenne.


Grimés comme le veut la tradition des bonnes gens du black metal, les cinq musiciens investissent la scène devant un public logiquement plus garni que durant les trois prestations précédentes. La musique de Délétère, très facilement reconnaissable à son son de guitare et à son enthousiasme dévastateur, ne met pas longtemps à prendre le public à la gorge pour ne plus le lâcher. Malgré un jeu de scène malheureusement un peu trop sobre, Délétère signe un set ravageur au son de ses titres les plus remarquables, « Le Lai de la Vermine » étant bien évidemment en tête de cortège. Délétère était attendu, Délétère n’a absolument pas déçu.

C’est ainsi que se termine une date très attendue mais dont la fréquentation fut pourtant décevante. Date similaire dans le temps et en termes de qualité, la venue de Monarque en juin 2017 avait rameuté bien plus de spectateurs. Il s’agissait en tout cas d’une excellente soirée concoctée par Ondes Noires, qui a à nouveau frappé fort pour la dernière date de l’année. On n’attend désormais qu’une chose, de pouvoir à nouveau vibrer dès la rentrée.

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