Tractatus – Ὀφιολατρεία

écrit par Maxime
0 commentaire

Pays : Grèce
Genre : Black Metal
Label : Indépendant
Date de sortie : 7 Septembre 2018

Aux dernières lueurs de l’été dernier, l’horizon s’est fortement assombri du côté de la Grèce, avec la sortie d’un album aux atours si noirs qu’il en a caché le soleil.
Ὀφιολατρεία est sorti de ténèbres afin d’asséner à son public une grosse demi-heure d’un black metal obscur au possible. C’est un premier méfait pour ses géniteurs, en tout cas avec Tractatus, dans la mesure où trois des musiciens ont un passé plus que respectable au sein de la scène grecque (Evil Within, Overcliff, Diablery). Toujours sans label pour le moment, on espère secrètement que le groupe prennent position sous un bannière, car sa musique mérite une écurie de choix pour s’exprimer du mieux possible.

Ὀφιολατρεία
(ophiolatreia, “l’adoration des serpents” en grec ancien) est à première vue comme n’importe quel album de black metal un minimum sombre. La pochette se dévoile ainsi, affichant une symbolique assez ritualiste, couplée à une thématique qu’on sait être plus que récurrente au sein de cet espèce de courant aux accents sacramentaires et occultes, sorte d’héritage laissé par Deathspell Omega. Le passif des différents musiciens composant le groupe Tractatus pouvait difficilement présager une telle sortie, mais force est de constater que l’appel du black metal plus impénétrable (ou du black metal tout court) était trop fort.

Car Ὀφιολατρεία est impénétrable, ou il cherche en tout cas à l’être. Sur son tout premier album, Tractatus s’efforce (et avec une certaine réussite) de créer quelque chose d’assez dérangé. La volonté du groupe est ici de façonner une espèce de chape menaçante au dessus de l’auditeur, notamment grâce à la saturation des guitares et à une rythmique qui rend le tout encore plus oppressant. La palme revient en revanche aux chants absolument inhumains qui hurlent leur sombre litanie en arrière-plan, chose dommageable d’ailleurs, on aurait aimé pouvoir les entendre avec plus de clarté plutôt que de devoir presque batailler pour en jouir.

Mais ce ne serait guère judicieux de réduire cet album à sa simple véhémence. En plus de proposer des ruptures assez judicieuses bien que simplistes, Ὀφιολατρεία est emprunt d’une certaine beauté qui contraste avec l’aspect monolithique qu’on peut lui prêter. Prenons tout simplement “Οὐροβόρος” à titre d’exemple, le titre central de l’album. Ce titre agit comme une espèce de pause au milieu de quatres titres bien plus écrasants. L’atmosphère presque spatiale qui s’en dégage peut surprendre, mais elle permet de relâcher un peu la pression et d’apprécier la suite de l’album comme il se doit.

Les quatre autres titres qui donnent corps à l’album sont plus ou moins faits des mêmes ingrédients, c’est-à-dire ces mêmes chants déshumanisés, cette rythmique effrénée, et surtout, ces guitares qui hurlent à tue-tête leurs riffs accablants. Mis à part “Οὐροβόρος” qui est vraiment à part, aucun titre ne se dégage vraiment de l’album, si ce n’est le premier, “Ὀφιδιανή Φλόξ”. Tractatus a réussi à mettre au monde un album plutôt complet et satisfaisant. Qu’on se le dise, les grands maîtres du black metal orthodoxe sont loins, très loins. Mais les grecs sont sur la bonne voie, à eux de tracer leur chemin au milieu de la pléthore de groupes qui espèrent le même destin.

Il s’agit d’une belle petite surprise de la part de la formation grecque.
Ὀφιολατρεία n’est pas à ranger dans la même boîte que tous ces albums qui essayent avec difficulté de paraître le plus sombre et le plus inaccessible possible. Tractatus se bat avec ses armes et s’en sort plutôt bien. Un soupçon d’agressivité en plus n’aurait pas fait tâche. Mais Ὀφιολατρεία se défend en tout cas très bien, et ce premier album augure de belles choses pour la formation grecque. À condition de ne pas tomber dans la caricature.

Laisser un commentaire