Live Report – Throne Fest 2019 – Jour 1

écrit par Maxime
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Ce week-end du mois de juin, on l’a attendu avec une impatience bien difficile à cacher. C’est bien entendu au cours dudit week-end qu’a lieu la nouvelle édition du festival belge Throne Fest, dans la petite ville de Kuurne, en périphérie de Courtrai. Et comme à son habitude, l’équipe organisatrice a concocté une affiche aux petits oignons pour les nombreux spectateurs venus parfois de loin. Le Throne Fest, c’est aujourd’hui, en ce samedi 8 juin, et nombreux sont les adeptes de black metal à avoir mis le cap sur le Kubox pour en découdre au son de Watain ou d’Impaled Nazarene.

Pour un mois de juin, on se doit de reconnaître que le temps est plutôt maussade, mais votre serviteur haïssant la chaleur plus que le dernier album de Ghost Bath, en est très heureux. Une fois la matinée terminée, le parking du Kubox se remplit à vue d’oeil, et l’on se retrouve alors chaleureusement entre compères autour d’une boisson houblonnée, afin d’attendre sagement l’ouverture des portes et la prestation du premier groupe du jour, l’habituellement projet solo belge Coldborn, aujourd’hui forcé à se montrer en groupe. Fixée à treize heures quinze, la prestation de ce dernier suscite une certaine curiosité en moi, et j’entreprends d’arriver rapidement aux abords de la scène.

Oui mais voilà. À l’heure prévue, les membres du groupe se trouvent effectivement sur scène à jouer, mais sans tenue particulière et devant trente personnes aux bas mots. Le titre se termine et au revoir les musiciens. Au revoir ? Absolument, parce que ce que l’on ne sait pas à ce moment-là, c’est que les pauvres membres de Deiphago sont coincés en Italie et se voient dans l’impossibilité d’assurer leur show, fixé plus tard dans l’après-midi. C’est donc à ce titre que les deux concerts précédents dans le running order sont décalés d’une heure. Et bien évidemment, il aura fallu que la rumeur se propage et pousse chacun à vérifier sur la page Facebook du groupe philippin pour que la chose soit officielle, parce que le Throne Fest n’a absolument pas communiqué sur la chose. Plutôt que de faire attendre tout le monde une heure face à la scène, un message sur les différents canaux du festival n’aurait pas été du luxe. Mais passons.

Il est enfin l’heure pour les musiciens de Coldborn d’investir la scène, cette fois pour de bon et grimés comme il se doit. Fort heureusement, le set qui est proposé (bien que court) parvient à faire oublier l’heure passée à poireauter et à maugréer. Coldborn a le mérite de servir à ses ouailles un black metal tantôt froid, tantôt rythmé, mais surtout qui ne lasse jamais. Quelques riffs viennent fendre l’air plus efficacement que les autres, et c’est toute la prestation qui en sort grandie. Le son est bon, les titres accrocheurs, et le style plutôt old school de Coldborn semble mettre tout le monde d’accord dans le public. Une entrée en matière convaincante.

Vient ensuite le tour des Portugais de Gaerea, et il m’est nécessaire d’avouer qu’il s’agit là du groupe que je connais le moins sur l’affiche, bien que l’unique album longue durée du groupe (que je n’ai donc pas écouté) m’ait été largement vanté. Et de suite, on sent que quelque chose de particulier d’installe sur scène. Sont installés une grande bâche en fond de scène et un pied de micro arborant le même motif ritualiste, et les musiciens, s’affairant à installant leur matériel, exhibent des bras complètement noircis. Bientôt, la tendance se confirme, et chaque membre du groupe fait son arrivée sur scène, la tête entièrement cachée sous une cagoule intégrale, sur laquelle figure un symbole difficile à déchiffrer, probablement inspiré, au moins en partie, de l’alchimie.

Il est devenu récurrent de fustiger cette mode propre au black metal moderne, celle qui voit certains de ses missionnaires porter une capuche ou une cagoule sur scène. Un peu facile à mon sens, mais parfois légitime. Sauf que dans le cas présent, lorsque l’on voit sur scène des musiciens dont le visage est caché derrière un obscur sigil, et habillés ou maquillés en noir de la tête au pied, la prestation dégage de suite quelque chose de réellement déshumanisé. On pourrait croire que la prestation de Gaerea se base uniquement sur une scénographie (certes) poussée, mais non. Musicalement, sans être exceptionnel, le groupe propose quelque chose de très carré et qui tient en haleine.

Au micro, le chanteur s’agite tel un pantin entièrement désarticulé et capte l’attention avec beaucoup de réussite. Du début à la fin, le groupe intrigue et fascine, bien aidé par son style musical cérémoniel et assez rentre-dedans. Assurément la bonne surprise de la journée, voire celle du week-end. En ce qui concerne la scénographie, il faut maintenant mettre ses attentes de côté, en tout cas le temps qu’Almyrkvi laisse la place aux Français de Seth. Car si les groupes de black metal islandais sont reconnus pour la qualité de leurs albums, ils le sont en revanche beaucoup moins pour la qualité visuelle de leurs prestations en concert, et malheureusement, on va en faire l’amère expérience une première fois aujourd’hui.

Vous trouvez peut-être ça dispensable, vous qui avez l’habitude de lire des live reports, qu’un point soit régulièrement sur la qualité du son, mais ça n’est pas anodin. Et justement, dans le cas d’Almyrkvi, ça pourrit complètement un concert. Première corde grattée de la part du guitariste lead, et la chose saute aux yeux, cette même guitare lead prend le pas sur absolument tous les autres instruments présents sur scène. La batterie ? Passe encore. La basse ? Inaudible. La guitare rythmique ? Pareil. Il faut même voir le chanteur porter le micro à sa bouche pour comprendre qu’il est en train de vociférer. En vain donc, mais nuançons quelque peu. Lorsque les riffs sont plutôt graves, rien n’est réellement dérangeant, mais lorsqu’il tirent sur les aigus, ça devient proprement désagréable. Et lorsque l’on sait que les riffs aigus sont monnaie courante chez les Islandais, on a une idée tout à faire précise de ce à quoi ressemble la prestation. C’est malheureux, c’est décevant, mais au suivant.

Désormais, qui mieux que Seth peut remettre d’aplomb les spectateurs déçus par Almyrkvi. En proposant un set (sans jeu de mot aucun) portant sur l’album Les Blessures de l’Âme (son album de 1998), le groupe français sait qu’il fera plaisir au adeptes de black metal old school voire kitsch. Notez qu’il ne s’agit pas là d’une mauvaise chose, bien au contraire. Et Seth fait les choses bien, il fait même les choses très bien. La scène se transforme en décor de messe noire, et sur une table sont disposés un crâne, une lame et plusieurs chandeliers. Cliché mais efficace. La prestation des français fait preuve d’une énergie très communicative. Les titres proposent des riffs extrêmement accrocheurs et les membres du groupe dégagent une maîtrise impressionnante. Survolté, le chanteur ne cesse d’haranguer les foules et profite de chaque intertitre pour continuer son rituel fort peu chrétien.

Vers la fin du set (toujours sans jeu de mot), il revient sur scène accompagné d’une nonne en (très) petite tenue avant de verser sur son imposante poitrine, sur son front et sur ses bras le contenu d’une pleine cruche de faux sang (du moins, ça y ressemblait). Haut en couleurs et attirant au possible, la prestation fait l’unanimité auprès du public, ce dernier se signale d’ailleurs pour la première fois avec autant d’enthousiasme ce samedi. Seth a eu une très riche idée en proposant des concerts portant sur son premier album, et d’autres vieux groupes français feraient bien de s’en inspirer pour faire remonter une cote de popularité au oubliettes.

Sans vouloir taper à nouveau sur Almyrkvi, qui a de toute façon subi un son désastreux plutôt que livré une mauvaise prestation, on se doit de reconnaître que Seth a presque fait oublier la prestation des Islandais, mais qu’importe, il est tant pour Svartidauði de se présenter face au public pour redorer le blason du black metal insulaire. Votre serviteur ressent à ce moment précis une certaine appréhension en voyant s’avancer le même guitariste que pour Almyrkvi (serait-ce Þórir Garðarsson ?). Mais fort heureusement, le son est cette fois bien meilleur et plus équilibré, ce qui permet d’apprécier à sa juste valeur le set de Svartidauði.

Le style du groupe est encore une fois à l’image du black metal islandais. De vastes nappes de guitares saturées, des chants éraillés en arrière-plan, le tout pour un résultat enveloppant, atmosphérique et abscons au possible. En clair, il ne se passe pas grand chose de notable sur scène lorsque le show visuel n’est pas travaillé outre mesure. Je reformule, il ne se passe pas grand chose sur scène. La qualité de Svartidauði n’est plus à prouver à qui que ce soit sur album, mais il s’agit à mon sens des limites de la scène islandaise, à savoir la pertinence d’assister à des concerts. Chose étrange d’ailleurs, car j’avais été porté par les concerts de Naðra et de Misþyrming il y a deux ans de cela, toujours au Throne Fest. Mais ici, malheureusement, ça ne prend pas et j’ai beaucoup de mal à entrer dans la partie.

Rien à reprocher à qui que ce soit cependant, si ce n’est à moi, car la prestation est de qualité, et les musiciens qui assènent une musique recherchée aux spectateurs le font avec beaucoup de maîtrise et d’aisance. Un bon moment donc, mais qui ne restera pas dans les annales en ce qui me concerne. J’évacue rapidement ma frustration, car c’est maintenant au tour d’Impaled Nazarene de se présenter face au public, et j’aime autant dire qu’il s’agit de l’un des trois ou quatre groupes de l’édition 2019 pour lesquels j’ai frénétiquement acheté mon pass deux jours après avoir pris connaissance de l’affiche. Les quatre musiciens arrivent rapidement sur scène, Mika et Mikael arborant un grotesque 666 peinturluré sur leur crâne chauve. Le bassiste ne s’est même pas donné la peine de dessiner ça à l’endroit. Amusant.

Pour ce qui est de la prestation en elle-même, je ne vais surprendre personne en affirmant qu’il s’agit d’une claque phénoménale, surtout après le show un peu en demi-teinte de Svartidauði. Les titres des Finlandais, courts et lapidaires, assènent des mandales au public sans y aller avec le dos de la cuillère. La fosse ne met d’ailleurs pas longtemps à entrer en ébullition, et votre serviteur, attiré par cette masse grouillante et primitive, ne tarde pas à aller lui aussi chercher sa dose d’adrénaline. Sur scène, les membres du groupe en imposent énormément et dégagent une aura et un caractère qui forcent le respect. De plus, vu que le son a cette fois décidé d’être parfait, rien ne peut entraver la marche dévastatrice d’Impaled Nazarene. Vraiment la grosse claque du jour en ce qui me concerne.

N’ayant pas quitté les grilles depuis le début du concert de Coldborn, et étant passablement fatigué par l’énergie dégagée par la fosse, je décide qu’il est temps de prendre une pause bien méritée. Je tenais à voir Enthroned, mais la fin justifie les moyens. J’assiste malgré tout à un bout de la prestation, un peu perdu dans la masse du fond de la salle. Enfin, dans la mesure où mon affection et mon intérêt pour Watain frôlent le néant (vous avez le droit de me jeter la première chose qui vous tombe sous la main), et comme une longue route m’attend, il est temps pour moi de mettre les voiles.

Ce fut une première journée extrêmement réussie. Malgré un son parfois très perfectible (dommage qu’Almyrkvi en ait fait les frais), les groupes en présence se sont réellement donnés et ont globalement beaucoup offert au public. D’un point de vue personnel, les grosses satisfactions de la journée se nomment Gaerea, Seth et Impaled Nazarene. Pas forcément ce que j’attendais, mais c’est aussi le lot des festivals de surprendre et de faire découvrir. Bilan très positif donc, même si l’annulation de Deiphago a déçu et aurait sans doute nécessité une meilleure communication de la part du festival.

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Un album live de Seth à venir chez LADLO – Heiðnir Webzine 27 septembre 2019 - 14 h 20 min

[…] C’est le concert qui a eu lieu lors de la dernière édition des Feux de Beltane qui figurera sur l’album live, le premier de la discographie du groupe. Vous pouvez d’ailleurs retrouver notre compte rendu de la prestation de Seth lors du Throne Fest 2019 en suivant ce lien. […]

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