Hornwood Fell – Damno Lumina

écrit par Jermz
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Pays : Italie
Genre : Black Metal
Label : Third I Rex
Date de sortie : 31 Mai 2019

Nombreux sont les groupes qui ont tenté de proposer une nouvelle facette du black metal, Mayhem, par exemple, avait divisé les fans avec son très controversé Grand Declaration of War, mais avait aussi permis au metal noir de s’émanciper et de proposer de nouveaux horizons. Ce n’est pas le seul groupe à avoir tenté d’innover et la deuxième moitié des années 90 a vu émerger des groupes aventureux, Enslaved, Ulver, Arcturus, désireux de faire évoluer le black vers quelque chose d’autre. Les symboles représentant le mal se multiplient et s’éloignent de l’iconographie démoniaque, la guerre, la mort et la folie supplantent peu à peu Satan dans l’imagerie des nouvelles formations.

Évolution oblige, un autre phénomène s’est produit dans le courant des années 2010, une frange du black metal a décidé d’en effacer les codes les plus usités pour entretenir un aspect plus mystérieux, autant au niveau de la musique que de l’image, à tel point parfois que les données musicales qui tendent vers le black metal sont complètement diluées et difficile à cerner. Hornwood Fell se rapproche de cette tendance et défend un black metal aux multiples facettes, très avant-gardiste, avec une noirceur proche de ce que propose la nouvelle scène islandaise. Le binôme est pourtant italien et a roulé sa bosse dans plusieurs formations qui n’ont jamais dépassé le stade de la démo. Ainsi, ces mecs-là semblent avoir toujours joué ensemble et paraissent désormais complètement dévoués à leur projet Hornwood Fell, dont le quatrième album Damno Lumina est sorti le 31 mai de cette année. L’album se décline en sept parties qui, au final, forment un tout très cohérent.

L’album sonne moderne, sans pour autant sombrer dans les travers mélodiques du blackgaze, bien au contraire, il se dégage une atmosphère malaisante, très dissonante, comme un Portal plus atmosphérique et moins fouilli, ou les projets de Naas Alcameth (Akhlys, Bestia Arcana, Nightbringer). Dès le début, l’introduction instrumentale “Vulnera Pt. I” annonce la couleur et s’engage dans un trip qui mélange musique contemporaine et dissonances. Une multitude de sons ambiants aigus flirtant avec l’indus se mélangent à un entrelacs de textures sourdes, façonnant un paysage sonore angoissant et suffocant.Des violoncelles qui interprètent une complainte mélancolique laissent place à un riff entêtant de guitares distordues, la part metallique reprend le flambeau sur les expérimentations. Ces expérimentations se retrouveront tout au long de Damno Lumina, générant ainsi une sensation d’instabilité dérangeante bienvenue.

“Vulnera Pt. II” rentre dans le vif du sujet, on y découvre un chant dément et éructé qui déclame ses paroles sur un fond sonore chaotique. Les riffs terriblement ambigus et l’apparition de sons synthétiques étouffants ou inquiétants ajoutent au post-black d’Hornwood Fell beaucoup de densité. Le groupe confronte une multitude d’éléments ensemble, ce qui demande une écoute attentive pour en extirper les moindres subtilités. “Vulnera Pt. III” s’articule autour d’un riff unique sur lequel une pluie d’arpèges tordus vient s’abattre. On a parfois cette sensation d’entendre deux musiques en même temps, cela ajoute de la confusion durant l’écoute, mais l’effet est suffisamment bien dosé pour que l’auditeur ne s’y perde pas. Le drumming très élancé relance l’ensemble à grand renfort de cymbales agressives et s’autorise quelques accélérations inattendues très efficaces. La fin chaotique est renforcée par un son de violoncelle macabre à souhait.

Le titre suivant, “Vulnera Pt. IV” fait penser à Misþyrming par certains aspects guerriers et par le timbre de voix, avant de s’engager à développer un arpège hypnotique, soutenu par des strates de timbres et de modulations glauques. Hornwood Fell est définitivement un groupe qui s’écoute avec attention. “Vulnera Pt. V” développe une longue introduction angoissante, avant de se lancer dans un black vindicatif prenant, sans doute le titre le plus rentre dedans de l’album. “Vulnera Pt. VI” reprend les mêmes recettes que les titres précédents et impose un black ambiant qui alterne des phases riffy, et d’autres plus nuancées. On y décèle un petit quelque chose de Morbid Angel, notamment dans les cassures rythmiques. Des chœurs synthétiques inspirés des sons de vieux films d’horreur coupent le titre en deux, renforçant ce sentiment d’inconfort qui peut se dégager de l’écoute. “Vulnera Pt. VII” conclut l’album de façon plus rentre dedans et se termine net, créant ainsi une cassure efficace, le passage du chaos musical au silence.

Hornwood Fell cherche à déstabiliser l’auditeur et propose un véritable voyage musical exigeant, car l’agencement des titres, qui fait alterner des phases ambiantes et d’autres plus directes, et la tonalité dérangeante nous plongent dans un abysse sans fin de tourment sonore. Le seul défaut de ce disque provient du fait que, lorsque le duo s’engage dans des parties ambiantes, il ne fait pas les choses à moitié et, de ce fait, ces moments bien développés cassent le rythme engagé de certains titres. Malgré des penchants modernes et des choix artistiques particuliers, il persiste dans Damno Lumina une aura que l’on retrouve dans le vieux black, notamment grâce au son cru et ciselé des guitares. Hornwood Fell s’engage dans une démarche assez personnelle à laquelle nous sommes libres d’adhérer, ou pas.

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