Ligfaerd – Den Ildrøde Konge

écrit par Jermz
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Pays : Danemark
Genre : Black Metal Orthodoxe
Label: Vendetta Records
Date de sortie : 15 Mars 2019

Ligfaerd est un groupe plutôt discret dans la mesure où celui-ci n’a pas une grande reconnaissance dans l’underground, et notamment dans le monde du métal noir. Ce groupe danois est actif depuis 2006, son entrée dans l’univers du black s’étant faite par l’enregistrement d’une répétition sous le format cassette démo. La formation a subsisté grâce à des sorties régulières, diverses apparitions sur des compilations, des singles, des splits, puis deux albums, l’un datant de 2011, et l’autre de 2016. 

Aujourd’hui, le troisième opus est disponible depuis le 15 mars de cette année, grâce au label allemand Vendetta Records, qui malgré sa discrétion (lui aussi), se permet de faire connaître régulièrement d’excellents groupes. En général, celui-ci édite cinq cents exemplaires CD et trois cents LP pour chaque nouveauté. De ce fait, si vous accrochez à un groupe, ne tardez pas à commander l’album. Concernant Ligfaerd (attention cependant à ne pas confondre Ligfaerd, le groupe, avec Ligfærd, l’album de Nortt, danois lui aussi), la sortie CD est en digipack, avec une pochette qui semble représenter un vieux vitrail médiéval démoniaque.

Den Ildrøde Konge est un album captivant, et ceci pour plusieurs raisons. La variété des atmosphères et des types de black metal proposés au sein de cet opus est assez ambitieuse, mais finement exécutée. Ainsi, là où certains groupes ne serait parvenus qu’à cuisiner une soupe sonore trop dense ou sans saveur, Ligfaerd parvient à agencer finement chaque élément pour créer un album unique dans lequel chaque titre a son sens, sa valeur propre. « De Fra Helvede Frem », premier titre guerrier, rapide et violent, à « Kiøge Huskors 1608 – 1615 », épique et entraînant, en passant par l’occulte « Epitafium » avec ses voix graves lointaines et son riff doom lancinant. La formation danoise prend des directions changeantes, entre black orthodoxe et moments aventureux, en préservant un caractère dramatique et oppressant bien captivant.

On entend tout au long de ce disque de multiples influences, il y a un côté Carpathian Forest pour l’aspect poisseux du son et les prises de risque compositionnelles, ou encore Funeral Mist sur certains points, notamment dans le timbre vocal réellement diabolique et menaçant du chanteur. La batterie sature, les guitares sont aiguës et tranchantes, et on sombre carrément dans le war black quand les blast beats interviennent. Le groupe s’autorise quelques dérapages qui ne font pourtant pas tâche, comme cet extrait musical de vieille bande son orchestrale qui semble tout droit sorti d’un vieux vinyle (on rencontre d’autres moments similaires au fil de l’écoute), mais qui se fait couper l’herbe sous le pied par « Sortekunst », metal ternaire aux accents militaires, qui prend des tournures thrash bien incisives. Il y a un peu de Mayhem là derrière.

Dans le respect des arcanes du black metal du début des années 1990, Ligfaerd entretient un son froid et préserve le sens esthétique des premiers groupes. En revanche, là où ces musiciens parviennent à se démarquer, c’est qu’ils proposent du neuf avec du vieux, dans le sens où il y a effectivement quelque chose de plutôt old school, comme cette aura macabre omniprésente, mais aussi des idées assez innovantes comme sur « Den Stærkeste Hyrde », où la batterie dans l’introduction possède un petit quelque chose de jazz qui se confronte à des accords de guitare simplistes et entêtants. En dix titres, Ligfaerd résume toute la chronologie du black metal et inonde nos pauvres esgourdes de sons tranchants et de voix possédées, au sein de compositions qui peuvent parfois prendre des détours surprenants. La démarche de ces Danois est véritablement intéressante, on sent que tout est maîtrisé mais paradoxalement très instinctif, dans la mesure où jamais le groupe ne cherche à péter plus haut que son derrière, et apporte juste ce qu’il faut quand il faut. Une entreprise louable à l’heure actuelle, car pour se démarquer de la masse, l’originalité est de mise, ou bien il suffit de pratiquer un black sincère et dévoué.

Ligfaerd ne cherche pas à plaire, il ne fait pas de courbettes à l’auditeur, soit on aime, soit on déteste. Dans tous les cas, c’est certainement le cadet de ses soucis. Un album qui respecte les codes du black metal, que ce soit musicalement ou au niveau de l’état d’esprit que semble véhiculer le groupe. Encore une excellente sortie en provenance d’une formation méconnue mais méritante.

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