Mesarthim – Ghost Condensate

écrit par Jermz
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Pays : Australie
Genre : Black Metal Atmosphérique Progressif
Label: Avantgarde Music
Date de sortie : 17 Avril 2019

De nos jours, beaucoup de musiciens s’offrent une certaine liberté dès qu’il s’agit de manipuler cet art musical que l’on nomme le black metal. L’édifice érigé par les pionniers, construit à la fois sur les bases du punk et de la musique metal, novateur mais paradoxalement sectaire, évolue et voit pousser sur son tronc solide de nouvelles branches, qui elles-mêmes génèrent de nouveaux bourgeons. Dans un sens cela a du bon, et prouve que le terreau qui nourrit notre musique favorite est fertile. Censé être imperméable à l’évolution du monde au sein duquel il s’est construit, le metal noir actuel s’est fortement dilué dans la société contemporaine, et des groupes comme Mesarthim favorisent cette évolution.

Le duo australien sort Ghost Condensate, un disque constitué de deux pièces de vingt minutes chacune, et qui prolonge le voyage entamé avec Isolate, premier album sorti en 2015. La démarche commerciale du groupe est assez représentative d’un mode de fonctionnement qui a tendance à se développer de façon exponentielle, en favorisant le format digital pour ses sorties d’albums. Nous voilà donc assez éloignés de la philosophie première du black et la promotion via le fanzinat et le tape trading. Or, la démarche dénote une certaine attitude « do it yourself », très présente dans le black metal malgré tout. Mesarthim démontre déjà, par ce mode opératoire, une certaine ambiguïté en vivant pleinement avec son temps, et persiste aussi à entretenir le paradoxe dans sa musique, en mélangeant le sympho-black avec des éléments électro et techno.

Musicalement, Ghost Condensate se découpe en deux parties, « Ghost Condensate I » et « Ghost Condensate II« . L’introduction de la première plage donne déjà le ton, par l’imbrication de nappes synthétiques auxquelles viennent s’ajouter un beat techno discret et des sons électro. Suite à cela, des guitares acérées prennent le relais, confortées par une rythmique de batterie métallique mid tempo qui tapisse le bas du spectre de double grosse caisse carré et constante. Dès que le chant intervient, la musique de Mesarthim prend une autre tournure, la voix dégage énormément de rage et de désespoir, aiguë et criarde, lointaine dans le mix, elle emplit de haine les moindres interstices musicaux et aide l’ensemble à franchir un cap dans l’intensité proposée.

De temps en temps, quelques breaks électro apparaissent et viennent rompre net l’élan engendré par le binôme. Ces micro-interludes rappellent un peu la dream music, un genre qui avait été propagé par Mark Snow et qui a été dévoilé au grand public grâce, notamment, au générique de la série X-Files. « Ghost Condensate I » arrive à rester très atmosphérique tout en étant suffisamment élancé pour préserver l’auditeur dans l’intensité de la musique. On ressent de multiples influences, certains riffs, par leur dimension symphonique, inspirent Dimmu Borgir époque Enthroned Darkness Triumphant. On peut également déceler des sons assez doux similaires à ceux utilisés par The Cure, et quelques passages se rapprochent des climats proposés chez Dream Theater. Malgré ces dérives stylistiques, Mesarthim ne néglige pas pour autant la part de black metal, et pendant vingt minutes, nous sommes immergés dans une musiques intense, très mélodique et épique.

« Ghost Condensate II » débute avec une introduction qui laisse entendre une multitude de sons, couverts par un voile opaque sourd et indéfinissable. C’est assez déconcertant car il se dégage de cette atmosphère une certaine plénitude, sans toutefois provoquer l’apaisement, nous nous retrouvons en tension, en suspens, dans l’attente d’un après que l’on ne saurait deviner. Suite à cela, un riff ternaire assez guerrier prend le relais, lourd et lancinant à la fois. Encore une fois, la musique de Mesarthim adopte divers contours, progresse et se propage de manière subtile. Là ou la formation est brillante, c’est dans cette capacité à construire de longues plages instrumentales sans lasser l’auditeur. Le chant est aussi incisif que sur le titre précédent, nous sommes clairement dans la continuité de « Ghost Condensate I« .

Dans l’utilisation de certains sons de synthétiseurs, on peut entendre Faith No More, groupe mythique de fusion, précisément l’incarnation de la période The Real Thing, un disque qui utilisait beaucoup de nappes pour ajouter du climat à la musique. Des sons de cordes, violons et harpes, qui, pour le coup s’inspirent de la musique des animes ou des jeux vidéos, viennent s’immiscer dans le chaos de fréquences pour ajouter de la mélodie, puis un interlude extrêmement calme vient rompre le morceau, pour revenir avec un riff lourd et dense. Finalement, les éléments technoïdes sont assez peu nombreux, mais la part symphonique est très importante chez Mesarthim. Sur cette deuxième partie, le chant devient plus incantatoire et le black metal des Australiens reprend sa place grâce à un blast beat virulent. La dernière cassure laisse le groupe développer des sons insolites, avant de terminer de manière grandiose, puis de laisser un son léger filer pour s’éteindre progressivement.

Les amateurs de musique symphonique et progressive à tendance avant-gardiste apprécieront le metal de Mesarthim. Il est évident que la démarche de ce combo risque de diviser la communauté black metal tant il se trouve dans ces deux compositions des éléments sonores qui ne collent pas forcément avec le style. Cependant, tout est bien amené, l’architecture musicale est à la fois riche et finement pensée, et la prise d’initiative semble être complètement assumée, ce qui ajoute du crédit à Ghost Condensate. Les deux longues pièces de vingt minutes chacune sont une véritable invitation au voyage, il y a quelque chose de cosmique dans cette musique, mais aussi beaucoup de profondeur, tout a du sens et chaque moment se justifie. Mesarthim engendre une musique nouvelle, une bouffée d’oxygène dans le paysage black metal, libre à nous d’y adhérer.

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