Les Chants de Nihil – Armor

écrit par Dantefever
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Pays : France
Genre : Black Metal
Label : Dernier Bastion
Date de sortie : 13 Mai 2015

En toute honnêteté, les Chants de Nihil, pour votre serviteur, c’est un groupe avec un nom un peu tiré par les cheveux qui avait fait un artwork bien glauque sur sa première sortie, et qui avait été totalement ignoré par la suite. Que voulez-vous, on ne peut pas tout écouter… Et autant mon amour pour la scène française a souvent été indécemment déclarée sur ce site, autant beaucoup de groupes récents issus des bas-fonds de notre pays me laissent un peu indifférent. Mais comme dis le proverbe : « ferme-la et écoute ».

Un album de plus de cinquante minutes, c’est long. Soyons francs, c’est même la plupart du temps trop long. Il faut vraiment qu’un groupe s’appelle Cultes des Ghoules ou Nehëmah pour que les durées aussi imposantes ne me lassent pas. Avec les années, je réalise que je suis sensiblement plus heureux qu’un album soit excellent sur une durée de quarante minute plutôt que dilué sur presque une heure pour faire croire que l’inspiration débordante a donné naissance à un chef d’œuvre qui ne pouvait se contenter d’une durée raisonnable. Je ne dis pas que cette démarche est celle de tous les albums longs, mais tout de même… On ne compte plus les albums qui se voulaient grandiose sur format étiré et qui finissent par ennuyer grassement avec leurs prétentions et leurs redondances.

Armor, c’est le nom de l’album, ne partait pas tout à fait gagnant en ce qui me concerne. Déjà à cause de sa longueur, on aura compris, mais aussi à cause de son artwork qui ne me laisse pas indifférent sans arriver à me convaincre. Les écoutes de l’album m’ont d’ailleurs fait me questionner sur le lien dudit artwork avec la musique… Voici d’ailleurs le premier signe annonçant le sentiment surplombant toute cette chronique : Les Chants de Nihil a un univers bien à eux, et je ne parviens pas à y entrer.

Les pistes, puisqu’on en parle, sont toutes assez longues (évidemment). Je ne leur trouve pas de vraie qualification éclatante, de teinte tranchée qui font germer les épithètes comme « mélancolique », « triste », « haineux » ou « épique ». Ce qui est sûr, c’est que la musique du groupe est plongée dans une espèce de romantisme rincé à l’eau de pluie et au foutre, qui vient ensuite goutter sur le terreau de la nostalgie. Les mélodies sont langoureuses, parfois assez glorieuses, chantent le désenchantement, une féerie perdue qui cherche à se recréer elle-même en collant entre eux des morceaux de souvenirs. Et puis il y a ces soudaines saillies triviales, libidineuses, qui contrastent avec l’élégance voulue, manifeste des mélodies et des textes… Pour être tout à fait franc, j’ai du mal à comprendre où veut aller le groupe, ce qu’il veut dire, évoquer. Je ne comprends pas le ton que s’est voulu donner cet album. Peut-être suis-je un esprit obtus qui n’a pas saisi la direction prise, peut-être que je cherche trop à catégoriser, mais Armor m’échappe complètement. Notons bien que ce n’est pas un reproche, plutôt un constat de mon incapacité à saisir cet album. À tel point qu’il m’est très difficile d’écrire cette chronique. Enfin, essayons toujours, on verra bien.

Il faut reconnaître aux Bretons une capacité à convoquer une atmosphère très personnelle, que je ne me souviens pas avoir déjà entendu ailleurs. Les artistes ne sont pas résignés, ils cherchent à faire revivre les ombres ataviques de sentiments et de couleurs oubliées. L’aspect doux-amer de la musique du groupe ressort à chaque instant, comme une mue dont on ne parvient pas à se défaire. Je ne saurais dire pourquoi, mais Les Chants de Nihil me donne l’impression à chaque écoute que sa musique se veut évocatrice de l’enfance… Ce qui reste étrange, puisque les textes ne vont pas spécialement dans ce sens, mais ce sentiment demeure. En fait, j’ai l’impression d’entendre du Marcel Pagnol Black Metal, délocalisé de la Provence à la Bretagne. Je ne me l’explique pas.

Et, il faut bien le dire, la musique du groupe est un peu prétentieuse. Gentiment, pas de manière pompeuse, mais un peu tout de même. Vous voyez bien qu’on ne peut pas y couper ! Déjà qu’être chroniqueur, c’est prétentieux en soi, alors musicien… Cette « prétention » est néanmoins vectrice de très bonnes choses, comme ces mélodies assez aristocratiques sur « Roule et Enrôle », ou ce climat de noblesse déclinante sur « Là où nous étions les Rois » (qui est au passage le meilleur morceau de l’album à mon sens). Ça sent la fin de race, la splendeur passé, le sang déclinant. Tout cela me fait inévitablement penser aux romans de Mervyn Peake, à l’immense château de Gormenghast, à son absurdité omniprésente et à ses regrets gravés dans la pierre. Les Chants de Nihil me donne la même impression d’errer dans un espace bien trop vaste et anciennement superbe, en essayant de discerner les échos des anciennes merveilles qui hantaient ces lieux autrefois, si lointaines qu’on ne se rappelle même plus si on a effectivement vécu ces bribes de souvenirs ou si on les a toujours fantasmées ex nihilo.

Les Chants de Nihil me met en échec. Il me frustre même un peu, tant je me trouve démuni devant sa musique. Enfin quoi, votre serviteur bouffe du Funeral Mist, du Deathspell Omega et du Hawkwind toute la journée, et il ne serait pas foutu de disserter avec sa vanité habituelle sur un album de black metal à peu près classique ? C’est quelque chose, tout de même, de se retrouver ainsi mi-figue mi-raisin sans même réussir à savoir de quelle couleur est le panier !

Drapeau blanc. Il faut savoir s’avouer vaincu. Les Chants de Nihil me dépassent complètement. Je ne saurais même pas dire si j’aime ou pas. Il y a de sacrés moments d’éclat, c’est certain, et aussi des longueurs un peu assommantes. Ce qui est sûr, c’est que l’album est manifestement très personnel, globalement bien construit, bien composé, bien produit. Mais après avoir dit ça… Cela fait déjà plusieurs semaines que je travaille sur cette chronique, chose qui ne m’était encore jamais arrivé. Allez donc écouter par vous-même, ce sera loin d’être une perte de temps. Et si vous vous retrouvez aussi déconfit que moi, dites-vous bien que je vous aurais prévenu !

 

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