Critique – Midsommar (2019)

écrit par Maxime
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Dans la mesure où certains points de l’intrigue du film sont exposés dans l’article, il convient sans doute de l’avoir visionné avant d’en lire le contenu.

Difficile de ne pas avoir entendu parler du deuxième film de l’américain Ari Aster, tant les avis positifs pleuvent depuis sa sortie. Grâce à une esthétique époustouflante et un scénario au mysticisme fascinant, Midsommar intrigue beaucoup. Pourtant, à l’image d’Hérédité, le premier film du réalisateur, il est plein de petits détails qui viennent abîmer l’expérience offerte par le visionnage.

Midsommar, ce sont vos vacances au contact d’une communauté reculée du Hälsingland, une province située en plein milieu de la Suède. Invités par leur ami suédois Pelle, Dani, Mark, Christian et Josh quittent l’agitation de New York pour l’apparemment paisible village d’Hårga, qui semble vivre en autarcie quasi-totale depuis belle lurette. La raison de ce voyage ? Découvrir les festivités d’origines païennes de Midsommar (Saint Jean-Baptiste), qui sont un ensemble de festivités ayant lieu au moment du solstice d’été, et qui sont encore très populaires dans les pays baltes et scandinaves. Mais rapidement, les vacances à la campagne vont revêtir quelque chose de bien tragique.

Des personnages tourmentés aux frontières du cliché

Le spectateur fait d’abord connaissance avec les cinq personnages américains du film, et plus particulièrement avec deux d’entre eux, le couple formé par Dani et Christian. Si celui-ci émet des doutes quant à l’avenir de leur couple, il semble vite se raviser lorsque sa dulcinée perd ses parents et sa soeur à cause de cette dernière. Ajouter une telle dimension psychologique au film n’était pas forcément nécessaire, mais on éprouve une certaine appréhension (et donc un certain plaisir) quant à l’évolution du personnage de Dani au cours du film, le seul qui jouit d’une écriture à peu près convenable et qui ne souffre pas d’un jeu d’acteur à la limite du correct. Cependant, on ne peut s’empêcher de remarquer un important décalage entre lesdits personnages américains et la communauté d’Hårga, et ce au delà du simple cadre scénaristique, la chose étant cristallisée par le personnage de Mark, qui joue le rôle de l’habituel et fatigant je-m’en-foutiste incapable de comprendre quelque chose qui lui est inconnu. Will Poulter traîne décidément un type de personnage très stéréotypé.

On éprouve cependant la même fascination que les personnages pour la découverte de la surréaliste Hårga, au beau milieu d’une nature splendide et inviolée. Bien vite, la communauté prend des allures de sectes, quand bien même le spectateur serait familiarisé avec les festivités du solstice d’été. Car si le but premier est évidemment d’utiliser les traditions scandinaves pour support, le film prend de sérieuses libertés pour servir son but, à savoir dérouter tout le monde. Et il le fait plutôt bien.

Tradition nordique, mais pas que

C’est au moment de l’ättestupa (ättestupan à la forme définie, tel que présenté dans le film), pratique géronticide dont les historiens admettent l’aspect mythique, moins l’application véritable, que le film prend un sérieux virage fanatique et spirituel. Au cours de cet impressionnant rituel, qui fait suite à un repas collectif très symbolique, la communauté se réunit au pied d’une autre falaise de laquelle se jettent ceux qui semblent être les deux doyens du village, non sans s’écraser au sol de la belle façon, alors que le spectateur profite de gros plans sur les dommages physiques que le rituel occasionne. C’est également à ce moment-là que la magnifique bande originale (oeuvre de Bobby Krlic) dévoile un potentiel certain et rend chacune des scènes bien plus prenantes. Si le film s’appuie sur une documentation sans doute un peu fouillée quant aux rituels qu’il dépeint, il se doit également de mélanger tout ceci à sa sauce pour faire naître une tension d’un caractère très particulier. Le spectateur se montre tout autant inquiet quant à la suite des hostilités que fasciné par le tableau très captivant visuellement qu’il a sous les yeux. Après tout, il n’est nullement admis qu’un film d’horreur folk ait à s’appuyer sur une solide véracité historique. Cependant, la tendance qu’a par moments le film à présenter midsommar comme une fête de hippies est plutôt irrespectueuse.

Esthétique pittoresque et détails grotesques

Si l’on met à ce moment du film les pieds dans sa partie la plus pertinente scénaristiquement et visuellement, on assiste également à l’apparition de ce que l’on pourrait appeler les fameux détails à la Aster. À l’image du film Hérédité, puisqu’il s’agit de la seule comparaison que l’on peut faire, Midsommar est comme pollué par des petites choses qui, sans aller jusqu’à gâcher le film, viennent sortir le spectateur de sa délicieuse torpeur, et dans un tel film, ça n’est jamais bon. Mis en évidence dans les différentes bandes-annonces, le personnage de Ruben s’avère être un authentique pétard mouillé, n’apparaissant que deux fois dans le film de manière presque subliminale. Ari Aster confirme par la même occasion son affection pour les personnages souffrant d’anomalies physiques. C’était déjà le cas pour le personnage de Charlie dans son premier film, avec un rôle bien plus important. Ici, ça laisse plutôt perplexe pour ne pas dire plus, alors que la raison de la présence d’un tel personnage (qui fait office d’intermédiaire avec les dieux) aurait pu être bien mieux exploitée.

Pour ce qui est du reste, le fanatisme exacerbé des membres de la communauté d’Hårga fait davantage sourir que frémir, notamment lors de la scène sexuelle entre Christian et Maja, ou quelques instants plus tard, lorsque Dani le découvre et s’adonne à une séance de pleurs collectifs tout à fait ridicule. Ça n’a l’air de rien comme ça, mais la tendance qu’ont certains films d’horreurs à vouloir se montrer dérangeant au possible tourne (trop) souvent au risible, et c’est un réel problème pour l’accroche des spectateurs. C’était déjà le cas sur Hérédité, ça l’est moins sur Midsommar, mais Ari Aster gagnerait sans doute à moins vouloir se montrer jusqu’au boutiste là-dessus. En revanche, le réel point fort du film, celui qui frappe autant ses spectateurs, c’est son esthétique léchée et resplendissante. Un été dans la campagne suédoise, c’est quelque chose qui ne s’oublie de sitôt, et je ne parle pas de l’expérience vécue par Christian et compagnie. Tout dans Midsommar bénéficie d’une traitement visuel absolument époustouflant. Les costumes, les bâtiments, les compositions florales, la nature… Midsommar est un véritable régal pour les yeux.

Même les scènes censées être difficilement supportables pour les spectateurs les plus sensibles sont traitées avec une beauté certaine qui rappelle d’ailleurs celle que l’on peut retrouver dans la série Hannibal, avec cependant beaucoup moins de froideur. La scène où le corps suspendu de Simon est trouvé par Christian rappelle énormément cela. Et que dire de la danse des jeunes filles du village, auxquelles se mêle Dani ? De la musique aux costumes, cette scène est l’une des plus féeriques du film. Pour n’importe quel spectateur sensible aux traditions païennes ou nordiques, Midsommar est en cela un incontournable. N’importe quel connaisseur aura d’ailleurs remarqué une foule de petits détails ramenant directement au patrimoine pré-chrétien de l’Europe du nord, telles que les grandes tablées qui prennent systématiquement la forme d’une rune nordique.

Trop bon, trop long ?

Ceci étant, le principal problème de Midsommar réside dans son extrême longueur, chose insupportable pour n’importe quel spectateur n’étant pas suffisamment réceptif au travail visuel du film. La durée de certaines scènes peut à la fois être vécue comme un plaisir et comme une torture dans la mesure où l’on n’en voit jamais le bout. Et c’est en cela que l’on touche du doigt toute la problématique qui entoure Midsommar. Pour ceux qui sont sensibles à l’esthétique générale du film, qui prendront plaisir à en admirer chacune des scènes, le film semble très beau malgré ses quelques défauts. Pour les autres, ceux qui n’ont pas la réception nécessaire à la bonne appréciation de ses qualités, Midsommar n’est rien de plus qu’un film perché et bien trop long. L’intérêt de certaines scènes se trouve justement dans leur longueur et leur traitement, qui permet d’en apprécier toute la richesse graphique et musicale, mais naturellement, si ça ne veut pas, ça ne veut mais alors pas du tout…

Si Midsommar mérite amplement sa réputation de film coup de poing d’un point de vue visuel, musical et atmosphérique, le scénario souffre quant à lui de quelques manquements un peu trop gros pour être ignorés. Dans la même veine, le film aurait pu être bien plus digeste avec une grosse demi-heure de moins sur la balance, sans que la qualité globale n’en souffre. En somme, Ari Aster a mis au monde un nouveau film remarqué mais toujours pas remarquable.

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