Denial of God – The Hallow Mass

écrit par Dantefever
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Pays : Danemark
Genre : Black Heavy Metal
Label : Osmose Productions / Hells Headbangers
Date de sortie : 25 Octobre 2019

Lors de la sortie du dernier EP de Denial of God, qui préfigurait d’ailleurs de ce nouvel album, j’avais assez largement exposé mon amour pour ce groupe si particulier. La perspective d’un nouvel album, déjà particulièrement alléchante, avait été renforcée par la révélation de la très sympathique pochette de l’opus, kitsch à souhait et pleine de charme, accumulant délicieusement les clichés du genre. Le tout, maintenant, est de savoir si le jeu (de tarot) en vaut la chandelle (consacrée).

La bonne nouvelle, c’est que Denial of God ne change pas. Il reste dans ce heavy/black old-school, qui fait copuler joyeusement King Diamond et Mayhem dans le lit de l’horreur, du folklore inquiétant, du satanisme bon enfant et du récit gothique. Et si vous vous souvenez de la chronique de The Shapeless Mass, vous savez à quoi je fais allusion en utilisant le terme « joyeusement ». Denial of God est théâtral, tragique et outragé, follement exultant et emphatique. Aucune sobriété ici, tout est presque exagéré, sur-expressif et déclamatoire. Denial of God ferait presque la version black metal d’un groupe comme Grave Digger, en fait, avec l’entrain, le lyrisme et le too much.

Le morceau éponyme, chargé d’ouvrir l’album, démarre sur des claviers qui me rappellent un peu le dernier Evilfeast, puis lâche ses premières armes sur des accords heavy épiques, avant d’arriver sur une mélodie en trémolo typique du groupe. Blast, voix de damné, morceau qui s’étire sur près d’un quart d’heure… Rien à redire, les danois sont tels que nous les avions laissés. Le souci, en revanche, c’est que cette première piste sonne un peu creux. Rien n’est véritablement mauvais, mais l’alchimie a du mal à se faire. La très bonne mélodie épique qui court sur la septième minute emporte comme il faut, la petite accalmie au clavier est sympathique, la reprise plus heavy/doom qui rappelle légèrement Candlemass est gentillette… Mais rien ne rend dément comme avaient pu le faire les albums précédents, en particulier le premier longue-durée du groupe, l’excellentissime The Horrors of Satan. La piste aurait facilement pu être raccourcie d’un gros tiers, en retirant des longueurs un peu faciles et dispensables, ainsi qu’en rabotant certains riffs peu marquants.

La seconde piste, « Undead Hunger », commence, elle aussi de manière assez satisfaisante, avec une mélodie bien black à laquelle vient se superposer la voix de d’Ustumallagan… On répète la structure une seconde fois, avant de passer à un break heavy… Et puis non, la montée en puissance ne se fait pas vraiment. La partie doomisante qui suit est poussive, un peu fade et pas vraiment intéressante, tout ça pour repartir sur les premiers riffs qui plus est… On a l’impression de tourner en rond sur du pas grand-chose. À vouloir faire trop long, Denial of God fait trop dilué, trop alangui.

Voilà, tout le problème de ce disque décevant, puisque même si cela me fait mal de le dire il faut bien reconnaître qu’il l’est, c’est qu’il n’est pas prenant. Il manque d’accroche, de riffs mémorables et puissants, d’atmosphère et de panache. Les meilleurs morceaux sont « The Shapeless Mass », déjà révélé sur l’EP préparatoire donc, et « Hour of the Worm », courte et efficace. Allez, la finale « The Transylvanian Dream » possède aussi de bons moments, mais souffre également de longueurs dans lesquelles elle s’empêtre. Le disque manque d’intensité, d’impact. Là où The Horrors of Satan faisait exulter et jubiler avec le groupe et où Death and the Beyond récitait son petit King Diamond illustré avec classe, cette messe creuse est effectivement très vide de pouvoir évocateur.

Après un certain nombre d’écoutes, il faut toutefois spécifier que le disque semble se bonifier légèrement avec le temps, et qu’il constitue un fond sonore agréable. C’est tout de même laid à dire, en fin de compte. J’attendais de rester scotché aux riffs dévastateurs et jouissifs du groupe, pas à me passer ce nouvel album de temps en temps, en sans faire trop attention aux histoires finalement pas assez poignantes qu’il a à me raconter. Saisis-moi par le col, bon sang, viens me casser le nez en m’enfonçant la tête dans un recueil de contes maudits, fait danser les flammes de Satan sur ma gazinière, mais ne reste pas là à marmonner tes fabliaux dans ton coin !

Comme l’a dit un de leur très célèbre compatriote, « il y a quelque chose de pourri au Royaume de Danemark ». Denial of God n’est pas mauvais, mais il n’est pas à la hauteur. Pas à la hauteur de sa propre carrure, pas à la hauteur de ce qu’il veut transmettre, et surtout pas à la hauteur des plus hauts-faits d’un style bien précis de black metal dont il a lui-même érigé certains des plus splendides monuments. La messe est dite, mais l’homélie était trop longue et confuse, les anamnèses pas assez contrites et la consécration trop récitée. On attend mieux pour la prochaine liturgie.

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