Mayhem – Daemon

écrit par Dantefever
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[vc_row][vc_column][vc_column_text]Pays : Norvège
Genre : Black Metal
Label : Century Media Records
Date de sortie : 25 Octobre 2019

C’est quelque chose de chroniquer du Mayhem. C’est prendre son petit piolet et ses crampons pour s’en aller escalader une monstrueuse montagne noire, aux pentes distordues, à la forme anormale, et à l’ombre anormalement épaisse. Une montagne qui respire la malveillance, la malignité et la démence, autour de laquelle souffle un vent fait de voix mortes. Mayhem surplombe ceux d’en-bas, demeurant hors de leur portée pour l’éternité.

Les premiers extraits de ce Daemon avaient suscité un certain émoi chez les disciples de l’Art Noir. Mayhem ressortait les structures typiques du black metal norvégien qu’il a lui-même largement défini il y a bientôt trente ans. Les riffs mauvais en trémolo, la batterie pilonnante, une atmosphère emplie de souffre et de diableries. Un retour en Enfer, dans une région assez proche de celle où s’étaient tenues les messes de De Mysteriis Dom Sathanas. Pourtant, le groupe s’est bien mis en devoir de rappeler à tout le monde qu’il n’était pas question de sortir la suite du monument évoqué…

Le disque étant maintenant sorti depuis un moment et les dix pistes de Daemon ayant été révélées au monde, le constat s’impose. Mayhem n’a jamais été aussi proche de son album mythique de 1994. La Bête est revenue à un black metal plus classique, plus orthodoxe pourrait-on presque dire. En plus de cela, le groupe s’est paré d’un concept satanique parfaitement explicite et traditionnel, avec une esthétique satanique très léchée et réussie. Toutes les cases du black metal norvégien sont cochées.

Les pistes tombent en avalanche, sans prendre le temps de se perdre en introductions ou en déstructurations complexes, comme Mayhem s’amusait à le faire avec grand talent sur les productions précédentes. Cette fois-ci, c’est le riff qui prime. L’album est assez immédiat et s’écoute avec énormément de plaisir. Les ambiances sont intenses, véritablement infernales, inquiétantes par moment. Les compositions sont agressives, vicieuses, malignes et très efficaces. Hellhammer alterne entre ses blasts typiques avec son jeu de charleston distinctif, les deux guitaristes pas manchots pour un sous nous envoient des riffs de grande classe, un cran plus complexes que ceux de De Mysteriis Dom Sathanas, avec toujours cette dissonance de mauvaise augure dans les cordes. Necrobutcher fait bien entendre sa basse qui survole les compositions sans constamment suivre les riffs, mais en tricotant plutôt ses propres lignes mélodiques. Et bien sûr, Attila, la goule de service, est impérial. Entre ses grognements possédés, ses hurlements aigus et ses terribles déclamations, il impressionne par sa versatilité. Le petit hongrois a toujours été un chanteur d’exception, et sa prestation ici est impeccable.

Un détour par la production s’impose. Les guitares ressortent avant tout le reste. Elles sont brûlantes, acérées, pouvant se faire imposantes comme sournoises. La constante étant que chaque note, chaque accord sonne malsain. Même quand les choses se font efficaces et presque groovy, comme sur le début de « Malum », ça respire le poil de bouc à plein naseau. On sent une rage, une tension constante. La batterie a un superbe éclat, mention spéciale à la caisse claire qui attaque sans merci aucune. L’ensemble a une vraie cohérence, avec cette réverbération omniprésente sur le mix sans dégouliner de partout. On aurait presque cet « effet Emperor » dont je parle parfois, avec cette impression que chaque instrument va se perdre dans la trame du monde que fait vivre le groupe à travers ses composition. Chaque son paraît s’inscrire en traînée cramoisie sur les voûtes infernales. Attila est perché sur un promontoire et s’adresse à une armée de démons écumants. Tout sonne incroyablement diabolique, ce qui sied absolument à Mayhem.

Daemon n’est pas réellement un album à piste marquante, c’est un peu ce que l’on pourrait lui reprocher. Certaines ressortent plus que d’autre, comme « Falsified and Hated », avec ses riffs presque épiques. La finale « Invoke the Oath » massacre tout sur son passage également, avec une atmosphère méphistophélique exceptionnelle. Mais ne vous attendez pas à des pistes ayant individuellement le pouvoir d’un « Freezing Moon » ou d’un « Pagan Fears ». C’est l’album en entier qui est marquant, et non ses composantes prises séparément. Il se retient par l’ambiance très distinctive qu’il dégage, par cette capacité à happer pour entraîner dans les profondeurs craquelées et stériles d’un Enfer aux proportions ineptes et aux habitants abominables. Finalement, cet album est proche de De Mysteriis Dom Sathanas mais se distingue par son crépitement empoisonné, là où le monument de 1994 était fait de glace noircie.

Mayhem, c’est le Mal. C’est la perdition, c’est la folie, c’est l’aliénation, c’est le morbide et le macabre exultant. Le groupe a incarné tout cela en utilisant différents stratagèmes tordus et alambiqués, mais revient aujourd’hui à une forme de malveillance plus ancienne, immortelle. Celle qui se manifeste par les démons cornus, les champs de cadavres brûlants et les visions d’une damnation irrévocable. Daemon est un manifeste de toute-puissance. Mayhem ne craint personne. L’Enfer, ce n’est pas les autres. L’Enfer, c’est Mayhem.

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