Live Report – Black Flame of Hate Festival

écrit par Maxime
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Quelques mois après l’annonce de l’événement, nous sommes donc le samedi 14 décembre, soit le jour de la tenue de la première édition du Black Flame of Hate Festival, à l’initiative de Conjonctivite Association. L’événement avait fait parler de lui grâce (ou à cause) de son affiche très importante, sur laquelle ne figurent pas moins de onze groupes, pour un concert qui ne se déroule donc que sur une seule journée. Quoi qu’il en soit, le panel d’artistes proposé a convaincu bon nombres d’adeptes de se déplacer à Lille pour l’occasion. Ces derniers mois, le black metal a quelque peu déserté la capitale des Flandres, opinion partagée par nombre de spectateurs du soir, raison pour laquelle le Black Flame of Hate ne devait être manqué sous aucun prétexte.

Planning personnel oblige, j’arrive sur les lieux à une heure avancée de l’après-midi, espérant ne pas manquer pour autant la prestation de Neptrecus. Une fois le couloir passé et les portes menant à la salle franchies, je m’aperçois que le cours des choses a déjà pris un certain retard, Suicidal Madness entamant son dernier titre au moment où Neptrecus devait théoriquement entamer son set. Un mal pour un bien en somme, car si le groupe ne m’a jamais follement attiré sur album, le tempo léthargique et l’ambiance très glauque qui se dégage du titre en question me fait revoir quelque peu mon jugement. Il faudra sans doute donner une seconde chance à ce groupe.

Afin de ne pas perdre davantage de temps, les membres de Neptrecus s’affairent à installer leur matériel sitôt la prestation de Suicidal Madness terminée. L’occasion m’est alors donnée de parcourir les lieux, et si la Brat Cave offre le minimum syndical en termes d’infrastructures, c’est on ne peut plus suffisant dans le cadre d’un événement tel que celui-ci. Dans la salle, plutôt grande, se trouvent également les stands de merchandising et un stand de vente de CD. Le bar, quant à lui, fait face à la scène au fond de la pièce. Le matériel étant maintenant installé et les balances effectuées, Neptrecus peut enfin commencer à asséner un black metal renforcé par la sortie récente d’Ars Gallica, excellent dernier album des franciliens.

La face grimée de noir, les artistes débarquent sur scène et font rugir leurs instruments une fois l’introduction aux relents médiévaux terminée. Premier constat, le son laisse cruellement à désirer. Peut-être mon tort est-il celui d’être proche de la scène, mais il est très difficile de distinguer les chants et la guitare lead dans le marasme, la batterie et la basse prenant quant à elles toute la place dans le paysage sonore. Sauf qu’évidemment, sans les chants ni la guitare lead, c’est toute l’identité musicale de Neptrecus qui en prend un coup. Heureusement, la suite du set souffre moins de ces désagréments, et le public (qui compte visiblement de grands connaisseurs du groupe) se montre d’ailleurs très réceptif à la prestation du groupe.

À l’exception de “Les Cuirassiers de Morsbronn”, dont l’énergie convenait effectivement à merveille en fin de set, Neptrecus a uniquement joué des titre de Ars Gallica, comme pour promouvoir l’un des albums de la scène française qui ont compté cette année. Une très belle entrée en matière en ce qui me concerne. Il est désormais temps pour Myrkvid d’investir la scène, groupe qui m’était parfaitement inconnu lors de l’annonce de sa venue, mais dont l’atmosphère propre au black metal traditionnel m’avait séduit lors de l’écoute de Demons Are Inside, sa dernière sortie en date. Détail d’importance, il est très agréable de voir que des groupes que l’on peut qualifier de récents (Myrkvid est actif depuis 2007) demeurent fidèle aux codes visuels du black metal des origines, comme en témoignent l’accoutrement et le maquillage très évocateurs des membres du groupe.

Le set dans son ensemble ne vient d’ailleurs pas bousculer cette fidélité au black metal old school, et le climat qui se dégage de la prestation du groupe fait preuve d’une noirceur tout autre que ce à quoi Neptrecus nous a habitués auparavant. Il est en revanche dommage de constater que la prestation est malheureusement peu suivie par le public, déjà moins nombreux que devant Neptrecus, mais également beaucoup moins réceptif à la musique du groupe, et ce malgré les invectives de Myrk au micro. En somme, un set sans vagues mais très carré, et qui aura sans doute permis à certains spectateurs, moi y compris, de faire connaissance avec un groupe très intéressant.

Place aux membres d’Excruciate 666, vétérans de la scène war black française, qui viennent fêter leurs vingt-cinq ans d’existence ainsi que la sortie de Porkus Filth’s Crusher, leur dernier album longue-durée. Musicalement parlant, il ne s’agit pas du groupe que je situe volontiers dans mes favoris parmi les acteurs de la soirée, mais il faut reconnaître à Excruciate 666 la formidable énergie qu’il dégage sur scène. Comme pour Myrkvid, et même beaucoup plus, les membres arrivent sur scène affublés de toutes sortes d’accessoires, dont les traditionnelles corpse paints et ceintures à balles. Sur scène trônent également deux têtes de porc, gracieusement empalées et toisant deux grands flambeaux. Côté mise en scène et décorum, le groupe ne lésine pas sur les moyens.

Côté énergie donc, le public est servi, et certains spectateurs ne se font pas prier pour violenter leurs voisins. En évoluant dans un tel registre musical, le groupe permet de faire monter l’ambiance d’un cran, alors que les trois groupes précédents incitaient justement à une écoute un peu plus passive (ou du moins, le public s’était comporté de manière assez neutre). Cette fois-ci, Excruciate 666 a fait remuer son monde, et on ne peut que saluer la prestation du groupe pour cela. Vient ensuite l’heure pour Ende de prendre place sur scène, et le moins que l’on puisse dire, c’est que le groupe, valeur sûre parmi les valeurs sûres au sein de la scène française, est attendu.

Néanmoins, et même si les artistes proposent quelque chose de très carré au public, force est de constater qu’il manque quelque chose. Musicalement, le groupe en impose, mais on aurait sans doute aimé voir quelque chose de plus prenant visuellement. Entendons-nous, Ende n’a jamais été le groupe le plus porté sur ce que l’on pourrait appeler l’artifice du black metal, mais ce soir, c’est peut-être un peu trop neutre et dénudé. Pas de décorum, pas de maquillage, des tenues très sobres de la part des musiciens, et surtout, un jeu trop peu expressif pour emmener le public. En bref, des friandises pour les oreilles mais pas pour les yeux. Il n’est pas nécessaire de remplir la scène de crucifix ou de se noyer le visage sous la peinture, mais quelque chose doit se dégager d’un concert de black metal, et dans le cas d’Ende, ce qui se dégage n’est pas suffisant pour satisfaire pleinement le public. Un set agréable malgré tout.

Après cette petite pointe de déception, il est temps pour Gorgon de revenir sur scène après une absence de dix-huit ans, ni plus ni moins ! Il faut dire que le groupe français avait surpris son monde au moment de la sortie de son excellent dernier album, The Veil of Darkness. Actif depuis le début des années 90, Gorgon était demeuré quasiment muet depuis l’an 2000, ne sortant qu’un split et une compilation entre temps. Fidèle à son identité musicale, le groupe met la barre très haut d’entrée de jeu à l’aide des titres dévastateurs que l’on connaît. De nouveau, la guitare lead a beaucoup de mal à se faire entendre, mais même seule, la rythmique provoque beaucoup d’énergie au sein du public.

Sur scène, Chris ne met pas longtemps à retrouver ses marques et fait montre d’un panache assez communicatif et qui ne se fait prier pour se répandre parmi des spectateurs acquis à la cause de Gorgon. Du début à la fin, c’est assurément une grosse claque, et le set a d’autant plus de succès qu’Ende n’avait au préalable pas forcément fait l’unanimité… On ne savait pas réellement à quoi s’attendre de la part d’un groupe n’ayant pas foulé les planches de la scène depuis belle lurette, mais les musiciens se sont rapidement chargés de mettre tout le monde d’accord. Assurément l’une des meilleures prestations de la journée.

L’heure tourne et il ne reste déjà plus que deux groupes, à savoir Hats Barn et Countess. Le premier nommé, dont la réputation ne cesse de croître avec les années et les sorties, sera le premier à fouler la scène. Ceux qui connaissent le groupe savent alors à quoi s’attendre, et c’est ainsi que de multiples accessoires en tout genre sont installés sur la scène. Bannière, bougies, crucifix, flambeaux… Tout ceci promet une certaine expérience visuelle, mais aussi olfactive, dans la mesure où une bonne demi-douzaine de têtes de mouton (semble-t-il) à moitié putréfiées sont disposées çà et là sur la scène. Du simple artifice me dites-vous ? Peut-être, mais ça marche du tonnerre.

Sur scène, fidèle à son habitude, Psycho entre dans un véritable état de transe et cristallise toute l’attention d’un public nombreux et compact. En somme, tous les éléments sont réunis pour faire du set de Hats Barn l’un des points culminants de la soirée, si ce n’est le point culminant. Cependant, une série de problèmes techniques vient mettre à mal une prestation pourtant très bien engagée. Tout d’abord, une corde cassée oblige le groupe à quitter la scène pour remédier à la chose. Mais en revenant, le micro d’un Psycho en qui la colère monte demeure silencieux malgré les efforts de chacun pour le faire fonctionner. À ce moment précis, nombreux sont les spectateurs et les bénévoles s’affairant au niveau de la console.

Une fois ce deuxième problème réglé, rien ne semble entraver la bonne tenue d’un set maintenant bien lancé. Rien, sauf de nouvelles cordes cassées. Ni une ni deux, Psycho signifie à ses musiciens avec une colère non dissimulée qu’il est inutile de continuer de la sorte, et quitte la scène devant un public déçu mais compréhensif quant aux problèmes rencontrés par le groupe. Ainsi, après une fin de set brutale et dans la mesure où Countess n’éveille pas en moi une excitation folle, je décide moi aussi d’en rester là, passablement frustré par l’écourtement du concert de Hats Barn.

Des hauts et des bas. Voilà comment nous pourrions résumer à moindres frais la première édition du Black Flame of Hate Festival. L’organisation avait voulu mettre les petits plats dans les grands, mais peut-être que onze groupes sur une seule et même journée était trop important. L’événement sera de retour l’année prochaine sur deux jours, espérons que le nombre de groupes jouant chaque jour n’excède pas six ou sept. Quoi qu’il en soit, Conjonctivite Association a proposé une belle soirée à son public, parfois venu de loin, en offrant une programmation riche de belles surprises, telle que la venue de Gorgon, qui plus est à un prix défiant toute concurrence. À l’année prochaine, dont l’affiche, déjà forte de la présence, entre autres, d’Osculum Infame, risque à nouveau de faire parler d’elle…

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Soirée black metal ce samedi à Lille – Heiðnir Webzine 8 janvier 2020 - 12 h 01 min

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