Entretien avec I.L. (Ende)

écrit par Dantefever
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Ende fait partie des groupes français qui portent l’héritage du black metal originel. Dans la musique du groupe s’entendent les échos des Légions Noires, de Nehëmah et des légendes norvégiennes. Une certaine vision du black metal, restée fidèle aux origines. I Luciferia nous a accepté de nous parler de sa vision de ce qu’il nomme un égrégore.

The Rebirth of I … “I”, dans ce titre, désigne-t-il le soi, l’individu à la première personne uniquement, ou représente-t-il également toi-même, sous le nom que nous te connaissons “I Luciferia” ? Est-ce de ta propre renaissance que tu parles ?
I.L : Il symbolise effectivement l’individu à la première personne, il est également lié à mon choix de revenir à mes racines, mon premier souffle. Ende sera très certainement mon tombeau artistique un jour ou l’autre, tout au moins en ce qui concerne la notion de groupe, le cycle sera alors achevé. Toute chose à une fin, ce n’est pas pour rien qu’Ende se nomme ainsi.

Tu as souvent dit, me semble-t-il, que Whispers of a Dying Earth n’était pas à proprement parler le premier album d’Ende, mais plutôt une démo. Cette production sonne très différemment des autres sorties d’Ende, plus lumineuse, claire et énergique, moins sombre et sinistre. Que voulais-tu dire avec cette sortie ? Pourquoi l’avoir réalisée sous le même nom que les suivantes, très différentes dans l’approche et le ton ? La renies-tu désormais ?
I.L : Comme tu le sais, The God’s Rejects (la démo de 2008) ainsi que ce premier album n’étaient pas destinés à sortir un jour, il s’agissait vraiment d’écriture impulsive, par besoin. Une fois fait, ces enregistrements sont tombés dans un tiroir. L’idée de sortir Whispers of a Dying Earth n’est arrivée que plus tard. Une fois fait (2012), le projet est retourné dans l’ombre puisque j’officiais déjà dans Osculum Infame et Reverence, et que pour des raisons évidentes, il était difficile de mener trois projets de front.

Comme tu le souligne, Whispers of a Dying Earth est à part et les qualificatifs que tu lui inféodes correspondent à ce qu’il est. Néanmoins, il possède un aura incisive et clairement Black Metal, je ne renie en aucun cas cet album, nous jouons d’ailleurs le titre éponyme en concert. Il représente une époque, un endroit, une idée. Partant de là, il est cohérent avec le reste de la discographie. Quant à la démo de 2008, elle est sortie quelques mois avant celle de The Rebirth of I en 2015, soit sept ans après son enregistrement. Elle a permis d’annoncer l’album à venir et de rendre disponible une relique qui est pleine de sens dans le sentier parcourut d’Ende.

La musique d’Ende me rappelle immédiatement trois autres références musicales, d’abord et avant tout Nehëmah, puis les sorties des Légions Noires, en particulier celles de Vlad Tepes, et enfin le vieux Gorgoroth des deux premiers albums. Sont-ce effectivement là tes références ?
I.L : Ce qui a eu le plus d’influence sur Ende a été les Légions Noires, et de loin. Pour le reste, pas grand-chose en réalité, mis à part Bathory peut-être. D’une manière plus générale, l’égrégore qui revient au Black Metal, ce puit de magma, est une inspiration sans fond et sans faille. En d’autres termes, l’aura du mortifère est l’un des fondements de ce que nous faisons, c’est un mélange, un brouhaha de sons, d’images, de croyances, de sentiments et d’odeurs formant un tout cohérent à travers l’univers que nous recrachons.

Il me semble avoir lu quelque part qu’Ende était une façon pour toi de revenir au black metal des origines qui te tient à cœur, après avoir expérimenté du côté de l’indus avec Reverence. Comment se transcrivait cette nécessité de retour aux sources ? Penses-tu que le black metal le plus cru soit finalement ta forme d’expression la plus naturelle ?
I.L : Je suis intimement convaincu que le Black Metal le plus cru est la forme la plus naturelle qui lui revient. Quels que soient les projets auxquels j’ai pu participer, j’ai toujours eu l’opportunité de jouer du Black Metal au sens pur du terme, notamment à la fin des années 90, puis à l’époque de la reformation d’Osculum Infame en 2008. J’ai dû quitter le groupe en 2015 ainsi qu’Arkhon Infaustus, que j’avais rejoint l’année précédente pour sa reformation, pour des raisons de santé qui m’empêchaient de jouer de la guitare de façon régulière. C’est alors que j’ai définitivement mis Ende en activité avec un line-up fixe pour continuer à jouer cette essence mais cette fois à ma vitesse et sans forcer, grâce à l’arrivée de guitaristes sessions pour les concerts. Reverence est un groupe totalement différent, très singulier. Il me semble difficile de le rattacher à un style ou à un autre, et plus que jamais en prenant en compte l’album à venir.

Avec Ende, tu as beaucoup développé les thèmes de l’occultisme et notamment de la sorcellerie. Nous avions déjà parlé de cet aspect thématique dans une ancienne interview, mais j’aimerais creuser un peu plus ce sujet. Quelle place tiennent ces entités dans ta vie ? Comment les perçois-tu ? Les approfondis-tu au quotidien ?
I.L : Quels que soit les signes ou les événements, ils ne seront jamais suffisants pour certains alors que pour d’autres, ils seront inutiles car l’évidence existe autour d’eux, en eux. Ces choses raisonnent au quotidien, les conséquences morales ou personnelles peuvent s’en retrouver modifiées par les relations entretenues, aussi bien avec le sujet en lui-même que « ceux » qui peuvent lui être fédérés. Après tout, il n’y a pas d’esprits sans âmes, il suffit d’écouter.

De manière générale, quel lien entretiens-tu avec le spirituel ? Je ne parle pas nécessairement de religion ou de phénomène “incarné” et social, mais de ton rapport au potentiel au-delà, à l’Ailleurs ?
I.L : La grande question que croyants et non croyants se disputent, quoi après la Mort. L’évidence démontre que ce n’est pas dans notre société « incarnée » que les uns ou les autres pourront démontrer quoi que ce soit et pourtant, la réponse existe quelque part c’est évident. Là où croyants ou non se rejoignent est la foi placée dans ce qui leur semble être la vérité absolue sans pour autant avoir l’opportunité de la démontrer de manière concrète. La Mort est une source d’inspiration intarissable, nauséabonde et quotidienne, il est impossible de l’ignorer et ce, pour qui que ce soit.

Quand on parle avec des musiciens de la scène black metal ayant atteint un âge et une carrière respectable, on revient invariablement aux déclarations cyniques qui nous rappellent que le black metal se meurt, qu’il n’est plus ce qu’il était ou devrait être, que les bons groupes sont toujours plus rares, que la sincérité et l’esprit n’y est plus… Quel est ton regard sur ces affirmations, que nous entendons depuis plus de vingt ans maintenant ? Penses-tu réellement que le black metal, comme tu le définissais il y a quelques années, à la manière d’un égrégore, est à l’agonie et voué à s’éteindre, même au travers d’une survivance de cette musique en tant que codes musicaux appliqués ? Penses-tu que nous nous dirigions (ou que nous sommes déjà) vers une scène black metal très vivace en apparence mais sans fondation, sans esprit profond, récitant simplement ses trémolos et ses blast-beats sans conviction ?
I.L : Le Black Metal est sur Facebook et accessible à tous, il y a des films, des documentaires, des mugs, des crayons, des figurines, les petites dates disparaissent au profit des festivals. Penses-tu qu’il est toujours réellement underground ? Je fais partie de cette catégorie de personne qui pense que le Black Metal est mort ou en passe de l’être. Ce qui est généralement appelé « Black Metal » maintenant n’en est que rarement, rien de dangereux, rien de sale, tout est bien calculé. Le terme « Black Metal » est usurpé dans une débauche d’autels en carton sur scène, de symboles tout azimuts et de capuches.

Pour beaucoup, il ne s’agit que de types sympas qui aiment la musique. Il y a trente ans, ces même personnes auraient eu un groupe de Heavy à la place. Les réels acteurs du Black Metal sont devenus les parias d’un genre qu’ils ont eux-mêmes nourri et servi, c’est comme ça.

Loïc Cellier de Belenos nous disait il y a quelques années qu’il considérait comme étant contre nature certaines ramifications de la scène black metal, en citant par exemple le black metal dit “urbain”. Penses-tu qu’il existe des éléments entièrement et absolument antinomiques au black metal, qui soient irréconciliablement opposés au genre et ne devraient avoir aucun contact avec celui-ci ?
I.L : Je partage cette idée, oui. Je crois le Black Metal au-delà des principes terre-à-terre et humains. Cette musique est sauvage, occulte, violente, corrosive. Nombreux sont les « sous-genres » (DSBM, post-quelque chose…) s’en revendiquant mais qui pourtant, ne possèdent aucun de ces qualificatifs.

On entend souvent parler de la distinction que font beaucoup de musiciens entre le black metal “de salon”, composé et enregistré simplement par simple envie musicale, et le black metal tel qu’il devrait toujours être selon ces mêmes musiciens, à savoir invoqué sous l’impulsion d’une torsion intérieure, d’un impératif total d’expiation artistique et spirituelle. Que penses-tu de cette opposition ?
C’est ce que tu appelles Black Metal de salon qui est aujourd’hui devant tout le reste, la masse est toujours la plus visible. C’est bien souvent fait par des types clean sur eux ou au contraire des crasseux de festivals, mais en aucun cas par de vrais croyants. Au final, il s’agit de groupes « consommables ».

Tu es mieux placé que moi pour savoir que le black metal n’existe pas sans une forme de radicalité, quelle qu’elle soit. Je me souviens d’Arioch de Marduk/Funeral Mist qui énonçait que le black metal ne pouvait, selon lui, exister sans qu’un véritable satanisme théiste soit porté, vécu et professé par au moins un membre central du groupe. Cet art, selon lui, demeure indistinctement lié au culte du Diable. As-tu un avis sur la question ?
I.L : La radicalité est justement ce qu’il manque à la majorité des activistes aujourd’hui, car il ne s’agit plus d’âmes torturées, vicieuses, ou de réelle acceptation de la Mort et de l’interdit. Maintenant ce sont juste des musiciens qui discutent de matériel, de technique, qui vont rejouer cent fois la même partie lors d’un enregistrement… Il n’y a aucune spontanéité ou de rage et tout est calculé, quantifié… c’est sans intérêt.

Arioch a raison, comment un groupe peut-il écrire sur certains thèmes comme la Mort, le Diable, la destruction de la vie, de l’Homme ou de Dieu sans aucune conviction théiste derrière ? C’est ici même que tu réalises que la scène est majoritairement basée sur le bluff et l’esthétisme. Beaucoup se justifieront quant au fait que leurs textes sont des images et des métaphores, que cela leur permet de crier leur mal-être, du monde qui les entoure, etc… Partant de là, la question est depuis quand le Black Metal est un exutoire ? Ce n’est justement en rien un exutoire, le Black Metal est de la propagande, et seulement de la propagande. C’est cultiver la noirceur et les ténèbres qui nous rognent, les propager, accéder à d’autres choses. Le reste n’a rien à voir. Le Black Metal est idéologique avant tout, l’aspect musical et esthétique n’ont que les rôles de supports et d’outils, de décodeurs.

Il n’est pas rare de rencontrer des personnes fascinées et passionnées de black metal, mais qui ne sont dans le même temps pas, peu ou plus intéressées par la musique metal de manière générale. Ce phénomène, selon mon expérience, est très spécifique au black metal. Comment l’interprètes-tu ? Es-tu toi-même concerné ?
I.L : Certains ne cherchent que la musique qui les aidera ou qui sera le support de leur démarche spirituelle, le reste ne les intéresse pas et ne leur sera sûrement d’aucune utilité. C’est tout à fait louable, et quoi qu’il puisse se dire à notre époque, l’ouverture d’esprit et l’éclectisme ne sont pas des obligations mais seulement des choix, dans le cas inverse, il n’y a rien de constructif d’évoluer avec des contraintes.

En ce qui me concerne, je suis un grand amateur de musique du XIXème, en d’autres termes, les périodes romantiques et modernes (Ravel, Satie, Liszt, Debussy, Stravinsky, Cras…) et de musiques catégorisées en Dark et Ambiant (Rosa Crux, Aghast, Megaptera…). Le Black Metal restera cependant toujours le cœur de ce qui m’anime, mais ces courants musicaux ont à mes yeux quelque chose de commun et de fort que je ne retrouve nulle part ailleurs.

De la scène Metal, j’apprécie quelques groupes de Death ou de Heavy, mais pour la plupart d’entre eux, il ne s’agit que de reliques ou de groupes s’étant séparés il y a des années. Je ne rejette cependant pas les groupes actuels de manière systématique, juste que leurs démarches, leurs sons ou leurs ambiances me laissent de marbre. Il y a quelques exceptions, mais elles sont rares.

Je pense qu’il est toujours intéressant pour le lecteur d’avoir une idée des influences d’un artiste, de savoir d’où il vient musicalement et artistiquement. Pourrais-tu me donner les vingt albums de musique qui comptent le plus à tes yeux, tous genres confondus ? De la même manière, pourrais-tu nous citer des livres, des œuvres visuelles ou toute autre émanation artistique autre qui t’inspire ?
I.L : Concernant la musique :
Bathory – The Return / Under the Sign of the Black Mark
Mutiilation – Vampires of Black Imperial Blood
Vlad Tepes/Belketre – March to the Black Holocaust
Aghast – Hexeri in Zwielicht Der Finsternis
King Diamond – Abigail / Them
Burzum – Aske / Det Som Engang Var
Isengard – Vinterskugge
Graveland – Epilogue / In the Glare of Burning Churches
Mayhem – De Mysteriis Dom Sathanas / Live in Leipzig
Iron Maiden – Iron Maiden
MZ412 – Nordic Battle Signs
Morbid Angel – Covenant
Moëvot – (Demos)
Blotmine – Ashclouds
Darkthrone – Under a Funeral Moon
Tormentor – Anno Domini

Je me permets un deuxième listing pour les compositeurs :
Ravel – Daphnis & Chloé / Concerto pour la main gauche
Stravinsky – L’oiseau de feu / Le sacre du printemps
Prokofiev – Roméo & Juliette
Chopin – Les nocturnes
Debussy – La mer / Nocturnes
Eric Satie – Les gnossiennes
Fauré – Requiem

Je ne suis pas un grand adepte de cinéma mais je reste cependant admirateur de réalisations comme Nosferatu (1922), Freaks (1932), L’inferno (1911), Le septième sceau (1957), Häxan (1920), et quelques autres provenant du cinéma muet et jouant le rôle de socle du genre horreur qui viendra les années suivantes. Il y aurait tellement de choses à citer encore, question difficile.

Le black metal est dévoué, depuis ses origines, et s’est même défini dans le morbide, l’occulte, le sombre, le macabre et le mortifère. Pourtant, un concert de black metal, même du groupe le plus sombre et malsain qui soit, est un endroit dans lequel les gens rient, s’amusent, prennent du plaisir, boivent, célèbrent, fraternisent parfois et d’une manière générale, se détendent et prennent du bon temps. Indépendamment de la manière dont chacun vit et ressent le concert et la musique jouée, dès l’instant où les lumières se rallument, l’agitation de la salle reprend le dessus alors que de l’encens ou de l’odeur de sang flotte parfois encore dans l’atmosphère. Sans même parler des applaudissements et autres manifestations d’approbation, de la joie et de l’exultation exprimées, voire même des traits d’humour gras et inappropriés saillant entre les morceaux. J’y ai, à titre personnel, toujours trouvé un paradoxe. Parle-t-on d’une musique de vie, ou d’une musique de mort ?
I.L : Il est très rare de rencontrer quelqu’un vivant réellement le Black Metal de façon authentique, comme il devrait vraiment être déchiffré. En général, il ne s’agit que d’un uniforme, mais cet uniforme ne fait pas tout. Au final, certains pratiquent juste de la prostitution en jouant avec des codes qui ne leur correspondent pas.

Les influences sociales au sens large venant du monde dans lequel nous vivons s’engouffrent sans aucun obstacle dans toutes les ramifications culturelles et sociales existantes, le milieu Metal ne fait pas exception. Et bien évidemment, ces comportements sont paradoxaux, mais l’image à ses limites. Une grande partie du public comme des groupes sont aux antipodes de ceux qui composaient la scène il y a encore quelques années. Tout est lisse, on provoque mais pas trop, on essaie de choquer, d’attirer l’attention mais sans que les retombées ne soient trop funestes pour la réputation, ce genre de chose.

Pour cela, les réseaux sociaux sont le bras armé de la bonne pensée et sont dépositaires de ce qui doit être fait/dit ou pas. Metal ou pas, les gens cherchent à exister avec les outils et les pratiques standards de leur l’époque : regarde le nombre de vidéos ou photos de pouffiasses grimées, le cul à l’air avec un t-shirt d’un groupe Y et mettant leurs tatouages bien en évidence, les types qui montrent pour la centième fois un riff bateau debout dans leur salon, sans oublier les splendides performances vocales. En somme, il est visé la possibilité d’exister en ne faisant rien de durable et de concret, rien de sincère, il suffit de virer dans l’ego-trip. Mais la critique devient interdite, ne pas aimer une chose est synonyme de frustration ou de jalousie et à son inverse, apprécier une idée considérée subversive fait de toi un paria. Rebelle mais pas trop quand même.

Je lisais récemment une interview de Corven de feu Nehëmah, qui disait au moment de la sortie de Requiem Tenebrae qu’il n’écoutait en fait que très peu de black metal. C’est pourtant vers cet art qu’il s’est tourné pour s’exprimer artistiquement et spirituellement. Comment expliques-tu ce type de paradoxe, que Corven n’est pas le seul à avoir exprimé ?
I.L : Il est nécessaire de couper certains ponts pour faire le vide et se concentrer sur ce que l’on fait. Il m’arrive parfois de ne pas écouter de Black Metal pendant des mois ou alors, uniquement les albums qui me sont importants. Je crois aussi qu’il est plus facile de s’accaparer un genre avec authenticité en conservant une sorte de naïveté, une façon brute de l’aborder. Trop le chercher, l’écouter et le travailler, c’est perdre la spontanéité et la rage qui pourtant sont les principaux fondements du genre.

À notre époque, on voit le black metal être tourné en dérision assez régulièrement sous la forme de comics, de strips, de parodies, parfois même par ses propres acteurs, et ce notamment sur les réseaux sociaux ou sur Youtube. Ce sont d’ailleurs souvent ses propres auditeurs qui participent à cette démarche de moquerie générale de leur chapelle musicale. J’ai souvent eu l’impression qu’il s’agissait moins d’un vrai recul critique que d’une honte ou d’une peur d’être associé avec un univers, à des personnages et à des faits qui pourraient atteindre à une certaine crédibilité sociale, ou même simplement par envie de se placer et de se sentir au-dessus de la masse en s’érigeant sur sa propre petite estrade de sarcasme, comme pour prouver à tout prix une certaine maturité qui s’accompagnerait d’une forme de déni du genre tout en continuant à l’écouter, à le pratiquer. Je pense à beaucoup de gens actifs sur les réseaux sociaux qui possèdent une importante collection d’albums et portent régulièrement des habits des groupes qu’ils aiment, mais qui ne tarissent pas d’ironie et de piques sur black metal dans le même temps. As-tu noté ce phénomène, et as-tu un avis sur la chose ?
I.L : C’est un phénomène général et qui touche tous les sujets. Tout est matériel, rapide, consommable et jetable, tout est désacralisé, rendu terre-à-terre, dans l’ego-trip… Certains ne se respectent pas eux-mêmes, alors respecter une chose qui leur échappe doit être hors d’atteinte.  Il est inutile d’attacher le moindre intérêt à ce genre de chose, ils apparaissent aussi vite qu’ils sont remplacés, la fange humaine.

Dans le même ordre d’idée, on a souvent moqué l’élitisme du black metal, en le taxant de factice notamment. Quelle est la place de cette notion d’élitisme dans le black metal selon toi ? Ne serait-il pas avant tout un appel à diriger cette sévérité en premier lieu envers soi-même, une imprécation d’exigence personnelle et d’astreinte avant de devoir être une arme à brandir contre autrui ?
I.L : Je ne crois pas le Black Metal destiné à une catégorie de personnes, mais plutôt une catégorie de personnes capable de comprendre l’essence première du Black Metal et de le mettre en pratique. En d’autres termes, le Black Metal n’est pas notre trophée, nous en sommes juste des serviteurs, des outils de propagande.

Je te laisse le mot de la fin, si tu as envie d’ajouter quelque chose. Merci d’avoir répondu à nos questions.
I.L : Merci à toi pour ton intérêt.

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