Ende – The Rebirth of I

écrit par Dantefever
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Pays : France
Genre : Black Metal
Label : Obscure Abhorrence Productions
Date de sortie : 31 Octobre 2015

Ende fait partie de ces groupes de la scène française qui n’ont pas l’intention, et on les en remercie, de placer une seule note en-dehors des champs de la tradition. Leur black metal est celui des premiers tributs du genre, profondément marqué de l’empreinte des entités culte du Nord. I, Luciferia, qui s’est récemment allié avec le label Cold Dark Matter pour la première sortie en vinyle de The Rebirth of I, fait entendre sur cet album les voix discordantes des anciens démons qui peuplent ses songes.

Dès les premières notes de « Den Glemte Skogen », nous retrouvons le black metal là où Mayhem, Darkthrone et Bathory l’avaient laissé. Dans les creux boueux d’une forêt obombrée sanctifiée par une pluie litanique et agitée de rumeurs impies. Tout est là, le froid, la brume, l’obscurité, formant ensemble le lieu de culte où s’expriment les dévotions lugubres des damnés. Le rythme alterne entre parties blastées, passages plus rampants, élans vigoureux portés par une batterie hardie… Une jolie variété dans les cadences qui permet à cette musique de moribond de faire danser les morts avec une redoutable fougue.

La piste suivante, « Black Sorcery of the Great Macabre », peut être évoquée selon les même termes. La piste est un peu plus longue, et balance avec intelligence entre des parties énergiques et d’autres moments plus rampants, comme ce long étirement en fin de piste, où le blast constant souligne la langueur sinistre des cette mélodie de guitare, qui n’en finit pas de se complaire dans sa menace sourde. Vient ensuite l’un des éléments favoris de votre serviteur chez Ende, ces passages de guitare sèche et réverbérée qui hantent les atmosphères de forêt maudite chères à l’entité. Certes, la chose s’est déjà souvent faite entendre dans ce type de black metal, mais il n’empêche que chez Ende, cela ne sonne ni redite, ni poncif. On sent simplement que c’est la manière qu’a choisi le groupe pour évoquer ses paysages sonores. On l’aura souvent dit, mais dans le black metal, tout est une question d’aura et de dévotion. Si un groupe possède mystérieusement une aura, une force inexplicable qui rend sa musique véritablement habitée, il saura utiliser les ingrédients les plus communs du style joué en leur donnant toute leur force. Si au contraire le groupe ne réussit pas à dépasser le simple plan musical, il sonnera seulement vide, creux et cliché.

« An Ode to Bathseba » est l’un des meilleurs morceaux de l’album, grâce à son ouverture acoustique déjà décrite, mais aussi et surtout grâce à cet incroyable passage presque heavy metal qui revient deux fois en début de piste, galvanisant en Diable, presque exultant, coupé par cette mélodie plus tourmentée, lancinante, assortie de cloches d’église et de chœurs funèbres. Ici, permettez-moi de le dire, nous sommes en plein dans l’héritage des Légions Noires. C’est Vlad Tepes ressuscité, qui vient étendre son ombre grandiose sur les compositions d’un de ses meilleurs feudataires. Grand moment, s’il en est.

Vous l’aurez compris, Ende me plaît beaucoup. Non seulement parce que l’entité se situe exactement dans le type de black metal qui me parle, mais aussi parce qu’il démontre qu’il est encore possible, en ces infâmes années 2000 déjà bien entamées, de sortir des albums qui ont le pouvoir de hanter ceux qui les écoutent. De faire advenir des mélodies et des ambiances qui s’installent durablement dans l’esprit des disciples de l’art noir pour le marquer à jamais. Ende se montre capable de tout cela, et plus encore, il se montre digne de son héritage, ce qui est très loin d’être le cas pour tous les groupes de black metal actuels.

Cependant, puisqu’il faut bien avoir se montrer critique envers ce que l’on aime, Ende n’est pas totalement exempt de défauts sur ce disque. Le principal d’entre eux, presque le seul en fait, c’est de se perdre parfois dans des longueurs pas nécessaires, comme sur « Seul, vers les Ténèbres » par exemple, où les riffs moins inspirés que précédemment pèchent un peu par manque d’intérêt. La piste se laisse écouter sans soucis, mais dénote par rapport à son entourage immédiat. On pourrait dire la même chose de « Une Forêt de Cadaves », qui alterne entre d’excellents moments, comme cet arpège superbe en milieu de piste, et d’autres phases plus dispensables. Globalement, au regard de l’entièreté de l’album, Ende aurait eu intérêt à condenser un tout petit peu plus son propos selon votre serviteur, afin d’épurer le disque de ses rares faiblesses et ainsi le rendre plus marquant encore. En fait, j’ai parfois l’impression que Ende veut se rapprocher de Nehëmah au point d’en emprunter les schémas de construction, mais sans réussir à y insuffler autant de force occulte. Attention, ne vous méprenez pas, nous ne sommes pas du tout dans le plagiat, mais dans une inspiration un peu trop flagrante par moment. Ende est un excellent légataire de Nehëmah, en tout point respectable, mais il me semble qu’il cherche parfois à rendre hommage de manière trop stricte à son aïeul. Notez bien que ceci n’est qu’un petit reproche, et qu’il existe des influences bien pires que Nehëmah (euphémisme).

Vous aurez compris qu’il faut aller creuser sacrément loin pour trouver de quoi faire de vraies reproches à Ende. Le groupe est brillant en tout point, et ne se prive même pas pour nous offrir des morceaux plus accrocheurs que sa moyenne comme sur « Quintessence of Evil », avec ses riffs thrashy et ses mélodies efficaces à souhait qui reviennent placer le propos dans le giron d’un Darktrhone première époque, après nous avoir accordé quelques rythmiques batailleuses. Ende sait varier son propos, créer des atmosphères prenantes, violenter comme enterrer. En un mot, le groupe est fidèle à ce dont il se réclame, et mérite pour cela une vibrante salutation.

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