Andavald – Undir Skyggðarhaldi

écrit par Clement
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Pays : Islande
Genre : Black Metal
Label : Mystískaos
Date de sortie : 6 Juin 2019

Cela fait déjà quelques temps que l’Islande est devenue pourvoyeuse de groupes croisant dans les eaux sombres et impétueuses d’un black metal qui, s’il prend des formes différentes, semble graviter autour d’un même noyau, d’une même âme. Les dernières livraisons de Misþyrming, Sinmara ou même les échappées death de Kaleikr, ont toutes en commun d’être hantées par un sens de la mélodie sinueux, une réappropriation de la violence, de la dissonance et de la folie de leur aînés (français notamment), qui impressionne par sa maîtrise. Cette âme qui rend cohérentes la barbarie de Svartidauði et les épopées pagan d’Árstíðir Lífsins se retrouve-t-elle dans le premier album d’Andavald, sorti chez Mystískaos l’année dernière après cinq ans d’existence ? 

S’il s’inscrit dans la grande famille islandaise, Andavald en est alors le cousin éloigné, celui qu’on a perdu de vue il y a longtemps et qui fait un peu peur aux enfants quand on le recroise aux fêtes de familles, assis seul dans un coin de la pièce. Il faut dire que les amateurs de black metal islandais ont plus souvent été habitués aux cavalcades mélodiques endiablées, ce que vous ne trouverez pas ici. Non, chez Andavald le black metal est infusé au doom le plus vicieux, le plus serpentant, le plus paradoxalement aérien aussi, plutôt lave noire qu’étalon galopant, gigantesques lames de fond plutôt que cascades rugissantes.

Cet album est la barque de Charon sur laquelle nous prenons place pour descendre le Styx, assez lentement pour pouvoir contempler ses rivages désolés et ses rivières de flammes, glissant sur les eaux noires qui ne reflètent que désolation et chagrin. La plupart du temps, ce sont bien les mid-tempo qui tiennent la barre, naviguant implacablement au milieu des méandres de guitares aux mélodies d’éther, à tel point qu’on se demande comment cette apparente linéarité ne rend pas Undir Skyggðarhaldi monotone. La réponse est simple, si la barque suit son court implacable, le paysage autour d’elle change, se mue, de plus en plus sombre et torturé. Là où nous attendions une extériorisation rageuse et impétueuse, c’est une introspection lente et douloureuse, une longue descente en apnée dans une psyché malade qui nous est imposée.

Undir Skyggðarhaldi n’offre finalement que peu de pièces charnues à se mettre sous la dent. Si l’on omet les premières et dernières pistes atmosphériques et instrumentales qui, avec leurs pianos hantés et leurs nappes orchestrales, posent assez bien le décors, il ne nous reste que trois morceaux d’une dizaine de minutes chacun. Cela peut paraître un peu léger, surtout qu’Andavald ne semble pas à court d’idées, mais peut-être est-ce là le meilleur atout de cet album, qui vous chope par la nuque et vous force à le réécouter d’office, persuadé que vous pourrez cette fois le disséquer pour comprendre d’où émerge le chaos qu’il génère.

Porté par les hurlements maniaques d’A.F, qui signe la performance la plus aboutie et possédée de 2019 (ce rire fou sur ʺHugklofnunʺ vous hantera jusqu’à la tombe), ce maelstrom malveillant vous saute à la gueule dès la première écoute, mais se révèle très vite bien plus complexe que la simple folie d’un hurleur inhumain. Les guitares tout en retenue misent sur la répétition et les lentes progressions, entremêlant leurs arpèges et les riffs lancinants jusqu’à créer de véritables toiles bourdonnantes et tangibles qui rappellent parfois (ô surprise) les dissonances de Deathspell Omega, dans ce qu’elles ont de plus dépravé. La batterie nous hypnotise avec ses roulements et sa ride métronome, déroulant avec patience ses tentacules, car oui, vous l’avez compris, Undir Skyggðarhaldi est un piège. Un piège malsain et retors qui ne prendra jamais le chemin le plus simple pour vous emmener vers les profondeurs, mais qui parviendra à ses fins, toujours.

J’ai souvent trouvé la convocation de Cthuluh et des Grands Anciens dans le registre du black metal forcée et artificielle (elle l’est par ailleurs beaucoup moins pour nombre de projets death  bouillonnants), mais s’il devait être un album résonnant au coeur la cité engloutie de R’lyeh, ce serait celui-ci, tant Andavald a su en trois morceaux définir son identité, son âme et sa mission : laisser à ses comparses le soin de gravir des montagnes et chevaucher des dragons pour mieux s’enfoncer, seul, dans les abysses.

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Sluagh – Sluagh I – Heiðnir Webzine 29 janvier 2020 - 14 h 44 min

[…] point d’accroche de leur musique comme pouvait l’être le chant d’Andavald que j’évoquais ici. C’est une porte d’entrée, une première balise à laquelle s’accrocher pour mieux […]

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