Sluagh – Sluagh I

écrit par Clement
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Pays : Royaume-Uni
Genre : Black Metal Atmosphérique
Label : Fomorian Hate Records
Date de sortie : 1er Janvier 2020

Peut-être est-ce un défaut qui fausse ma manière d’aborder la musique, mais (et c’est surtout vrai pour le black metal), j’ai tendance à attacher beaucoup d’importance aux origines géographiques des groupes que j’écoute. Je n’aborderai pas un album islandais comme un album américain, et la campagne flamande en dit autant sur la musique de Lugubrum que les étendues des Highlands sur celle de Saor. Comme pour les artworks, le terroir dans lequel s’enracine le black metal l’infuse de tout un passif, presque une grille de lecture qui peut métamorphoser la façon de se confronter à un album. C’est le cas pour ce premier EP de Sluagh, sorti tout droit des hautes terres d’Écosse et dont le nom gaélique renvoie aux âmes damnées, chassées du Paradis comme des Enfers et errant de glens en lochs à la recherche de pauvres hères à tourmenter.

Pas de bol, ce hère c’est vous, et les trente petites minutes de cet EP devraient revenir vous hanter plus d’une fois. Si j’évoquais leurs comparses de Saor en préambule c’est pour mieux distinguer les deux entités, tant Sluagh n’aborde pas la mythologie inhérente à l’Écosse et à ses terres sauvages par le même versant. Vous ne retrouverez pas ici d’envolées folk et de lyrisme mélancolique, pas d’accalmies quand le soleil perce le plafond de nuages, pas de majestuosité des forêts, bref, pas d’espoir.

Sans sombrer dans la rengaine orthodoxe ni dans les clichés poncés jusqu’à l’os de l’atmoblack de ces dernières années, Sluagh peint l’âme torturée d’un pays, les recoins les plus sombres de ses fondations, la part mystique et terrifiante de sa mythologie. Tout ici est question d’équilibre et le trio trouve à merveille celui entre les atmosphères spectrales et la bastonnade pour livrer six morceaux cohérents et impressionnants de maîtrise. Certes, ses membres ne sont pas des débutants, on les retrouve dans Barshasketh ou Úir, et c’est d’ailleurs au guitariste de ces derniers, passé derrière le micro, qu’on doit la meilleure performance.

Parce que Sluagh, c’est avant tout cette voix déchirante, point d’accroche de leur musique comme pouvait l’être le chant d’Andavald que j’évoquais ici. C’est une porte d’entrée, une première balise à laquelle s’accrocher pour mieux s’enfoncer dans les circonvolutions plus complexes de leur musique. Complexe parce que les Écossais sont à l’image de leur météo : changeants et capricieux. Des orgues surgissent et disparaissent, supplantés par des chœurs mélodieux, noyés dans le tourments des guitares ou des growls funèbres. Tout semble tendu vers le même but, rien n’est gratuit et tout le geste de Sluagh nous renvoie aux temps immémoriaux des Highlands, aux esprits frappeurs cachés dans les vallées, surgissant des courts d’eau, embarqués par les bourrasques dans les profondeurs des forêts primitives.

La rage et la violence ne sont pas une fin, elles se mettent au service de la musique avec une sincérité rafraîchissante qui n’augure que de bonnes choses pour la suite, et on espère très vite voir Sluagh transformer l’essai de l’EP avec un véritable album plus charnu, plus complexe, et toujours autant ancré dans ce terroir fascinant.

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