Brahdr’uhz – Fuck My Life

écrit par Maxime
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Pays : Suisse
Genre : Black Metal
Label : Indépendant
Date de sortie : 27 Janvier 2020

En matière de black metal, les références ne manquent pas outre-Jura. Avec une variété certaine, on pense à Borgne, à Darkspace ou encore à Bölzer. Ceci étant, pour ceux qui aiment les fruits provenant de la branche la plus instinctive du genre, le regard peut se tourner vers Brahdr’uhz, qui a gratifié son public d’un nouvel album à la fin du mois de janvier. Galamment intitulé Fuck My Life, ce dernier se présente, comme d’habitude avec Brahdr’uhz, sous la forme d’un CD fait avec les moyens du bords, comme pour rappeler aux bons souvenirs du black metal des origines. Et dans ce registre, Brahdr’uhz fait très bien les choses.

S’il est plutôt aisé de capter l’attention en faisant appel à la symbolique traditionnelle du black metal, il est également facile de faire naître une certaine perplexité quant à certains choix. En tout cas, à la simple vue du titre de ce nouvel album, on sait que Brahdr’uhz n’a pas souhaité s’éloigner du sentier un peu bas-du-front qui lui va si bien, et c’est très agréable ainsi. Le projet suisse évolue donc toujours dans un style très sombre et crasseux duquel percent, ici et là, quelques vociférations bien senties et des riffs tranchants à souhait. Jusque-là, rien de bien original, mais ce serait enterrer Brahdr’uhz un peu vite.

Pour peu que l’on sache se plonger convenablement dans la vile musique du projet suisse, et l’expérience vaut assurément le détour, on en vient rapidement à suffoquer sous le poids important des riffs, ou tout simplement de l’atmosphère générale créée par Brahdr’uhz. Rien de comparable à ce que peuvent faire les grands pontes du genre, mais à son échelle, Brahdr’uhz parvient à prendre son auditoire à la gorge pour lui beugler des incantations impies dans les oreilles, ou simplement pour la faire s’agenouiller face à sa malfaisance, et la chose est particulièrement audible dans la partie finale de « Caisem », lorsque les guitares hurlent leur hérésie jusqu’à l’épuisement, accompagnées par le rythme effréné d’une batterie que rien n’arrête.

Ce que l’on connaît de Brahdr’uhz, c’est ça. Un black metal primitif couplé à une production sale mais pas trop, et qui tempête sans discontinuer tout un ensemble de joyeusetés pas vraiment approuvées par les valeurs judéo-chrétiennes. Ceci étant, passé les trois premiers titres de l’album, le climat orageux semble s’apaiser (toutes proportions gardées) pour laisser place à quelque chose de plus méditatif. Oui, ça étonne un peu, mais la chose n’est pas désagréable du tout. Une fois le mid-tempo très entraînant de « Harvomas » passé, c’est à « Enidej » qu’incombe la tâche de clore l’album. C’est une guitare dénuée de toute saturation qui entre d’abord en scène, et le contraste a le mérite de surprendre et d’introduire une facette de l’album bien plus cafardeuse.

Jusqu’alors, on était dans le registre de la colère impossible à juguler, de la souffrance époumonée, et avec ce titre final, le décor change pour laisser place à une ambiance plus lancinante et fataliste. Cette tendance est renforcée par la durée du titre, qui représente à lui seul un bon tiers de l’album, si bien que ceci consolide l’impression de se trouver en proie à une douleur inextricable. Les riffs rapides sont là, la batterie très énergique est là aussi, mais pas de la même manière que sur le reste de l’album. Le tout est plus froid, plus indifférent, presque résigné. Et c’est à nouveau au doux mais apathique son de la guitare que l’album meurt, non sans avoir délivré son lot de sensations.

Quand bien même ce Fuck My Life ne serait pas doté d’un potentiel belliqueux époustouflant, ses caractéristiques en font un album complet et très équilibré. Brahdr’uhz a proposé mieux que ce dont il a l’habitude, et il doit cela, entre autres, au caractère polymorphe d’un album très agréable à explorer à répétition. Le projet suisse n’aura peut-être jamais la trempe des grands noms, et il n’en a sans doute pas l’ambition, mais dans sa catégorie, le fruit de ses efforts fait extrêmement bien son travail.

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