Venomous Skeleton – Drowning In Circles

écrit par Clement
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Pays : Israël
Genre : Death Metal
Label : Everlasting Spew Records
Date de sortie : 23 Janvier 2020

Moi, mon death metal, je l’aime bien un peu habité vous voyez ? Hanté en son coeur ou même juste à sa marge, par une quelconque divinité, qu’elle soit limace géante ou chaos incarné, une âme interlope, un esprit frappeur, que derrière la violence des riffs, aussi techniques soient-ils, on trouve en creux une invocation. La technique ou la violence pure, ça n’a jamais fait mon affaire, sauf quand elle se met au service d’autre chose et qu’en filigrane on devine le Malin tirant les ficelles. Et autant vous dire tout de suite que le premier album des Israéliens de Venomous Skeleton (auparavant passés par Sonne Adam et reprenant exactement là où on les avait laissés) est venu cocher toutes les cases de ma petite checklist personnelle, et bien plus encore.

Drowning In Circles est un tombeau sumérien, une crypte résonnant de magies oubliées et de trésors maudits, ouverte pour la première fois après des siècles de macération hermétique. L’air vicié et chargé d’émanations dont on préfère ne pas connaître l’origine, les murs crasseux et suintants recouverts d’inscriptions ésotériques indéchiffrables, vous avez saisi le topo. Nos maîtres alchimistes s’y sentent plutôt bien dans ce caveau, et ils vont en saisir l’essence pour la transmuter en un death metal complexe et enfumé, pas tant par ses compositions alambiquées et sa surcharge technique que par sa capacité à ne pas faire de choix. Pourquoi sacrifier le riffing à l’atmosphère ? L’occulte au groove ? Les mecs voulaient tout, alors ils ont tout pris.

Tout devient alors question de mesure et d’équilibre. Il faut travailler à coup de burin le death caverneux sans tomber dans les méandres de Grave Upheaval, de Portal ou d’Antediluvian, élever tout du long une trame old-school portant aux nues le riff, telle une offrande, sans livrer non plus un album poussiéreux d’hommage aux anciens (d’autres s’en chargent déjà très bien), et parsemer sournoisement cet enfer suffocant de touches symphoniques discrètes. Autant dire que le pari était risqué et il aurait été facile d’en sortir bouffis et écœurés. Vous vous doutez bien que si j’ai décidé de vous en parler c’est que ce n’est absolument pas le cas et que Drowning In Circles fait de son exubérante richesse un atout.

La production se met pleinement au service de cette complexité en privilégiant un feeling organique et moite, des guitares reptiliennes, des growls abyssaux et une basse gloutonne ; c’est encore plus flagrant si on s’attarde sur la batterie, dont les toms chauds remplissent leur mission tant dans le doom le plus rituel et le mid-tempo le plus obsédant que dans le blast le plus forcené. Si on passe sans peine d’une phase à l’autre, c’est en grande partie du à la finesse discrète de cette batterie qui se révèle au fil des écoutes.

C’est peut-être d’ailleurs le seul écueil à éviter concernant ces trente-cinq minutes d’excellente facture :  on peut facilement se laisser happer par ce brouillard malveillant et échapper, à la première écoute, à la richesse de Drowning In Circles, ce serait un tort. Une fois acclimatés aux vapeurs hallucinogènes de soufre, une fois victorieux des esprits tourmentés de cette tombe maudite, vous pourrez enfin tremper vos lèvres dans le sang céleste (ce n’est pas moi qui le dit).

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