Malokarpatan – Krupinské Ohne

écrit par Dantefever
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Pays : Slovaquie
Genre : Black Metal
Label : Invictus Production
Date de sortie : 20 Septembre 2020

Déjà le troisième tour de piste pour Malokarpatan. Après un premier album purement black metal pittoresque et très mystérieux, puis un retour plus heavy et entraînant, l’heure semble être à la synthèse. Krupinské Ohne se révèle sous une pochette encore une fois superbe, toute de légendes et de mythes vêtue, et vient nous resservir une dose d’ancien metal habité, sombre et folklorique.

Cinq pistes pour presque cinquante minutes, des noms à rallonge… La chose est bien ancrée dans le black metal, pas de doutes. Comme dit en introduction, l’album est une parfaite synthèse de ses deux prédécesseurs. On reprend le côté très sombre et embrumé du premier, les riffs plus accrocheurs et les grosses influences heavy du second, et on en tire une belle somme musicale. L’auditeur n’est pas perdu une seconde. On retrouve le son chaud et organique des guitares, un rien confus, qui signe le traditionalisme du groupe. Les placements de voix sont toujours aussi étranges, plus proches du phrasé d’un conteur que d’un chant à proprement parler. Le squelette des chansons se construit sur des riffs à la Bathory meets Mercyful Fate, qui s’enchaînent les uns après les autres. Là-dessus, on ajoute les lignes de chant réverbérées et possédées, théâtrales façon Master’s Hammer, et on travaille les ambiances avec des chœurs, quelques claviers et des interventions d’instruments traditionnels.

À défaut d’évolution, on peut parler d’une démonstration de savoir-faire. L’album maîtrise ses influences, domine son sujet et fait parfaitement le travail. On est entraînés dans les parties galopantes, les phases plus atmosphériques sont envoûtantes, les quelques moments plus explicitement épiques ou exaltants marchent définitivement bien. Clairement, les Slovaques ont su ajuster parfaitement leur mixture. Mention spéciale à la piste finale qui passe des refrains heavy braillés à une passade presque rituelle tout naturellement, sans forcer, et réussit à maintenir l’attention. Du grand art.

Ce que j’ai un peu envie de leur reprocher, en revanche, c’est un petit manque de dépassement. Tout est quasiment irréprochable, comme déjà rapporté, mais quelque chose manque malgré tout. La démarche du groupe m’évoque irrémédiablement celle d’autres entités comme Cultes des Ghoules ou évidemment Master’s Hammer, créant des albums longs et tortueux, basés sur les langueurs dans les pistes et l’étalement des ambiances. Malokarpatan est allé à bonne école, a bien appris ses leçons, reste le premier de sa classe, mais n’arrive pas à atteindre la dimension fascinante de ses maîtres sur cet album. Un peu moins prenant, un peu moins marquant. Il manque de moments qui collent aux murs, de passages sous tension qui obligent à rester scotché à ce que l’on écoute. En un mot, il manque un peu de force. Il dépasse de loin le stade de l’album agréable, mais reste tout de même sur celui de la production à qui il manque un petit rien pour tout casser et devenir indélébile dans la mémoire. Leur premier méfait avait indéniablement cette capacité, on sait qu’ils sont capables de le faire. Et sans doute le feront-ils un jour, je n’en doute pas. En attendant, ce Krupinské Ohne reste un excellent cru, qui tend à se bonifier avec les écoutes.

Difficile d’être réellement déçu. On sera peut-être moins haut que ce que l’on aurait espéré, mais de là à parler de véritable déception… N’oublions pas que Malokarpatan est assez unique, et excellent qui plus est. On lui en demande forcément beaucoup. Il nous a déjà donné deux formidables albums, et celui-ci est un nouvel arbre tout à fait respectable et honorable dans sa forêt. Pas de doute, ils ont tous les ingrédients pour composer un album ultime. Qu’ils s’entraînent autant qu’ils veulent !

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