Black Magick SS – Rainbow Nights

écrit par Dantefever
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Pays : Australie
Genre : Rock Occulte Psychédélique
Label : Infinite Wisdom Productions
Date de sortie : 8 Avril 2020

Black Magick SS fait beaucoup parler de lui depuis deux ans. Le facteur thématique mis à part, il faut admettre que l’on a en face de soi une entité absolument unique. Pour ceux qui n’auraient pas encore jeté une oreille sur le bestiau, il s’agit en gros d’occult rock 70’ plongé dans une production lo-fi, peuplé de vocaux gutturaux typés metal extrême, de refrains sucrés et cheesy incroyablement entraînants et de claviers dégoulinants bien rétro. Le tout dans un enrobage d’ésotérisme nazi intoxiqué au LSD et kitsch à souhait. Du jamais vu, vous dit-on.

Rainbow Nigths, le nouvel album de la formation australienne, tombe un peu de nulle part. Aucune promotion, aucune annonce, juste une nouvelle demi-heure de musique qui tombe d’un coup sur YouTube, encore une fois endossée par Infinite Wisdom. L’artwork est encore plus typé hippie-psyché qu’auparavant, la swastika apparaît un peu en retrait pour une fois, et assume un aspect visuel plus « indo-européen » que strictement nazi. Comprenez que le groupe a l’air de se servir du symbole selon les déclinaisons que les peuples indo-européens lui ont fait subir plutôt que précisément dans sa version allemande du Troisième Reich.

Cela étant dit, il faut parler des six nouveaux morceaux proposés. « Endless Hallucinations » se repose sur des parties de guitare qui rappellent fortement Uriah Heep et dans une moindre mesure Wishbone Ash. Le clavier résonne de partout, il déborde sur chaque plage. Toute la musique du groupe sonne comme engloutie sous une avalanche de velours côtelé râpé, de vison à moitié mangé par les mites et autres chemises bouffantes poussiéreuses. C’est affreusement ringard, mais un ringard délicieux. Le refrain entraînant au possible se colle dans la tête immédiatement. Aucun doute, le groupe a gardé son efficacité.

« Rainbow Nights » continue dans ce sens, avec un premier riff qui sonnerait presque vieux heavy, puis c’est la déferlante de synthés. La guitare passe au second plan, les chœurs lointains et les orgues se taillent la part du lion. Les guitares s’étouffent presque derrière les touches lourdes et grasses des synthétiseurs, tout en continuant à cavaler comme sur un Judas Priest première époque. La construction ne bouge pour ainsi dire pas d’un iota, avec pré-refrain trémoussant et chorus enfiévré, toujours sur ce timbre de voix presque châtié, précieux. Black Magick SS a emprunté le meilleur et le pire du rock psychédélique des 70’, et a exagéré tous ses aspects jusqu’à être en possession d’une mixture musicale excessive à tout point de vue.

C’est sur « Get Out » que les choses se permettent de varier un petit peu. Une nouvelle influence se fait entendre clairement. Ce riff de guitare lancinant, balançant, mélancolique et un peu désabusé, cette rythmique électronique, cette voix nonchalante, les effets sur le son de guitare au moment du pré-refrain, et surtout ce refrain tellement typique dans sa construction… C’est la Batcave, le goth rock, le post-punk, chers lecteurs. On se croirait en plein remix d’un vieux Sisters of Mercy. Votre serviteur a même eu des relents de « Temple of Love » sur le refrain. Et ce nouvel apport colle parfaitement au groupe. C’est excellent, prenant, dansant même. Petite séquence pari : je mise sur une influence The Cult période Love sur leur prochain album. Il y aurait de quoi faire un malheur !

« Get Out » serait le sommet de l’album sans sa suivante, « Kali », qui plonge en plein délire hindouiste fantasmé, écho à la swastika présente sur la couverture. La piste n’a pas de vraie originalité. Riff très simple et entraînant d’entrée de jeu, qui ferait presque un peu Deep Purple ou même Nazareth avec cet appui très fort sur les rythmiques, couplets, pont, et refrain litanique en crescendo. Un tube, tout bonnement. Aucune différence avec la construction des autres morceaux, juste une efficacité encore repoussée d’un cran avec une insistance un peu plus forte sur les riffs de guitare pour bien faire rentrer la piste dans le crâne.

Les deux dernières pistes restent dans le giron enfumé de Black Magick SS, sans dénoter ni surprendre. On évoquera rapidement « Mothers Lullaby » avec ses voix trafiquées hypnotisantes, son rythme lent et son clavier encore plus gluant et tartiné que précédemment. Une bonne fin d’album, ni plus ni moins. Et un album difficilement critiquable. Trente minutes, c’est idéal. Six chansons, une petite variété stylistique très sympathique sur « Get Out », et voilà pour vous ma bonne dame. Black Magick SS ne s’est pas réellement amélioré, mais il reste sur son plateau qualitatif élevé. Tout ceux qui ont aimé aimeront, tout ceux qui n’ont pas aimé n’aimeront pas.

Bien sur que Black Magick SS n’aurait pas autant fait parler de lui sans son esthétique. Il aurait probablement été remarqué par les fans de rock occulte et d’autres curieux, mais n’aurait pas intégré les écoutes régulières de toute une branche du public metal. Les croix gammées, ça attire l’œil, comme on le disait déjà en 1933. Mais enfin, il n’y a pas matière à finasser. Rainbow Nights est un régal, tenons-nous en à cela.

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