Grift – Budet

écrit par Clement
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Pays : Suède
Genre : Folk Black Metal
Label : Nordvis Produktion
Date de sortie : 20 Mars 2020

Grift est le one-man band du suédois Erik Gärdefors, ancré depuis le premier EP (Fyra Elegier en 2013) dans le territoire du Götaland, ses campagnes, ses forêts, ses villages, sa monotonie parfois, mais aussi ses habitants, leurs coutumes, leurs croyances. C’est encore le cas avec Budet, troisième LP de l’artiste et condensé de mélancolie qui semble ouvrir, à défaut d’un nouveau chapitre, tout du moins une nouvelle page dans la carrière du multi-instrumentiste.

J’ai déjà parlé ici de l’attachement que je porte aux origines géographiques et à la notion de terroir quand j’aborde un album de black metal. Il est vrai que parfois il ne s’agit que d’une projection personnelle, un ressenti qui fait que je trouve au coeur de la musique ce que je veux y trouver, parfois cependant la manifestation de ce terroir est bien plus évidente et intentionnelle de la part de l’artiste. Aborder Grift avec cela en tête permet d’attiser encore plus l’intensité des images qui nous sont données à entendre.

Si vous suivez un peu la production de ce projet depuis une petite dizaine d’années vous saurez que Gärdefors oeuvre principalement dans un registre black metal folk (le dernier EP en date, Vilsna Andars Boning, délaissant même totalement pour une poignée de minute les éléments metal). Malgré un travail (et un talent) de composition certain, l’aspect artisanal de sa musique lui a valu (encore aujourd’hui avec Budet) quelques reproches. Les morceaux aux transitions parfois abruptes et la patine absente donnent en effet l’impression de découvrir des compositions non pas inachevées mais minimalistes, taillées à la serpe. Pour moi il ne s’agit en rien d’un point négatif, et là où certains décèlent de la maladresse, j’y vois depuis toujours une sincérité et une authenticité brutes, mais aussi, paradoxalement, une finesse. Tout pourrait être plus ample et plus riche, mais le propos perdrait en clarté, en épure, et le travail de Grift est tout au contraire, concentré sur l’essence, sur la moelle.

Cela se ressent d’ailleurs dans la manière dont le terroir évoqué surgit à nos oreilles : cette région suédoise d’où est originaire Gärdefors, il nous la dépeint en niveaux de gris, en prés perdus dans la brume, en bois silencieux et enneigés, en arbres grinçants, en chants d’oiseaux, en bourrasques, en rituels inquiétant. Les coups de pinceaux sont rarement francs et l’ouvrage tient plus de l’esquisse, de l’impressionnisme même, ce qui n’est pas moins évocateur, car en bon artisan économe, Gärdefors sait exactement quoi faire, quand et comment.

Cette approche épurée n’a rien à voir avec le lo-fi glacial et necro qu’on pourrait attendre d’un tel projet mais prend vie grâce à une prod boisée et chaude finalement parfaitement en accord avec les bases folk des morceaux. La violence inhérente au black metal est chaque fois mise au service de ses esquisses et d’une mélancolie souvent déchirante, apportant la tension et le contrepoint aux guitares sèches, vielles, violons et autres arrangements acoustiques rappelant parfois l’esprit du Kauan de Tenhi.

Budet est un album apaisant, inquiétant parfois mais moins abrasif et violent que les premières livraisons de Grift. S’il s’inscrit dans la lignée de son prédécesseur Arvet, il simplifie encore son approche, dépouille sa musique et creuse cette fois totalement la veine d’un folk teinté de metal, s’ancrant un peu plus dans sa terre natale et y forgeant au passage un peu plus son identité musicale.

 

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