Cénotaphe – Monte Verità

écrit par Dantefever
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Pays : France
Genre : Black Metal
Label : Nuclear War Now! / Ossuaire Records
Date de sortie : 10 Mars 2020

Cénotaphe s’était bien fait remarquer l’an dernier, avec sa démo Empyrée particulièrement enthousiasmante. Du black metal élégant, furieux mais pas écumant, aristocratique, proche dans l’esprit de ce qu’a pu faire Seigneur Voland. Le maître à penser du projet, Fog, tenancier du label Ossuaire, a simplement délégué les vocaux à Khaosgott, connu pour s’être investi sur les démos de Nécropole, entité très proche de Cénotaphe du point de vue stylistique. Monte Verità, premier album de Cénotaphe sortit en mars de cette année, représente un accomplissement à placer aux côtés de l’album de Nécropole paru en 2018.

L’élégance est une notion qui correspond bien à ce qu’évoque Cénotaphe. Un sentiment distant de grandeur, de superbe, d’intouchable splendeur. Dès « Myosis », on se retrouve enfoui sous l’ombre brûlante d’une majesté venue de loin. Dans ses paroles, Cénotaphe semble s’influencer de l’École de la Tradition, et notamment d’Evola. On retrouve cette conception des mythes structurants la vie terrestre, la doctrine traditionnelle de la Loi ancestrale, le combat contre la dégénérescence et l’opposition des peuples entre eux. Cénotaphe reprend le flambeau de Seigneur Voland où il avait été planté. Les mélodies sont plus développées, les structures plus riches, les variations plus nombreuses, mais dans ce même giron qu’il fait naître son black metal.

Les pistes des Cénotaphe sont longues, largement appuyées par le blast, mélodiques et fortes d’un élan considérable. C’est le registre épique qui prédomine, mais pas l’épique vulgaire et facile. Celui, antique et sévère, qui portait Homère et Virgile dans leurs récits flamboyants. La grandeur n’a pas besoin de se faire trop racoleuse ou trop explicite, elle s’exprime de manière pleine et entière, à tel point que l’on a parfois du mal à la regarder en face. De fait, Cénotaphe nécessite beaucoup d’écoutes pour que les mélodies et les riffs ne se parent enfin de leur entière force. Les premières écoutes donneront l’impression d’un album particulièrement bien mené, très homogène, mais on n’en remarquera peut-être pas les vraies merveilles, qui restent quelque peu hermétiques aux premiers abords. Comme par exemple ce riff cinglant qui sonne très finlandais, presque Sargeist, sur « De mon promontoire astral », ou comme cette mélodie divine sur « Intolérante Thébaïde », qui émeut profondément en venant sublimer une dynamique étincelante en une pointe d’émotion exceptionnelle,  plus humaine tout en restant solaire et impérieuse.

Cénotaphe a composé d’extraordinaires pistes, et s’est armé d’une arme sans pareil pour magnifier encore son œuvre. Le chant de Khaosgott, écorché, presque hystérique, habité et très intense, est parfaitement adapté à la musique jouée. Il prend le rôle d’un contrepoint, d’un contraste en incarnant un élément plus humain dans une musique si lumineuse qu’elle paraît innée. Quelques incursions de chœurs virils et surplombants permettent de gagner encore de la hauteur, de s’élever au-delà du sol et de contempler d’en-haut les terres perdues sur lesquelles les hommes ont oublié la Tradition. Un très bel élément qui offre encore une dimension en plus à la musique de Cénotaphe.

S’il fallait sortir un point d’exception sur Monte Verità, j’évoquerais encore une fois « Intolérante Thébaïde », pour ses mélodies incroyablement fortes et porteuses. Placée en milieu de parcours, elle permet de basculer d’un versant à l’autre de l’album en passant par un sommet intouchable. La suite des événements s’impose avec « Ne m’oubliez pas », qui commence sur une introduction ambient avant de s’ouvrir sur un riff mélodique terriblement touchant, suivi d’une cavalcade d’une classe et d’une beauté rare. Cénotaphe ne tarit jamais, et reste d’une constance remarquable. Immaculé.

Sitôt la grandiose piste finale éponyme éteinte, une seule chose à faire, relancer l’album. C’est une œuvre d’exception, un disque comme on en voit cinq ou six par an qui vient de passer par vos oreilles. Une manifestation artistique transperçante d’élégance, de force évocatrice et de gloire. L’album n’est plus disponible que chez le label américain Nuclear War Now!, vous n’en aurez pas pour bien cher, même en comptant les frais de port. Si par hasard vous conceviez l’envie de vous acheter l’un des disques de black metal les plus éclatants des dernières années…

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