Ensnared – Inimicus Generis Humani

écrit par Clement
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Pays : Suède
Genre : Death Metal
Label : Invictus Productions / Dark Descent Records
Date de sortie : 14 Février 2020

Je ne me suis mesuré que très tard au death metal. Plus jeune j’avais bien quelques vieux CD de Morbid Angel, l’incontournable Tomb of the Mutilated de Cannibal Corpse et, mystère, quelques vieux Unleashed, mais c’est à peu près tout. Quand on s’échangeait du death entre potes, c’était surtout la performance et la technique qui importait, la surenchère de violence, de gore, bref, le death c’était pas bien finaud, et ça m’allait très bien. Aujourd’hui, alors que le death s’est fait une part non négligeable (voire majeure) dans ma consommation musicale, et que j’en ai aperçu l’insondable richesse, je me retrouve souvent confronté à ma méconnaissance totale de ses bases, de ses classiques, ses mouvements, ses incontournables. Quand je dois chroniquer un album de death j’omets donc quasi-systématiquement de le replacer dans son contexte et je l’aborde de manière plus franche, plus naturelle que les autres genres dans lesquels je navigue depuis des dizaines d’années. Toute cette petite biographie pour vous dire que ce Inimicus Generis Humani ne m’a pas facilité la tâche, tant le duo ne se laisse pas facilement domestiquer et cataloguer.

Touchant à la fois au death le plus old school comme au plus novateur, à la moelle du genre ainsi qu’à ses multiples périphéries, Ensnared ne recule ni devant les soli techniques, ni devant la brutalité sauvage, encore moins devant les atmosphères enfumées. Du all-school en quelque sorte, empruntant aux Anciens leur chaleur toute humaine et organique (mon contrat m’oblige à utiliser ce mot une fois par chronique), leurs riffs grouillants et fumants comme des entrailles se déversant dans l’humus, ce qui, dans ce domaine est un compliment, tout en osant les expérimentations dissonantes plus que jamais actuelles. Pensez donc à la meilleure promotion de cette vieille école death de la fin des 80’s qui se retrouverait catapultée en 2020 après une étape en enfer.

Or en enfer, on le sait tous, viennent gémir tous les jazzmen, et c’est infusés de ce groove malade que nos Suédois nous sont arrivés, inspirant par le nez leurs trois (quatre en vérité) interludes au groove jazz suffocant pour mieux expirer par la gueule leur death occulte, aussi lourd et puissant qu’il peut être vicieux et sinueux. À la lecture de la tracklist, on aurait quand même pu s’attendre à se faire chier, les interludes n’étant souvent dans le metal qu’un prétexte pour faire monter la sauce avec des atmosphères pataudes achevant tout momentum, ici il n’en est rien. L’infectieux groove de ces respirations contamine les morceaux, cimente l’atmosphère sulfureuse et se permet même l’audace de faire du dansant, comme on danserait au dernier bal avant la fin du monde (à moins que ce ne soit le premier après ?).

N’ayez crainte donc, la hargne folle des cinq vrais morceaux ne pâtit en rien de ces interruptions et c’est avec le même plaisir, trente écoutes plus tard que je redécouvre leurs riffs d’alchimistes schizophrènes ou que je tente de reprendre en choeur (et sans grand succès) les plus belles saillies de « The Throne of Transformation » ou de « Black Hole Acolytes ». C’est un autre point fort d’Inimicus Generis Humani, le chant du grand Sorcier est d’une clarté telle qu’elle encouragerait presque le sing-along, ce qui est toujours un plus quand, comme moi, on aime se doucher en musique (et/ou qu’on déteste ses voisins).

Le deuxième album d’Ensnared est une quête, une quête d’essence, une infusion de squelettes, peut-être même un distillat, résultat limpide et puant d’une recherche d’absolu, emprisonnant forcément au milieu de ces ténèbres la lumière des Enfers, une tension cristallisée dans ses rires d’enfants transformés en hurlement d’effrois qui n’arrêteront jamais, je crois, de me glacer le sang.

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