Necrowretch – The Ones From Hell

écrit par Dantefever
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Pays : France
Genre : Blackened Death Metal
Label : Season of Mist
Date de sortie : 14 Février 2020

Necrowretch fait partie des groupes français qui donnent envie (et raison) d’être fier de notre scène nationale. La formation active depuis plus de dix ans enchaîne les sorties remarquables depuis ses premières démos, débutant sur un death malsain et morbide pour se diriger lentement vers quelque chose de plus sombre, de plus mélodique et de plus ambiancé, mais sans jamais renoncer à la furie et la brutalité. Et ça, c’est un projet impeccable.

Quatrième album pour Vlad et sa bande, seconde sortie chez Season of Mist, toujours un peu moins de quarante minutes au compteur. Des éléments stables, donc, mais du changement notable malgré tout, à commencer par cet artwork orientalisant qui fait écho aux passages de Necrowretch en Asie les années passées. Pour ma part, je ne peux pas dire que je trouve cette pochette très heureuse, mais enfin, le groupe se rattrape à mes yeux sur l’autre changement majeur, à savoir une direction musicale un petit peu différente. Disons-le, Necrowretch sonne plus black metal qu’auparavant. Son ombre s’est épaissie, ses maléfices se font plus retords, ses ténèbres plus venimeuses. En termes musicaux, cela signifie que le groupe a davantage travaillé ses ambiances et son écriture, ou plutôt qu’il ne cherche plus uniquement à nous rendre fou à coup de riffs ultra-nerveux et accrocheurs.

Pour ceux qui n’ont pas écouté les précédents albums, et qui ont donc commis une faute très grave, Necrowretch, c’était la fureur diabolique d’un agglomérat de riffs death/thrash/black acérés et hostiles, portés par des assauts rythmiques sanguinolents et hautement furieux, le tout survolé par la voix très reconnaissable et malsaine de Vlad, le démon en chef responsable de la composition et des paroles. Aujourd’hui, j’ai envie de chanter à Necrowretch la même chanson que Jacques Villeret. Non, toi non plus, tu n’as pas changé… Mais finalement, un peu quand même. Les salves frénétiques des sataneries bestiales ont quelque peu perdu leur monopole jusqu’ici quasi absolu. En lieu et place de la débauche de violence ininterrompue, Vlad nous propose des ambiances. Des atmosphères sataniques et blasphématoires qu’il prend le temps de faire monter. La petite partie de cordes acoustiques orientalisantes au début du disque, les trémolos méchants avec ce petit effet de flanger qui lancent « Absolute Evil » sur une batterie presque tribale, la noirceur rampante et les sursauts profanatoires de « Darkness Supreme « , sans parler du morceau final possédé du début à la fin… Vlad s’en va en guerre, mais il sait que ses assauts seront plus redoutables s’il les émaille d’incantations mortifères pour attirer sur lui l’œil du Maître.

Depuis le temps que j’écoute le groupe, je me suis souvent demandé à quelle autre formation Necrowretch pouvait être franchement comparée. Non pas que l’exercice ait une quelconque utilité, mais il s’impose souvent de lui-même dans les cervelles agitées des passionnés que nous sommes. Et l’issue du triturage de neurone reste toujours le même : je ne sais pas. Necrowretch a clairement des influences, mais ne ressemble réellement à personne. Le groupe a, et c’est chose rare, une personnalité particulièrement marquée, une manière de construire ses pistes, un son et une voix identifiables entre mille. J’en veux pour exemple une piste comme « Codex Obscuritas », baignée dans son groove malsain épaissi des mélodies délétères et du chant très bien mis en valeur de Vlad. Et à ce propos, le groupe s’est offert une production superbe. Les guitares sonnent parfaitement, réverbérées et creusées, la batterie est puissante et elle aussi pleine de réverbération, la basse gronde, menace… Le rendu sonore global est particulièrement appréciable, en particulier le travail mené sur le chant de fanatique possédé de Vlad, qui est souvent augmenté à coup de saturations, d’échos et d’autres effets qui renforcent beaucoup le climat infernal de l’album.

Que les fans de la première heure ne s’inquiètent pas, Necrowretch reste un groupe violent. De grosses charges sanguinaires sont bien au programme. Les deux premières pistes ou encore la très entraînante « Through the Black Abyss » se chargent de mettre le feu à tout ce qui bouge, et le disque ne manque pas une seconde de dynamisme. Au bout des trente-sept minutes d’écoute, la sentence tombe. Ce quatrième album est la meilleure sortie de Necrowretch. Le plus profond, le plus travaillé, le plus varié, le plus équilibré, le plus impactant et le plus riche de ses albums. On se remet les précédents avec plaisir pour se faire ravager les tympans, mais The Ones From Hell possède en son cœur une horreur supérieure. Le cachet du metal extrême de haute volée, qui ne simule aucune noirceur et menace l’esprit.

Très, très bon album de la part d’un groupe français que je qualifie, avec un poids particulier porté au qualificatif, de précieux. Un groupe comme Necrowretch, c’est rare, c’est unique, c’est du haut niveau, et c’est donc précieux. J’attends avec impatience le concert reporté à 2021 avec Kampfar et Taake pour voir les êtres infernaux convoqués par Vlad et ses acolytes se déchaîner dans les salles parisiennes !

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