Marduk – Panzer Division Marduk

écrit par M.
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Pays : Suède
Genre : Black Metal
Label : Osmose Productions
Date de sortie : Juin 1999

Panzer. Division. Marduk. Trois mots qui auront suffi à faire entrer Marduk dans la légende. Il mérite clairement sa place sur le podium des albums phares du black metal suédois. Oui, la guerre fait vendre, Nargaroth beuglait quelques années après que « Black Metal ist Krieg », nous ne pouvons que le croire sur parole. C’est un fait, les membres de Marduk ont toujours fait de la Seconde Guerre mondiale son fond de commerce, en plus d’être des passionnés de la période, à la manière d’un Lemmy Kilmister collectionnant des objets liés au Reich. Au-delà des polémiques idéologiques, on ne peut cependant pas rester de marbre face à ce monument du black metal qu’est Panzer Division Marduk, qui a rapidement fait partie des albums incontournables des années 90.

On retrouve chez Marduk un jusqu’au-boutisme impressionnant, des blasts furibonds depuis le morceau éponyme jusqu’à « Blooddawn », sans oublier le fameux « Christraping Black Metal », un déluge sonore sans précédent. Le chant de Legion, si rauque et inimitable, nous entraîne dans un déluge nauséabond, tortueux, qui a fait l’identité de Marduk dès le départ ; certes, Mortuus apporte effectivement un renouveau à Marduk depuis Plague Angel, mais rien ne détrônera le chant bestial de Legion de la première moitié de carrière du groupe. Panzer Division Marduk n’a rien de gracieux, on ne lui en demande pas tant, juste d’exprimer une violence primaire et gratuite afin de nourrir notre fascination malsaine pour la destruction. Outre le sujet controversé de la guerre, l’album dégage une violence presque wagnérienne. D’ailleurs, en interview, le groupe n’a jamais caché l’influence directe du compositeur sur sa musique. Marduk partage avec le compositeur le goût de la grandiloquence et de la précipitation qui sied à merveille à la thématique guerrière.

Moins technique que Nightwing, Panzer Division Marduk possède cependant des compositions de qualité, des riffs imparables. Frontschwein et Viktoria ont bien tenté par la suite de reproduire cette atmosphère destructrice, mais aucun n’arrive à la cheville d’un phénomène comme celui-là. D’un bout à un autre, tout est anxiogène et oppressant, destructeur et malsain, c’est une prouesse de recontextualiser le malaise d’une époque en l’espace de trente minutes. On note également le caractère intemporel de Panzer Division Marduk, sorti il y a tout de même vingt-et-un ans. Le son est limpide, quoi de plus normal pour un album enregistré chez Abyss Studios, soit la crème de la crème des studios dans la Suède des années 90.

Il y a tant à explorer sur la destruction physique et mentale, l’aliénation, l’endoctrinement et les idéologies. Toutes les transgressions sont permises au nom de l’art. Voilà un terreau fertile sur lequel s’appuyer, comprendre une guerre n’est pas l’approuver, on cherche ici à faire revivre l’ambiance mortifère pouvant régner sur les champs de bataille et dans la tête de dirigeants particulièrement maniaques. Panzer Division Marduk est un album monolithique au service d’un totalitarisme meurtrier, bourrin, sans compromis, qui pourtant se laisse écouter d’une traite. Certains le trouveront bas du front, mais le pacte est pourtant scellé dès la pochette, ici pas de fioriture, pas de paix, juste de la violence consentie. Point barre. Et il faut reconnaître que cette démarche nihiliste est particulièrement louable, elle reflète parfaitement la volonté du black metal des débuts à blasphémer, choquer le bourgeois, s’affranchir des limites coûte que coûte. Maintenant que la scène s’est politisée à l’extrême, l’arrivée d’un tel album aujourd’hui n’aurait clairement pas le même effet ni la même saveur, il serait noyé dans la masse des productions NSBM, souvent plus réputées pour leurs thématiques que leurs réelles qualités musicales.

Jamais un album n’a été aussi extrême pour faire revivre les conditions de la Seconde Guerre mondiale. Mis à part Endstille, peu de groupes peuvent réellement rivaliser avec Marduk en reproduisant une atmosphère aussi belliqueuse et brutale. Ce n’est pas pour rien que cet album est rapidement devenu culte. Nous tenions absolument à vous faire partager cette petite madeleine blindée, pleine de rage décomplexée, qui parlera à l’adolescence de la plupart d’entre nous, cet album est un défouloir qui nous donne envie de hurler « Christraping Black Metal » à qui veut bien l’entendre. Cette métaphore filée de la guerre totale est bien longue, mais elle en vaut la peine.

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