Serment – Chante, Ô Flamme de la Liberté

écrit par Maxime
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Pays : Canada
Genre : Black Metal
Label : Sepulchral Productions
Date de sortie : 24 Juin 2020

Si d’aventure vous étiez passé à côté de Serment, c’est que vous suivez actuellement la scène black metal d’un peu trop loin. Depuis l’annonce de sa sortie chez l’inénarrable Sepulchral Productions, le premier album longue-durée de Serment fait convenablement parler de lui. Malgré une première démo sortie l’année dernière — et diffusée de manière on ne peut plus confidentielle —, c’est en ce mois de juin que le projet québécois fait réellement son entrée sur la scène black metal avec un très ambitieux Chante, Ô Flamme de la Liberté. Le premier disque du one man band a donc cristallisé beaucoup d’attentes, savamment entretenues par une très belle pochette et par un teasing de qualité. Serment a-t-il satisfait ses adeptes ?

Depuis la mise à disposition de l’album auprès des différents médias metal, nombre de critiques élogieuses — et parfois dithyrambiques — ont été émises à l’encontre de Chante, Ô Flamme de la Liberté, comparant d’ailleurs allègrement le style du projet de Moribond à celui de l’autre groupe phare dont il fait partie, Forteresse, véritable fleuron de la scène québécoise. Ceci étant, bien que la comparaison soit facile, il serait un peu trivial de s’arrêter là. Les deux entités n’ont en effet pas grand chose en commun dès lors que l’on se penche un peu plus en détail sur leur manière de procéder. Là où Forteresse parvient à trouver un équilibre parfait entre atmosphère travaillée et énergie épique et dévastatrice, Serment fait montre d’un penchant bien plus prononcé pour le premier des deux aspects.

Mais bien entendu, Serment ne vit pas uniquement de la comparaison que l’on peut faire avec Forteresse, ce serait bien réducteur quant à la qualité de Chante, Ô Flamme de la Liberté. Il m’aura étonnamment fallu bien plus d’écoutes que d’habitude pour me forger une opinion complète sur l’album. Serment fait une arrivée remarquée sur la scène, et ce à très juste titre. Chante, Ô Flamme de la Liberté est une modèle d’équilibre et de régularité ; chaque titre est ainsi une petite merveille de black metal au penchant atmosphérique très prononcé, et confère à l’ensemble une remarquable homogénéité. De la même manière, même si l’absence de riff réellement notable est un peu regrettable, on se laisse volontiers emporter par la tempête hivernale proposée par certains des titres, citons « Sonne, le Glas Funèbre » ou « Avant que ne Meure la Gloire ».

Si l’album ne brille pas particulièrement par ses riffs — sans occulter le moins du monde la qualité du black metal de Serment —, c’est parce que ceux-ci octroient gracieusement leur pouvoir d’évasion aux claviers. Si la musique de Serment se montre aussi prenante, aussi dépaysante, aussi émouvante, c’est en grande partie parce que l’ambiance créée à l’aide des claviers offre des moments absolument splendides. Rendons à César ce qui est à César. Cependant, on notera que le choix de mettre les claviers autant à l’honneur amène inévitablement l’album à se montrer moins abrasif, moins énergique que ne peuvent l’être d’autres monuments de la scène québécoise. Ainsi, les chants sont aux abonnés absents car quasiment noyés dans la masse. On peut également pointer le caractère très linéaire de la batterie, qui elle aussi ne vit que pour soutenir l’important pouvoir évocateur des claviers.

Tout ceci m’amène inévitablement au constat suivant. Serment a livré un album de grande qualité, auquel il manque néanmoins ce petit je-ne-sais-quoi qui le rendrait vraiment incontournable. Trop atmosphérique ? Trop contemplatif ? Peut-être pas assez sombre ou puissant pour définitivement persuader son monde de son absolue grandeur ? Probablement un peu tout ça à la fois. Serment offre un disque intense et émouvant, auquel il manque toutefois un peu de mordant. Mais ne nous méprenons pas, Chante, Ô Flamme de la Liberté brille de mille feux par le voyage magnifique qu’il offre à son public, et rien que pour cela, l’album se frayera probablement une place de choix au panthéon des albums ayant marqué l’année de leur empreinte.

Quant à la qualité globale de Chante, Ô Flamme de la Liberté, je ne peux pas être entièrement d’accord avec les plus conquis de mes confrères, non sans me sentir un peu attristé de n’être davantage ému par le travail de Serment. Toujours est-il que le premier album longue-durée du projet de Moribond ne se contente pas d’être chargé de promesses, il se paye également le luxe de toucher profondément chacun de ses auditeurs grâce à un climat porté sur la plus exquise des contemplations. Depuis deux ou trois ans, la scène québécoise fait peut-être un peu moins parler d’elle qu’auparavant. L’arrivée en grande pompe de Serment permet ainsi de braquer à nouveau les projecteurs sur ses remarquables talents.

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