Esoctrilihum – Eternity of Shaog

écrit par M.
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Pays : France
Genre : Black/Death Metal Avant-Gardiste
Label : I, Voidhanger Records
Date de sortie : 22 Mai 2020

Juger un album à sa pochette est une grossière erreur. On peut passer parfois à côté de pépites inimaginables. Prenez Esoctrilihum, les pochettes sont d’un goût plus que discutable, pourtant, la musique est l’un des projets les plus intéressants paru ces dernières années dans l’Hexagone. Incontestablement, les pochettes reflètent à merveille la folie créatrice de l’univers halluciné d’Asthaghûl. Grâce à son premier album Mystic Echo from a Funeral Dimension, sorti en 2017, Esoctrilihum s’est rapidement fait remarquer sur BandCamp, là où pullule nombres de projets intéressants. La signature imminente sur le label italien I, Voidhanger Records, a permis au groupe de se faire peu à peu un nom sur la scène française.

Découvert pour ma part avec l’album Inhüma, ce dernier ressemblait à du Portal tout craché, anxiogène et dérangeant au possible. Eternity of Shaog bascule volontiers dans l’expérimentation, présentant même un côté progressif particulièrement agréable. Le secret de sa réussite tient en une recette simple : des riffs travaillés, des mélodies tortueuses, une voix caverneuse, le tout donnant l’impression de voir émerger une créature perdue dans un labyrinthe d’un autre temps. Il reste accessible sans jamais être précieux, tout respire la sincérité dans sa démarche. On comprend mieux le choix de l’artwork : cultiver la monstruosité a quelque chose de fascinant. La beauté et la laideur s’entremêlent habilement dans un dédale de riffs hypnotiques.

“Orthal”, premier morceau de cet album halluciné, condense bien toute la décadence qui ressort de la musique d’Esoctrilihum. Ampoulée, audacieuse, mais jamais grotesque. On retrouve sur le morceau “Aylowenn Aela” la patte caractéristique, avec un caractère anxiogène au possible, on ne sait par quel esprit est habité son créateur. De plus, les passages symphoniques ne font que renforcer l’impression de grandiloquence, la démesure surhumaine, sans jamais paraître artificiel. Mention spéciale pour le titre “Shayr-Tàs”, hypnotique et mélodique, comportant des passages symphoniques typés bande originale d’un film, sans que cela passe pour un défaut. Il s’en dégage une énergie incroyable teintée de mysticisme qui plaira aux plus initiés.

“Amenthlys” plaira aux amateurs de dungeon synth avec ses envolées épiques, et pourquoi pas à ceux de pagan black metal également, par son rythme soutenu et guerrier. Quand on vous dit que cet album est réellement inclassable ! Eternity of Shaog est le reflet d’un malaise qui prend vie, un cauchemar infini dans lequel se mêle des mélodies improbables, on se prend rapidement au jeu de cette audace. Si on devait décrire Eternity of Shaog, pensez à Ulcerate qui rencontre Dødheimsgard qui rencontre lui-même Portal. Cependant, on ne fera pas l’erreur de réduire Eternity of Shaog à l’univers du black metal, il puise dans tout le répertoire du metal extrême pour n’en extraire que le meilleur. Des émotions contradictoires s’enchaînent, la peur laisse place à l’état de grâce en un instant.

On ne peut être qu’impressionné par le caractère inclassable d’Eternity of Shaog, les projets improbables arrivent toujours à m’émerveiller toujours un peu plus, et ils manquent cruellement dans un paysage musical redondant et  plein de sous-genres surreprésentés. D’autant plus qu’il s’agit de l’oeuvre d’une seule personne, le talent s’occupe du reste. Une heure d’écoute (oui, puisque cet album dure plus d’une heure) où on ne s’ennuie pas une seule minute. Esoctrilihum signe là l’un des meilleurs albums avant-gardiste de l’année, ce projet mérite bien des encouragements. Force est de constater que les projets solos sont parfois annonciateurs de grandes découvertes, I, Voidhanger Records ne s’y est pas trompé, Esoctrilihum est un ovni musical agréablement novateur qu’on ne se lasse pas d’explorer.

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