Revenge – Strike.Smother.Dehumanize

écrit par Dantefever
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Pays : Canada
Genre : Black Metal
Label : Season of Mist Underground Activists
Date de sortie : 22 Mai 2020

Revenge est de retour. Toujours signé chez la division Undergroud Activists de Season of Mist, toujours radicalement monochrome, toujours Vermin et James Read, toujours le totalitarisme génocidaire. Après un Scum.Collapse.Eradication parfaitement insoutenable, la section terroriste revient sur le no man’s land qui se remettait difficilement du dernier assaut pour annihiler une fois de plus à vue toute entité ressemblant de près ou de loin à un être humain.

Trente-six minutes, mais un artwork et un titre bien moins efficaces qu’auparavant. Pour un groupe aussi particulier que Revenge, qui s’est toujours beaucoup appuyé sur son esthétique et son décorum, voilà qui est quelque peu décevant. Mais enfin, rien de grave, si le carnage nous est servi en bonne et due forme sur les dix pistes qui constituent l’album. L’ouverture sur « Reaper Abyss (Real Rain) » rappelle immédiatement que Revenge est unique. Assaut frontal blasté, guitares abrasives, monolithiques et asphyxiantes, et surtout la voix de James Read qui vocifère ses stances délétères au mot à mot. Nouvelle amélioration au niveau de la production, qui surpasse encore en lisibilité celle de l’album précédent. Pour la seconde fois de son histoire, Revenge rend ses riffs compréhensibles. On saisit presque tout de suite les motifs de guitare, et, pour la première fois, on perçoit l’homme derrière les aboiements au micro. Certains y verront une porte d’entrée et parviendront peut-être enfin à percer la bête sur cet album à la grâce d’une production plus ouverte. D’autres regretteront ce pas en avant vers les terres redoutées de la musicalité (ou tout du moins de quelque chose qui s’en rapproche vaguement).

Les pistes défilent vite, très vite. Un sentiment apparaît presque immédiatement, Revenge s’est un peu calmé. C’est douloureux à dire, et davantage encore à entendre, mais James Read n’a pas fait aussi ultime que sur son dernier album. Le résultat est plus structuré, moins bouillonnant, moins chaotique. Toujours au sommet de la chaîne alimentaire de la violence et de la sauvagerie, mais en proie à sa propre prédation. Les mid-tempi sont plus nombreux, plus appuyés, et surtout toujours plus groovy. Rien que sur les deux premières pistes, on déguste très vite des séquences binaires portées par des riffs à deux accords qui s’abattent sur une batterie rythmée et entraînante. Revenge donne envie de mosher, et ça, c’est nouveau. Avant, il donnait envie de déchirer le visage de son voisin à mains nues ; maintenant, il s’agit aussi de faire bouger le corps sur une rythmique primitive assassine. Ceci couplé à l’aspect beaucoup plus « déchiffrable » du disque, ce Strike.Smother.Dehumanize a définitivement de quoi surprendre. Et personnellement, il me déçoit un peu.

Comprenons-nous bien. L’album est très loin d’être mauvais. En fait, d’un point de vue artistique, il est sûrement le meilleur de Revenge. Plus construit, plus « pensé », plus organisé. Et c’est bien ce que je lui reproche. Sans être un sicaire perpétuellement assoiffé de sang, j’aime la violence. J’aime les groupes de death et de black extrémistes, qui n’ont d’autre but que de tout faire brûler et d’égorger les fuyards. Et Revenge occupe une place particulière dans ce panthéon. Ils sont ceux qui ne donnent aucune envie de se réjouir du massacre, qui ont enlevé tout aspect « ludique » à la violence et qui plongent dans une rage froide, paroxysmique. Revenge, c’est l’authenticité dans la haine et la volonté d’anéantissement d’autrui. C’est le groupe qui fait se surprendre à désirer en soi-même la même chose que ce que leurs versets génocidaires universels professent. Et en cela, c’est un groupe qui, au fond, pouvait faire franchement peur, inspirer de la crainte. La lame de fond venu des profondeurs du cerveau reptilien, qui n’a jamais dévié de son idée qu’au fond, on serait bien mieux une fois assis sur les empilements de cadavres de ses congénères.

Fort heureusement, il y a encore un peu de cela dans Revenge. Ne serait-ce qu’avec ce jeu de batterie reconnaissable entre mille, paré de ces fameuses rafales sèches sur la caisse claire et de cette raideur totale. Des pistes comme « Oath Violator » parviennent à garder cette essence et à transmettre ce que Revenge était sur Attack.Blood.Revenge ou Victory.Intolerance.Mastery, quand le spectre de Conqueror était encore sensible à chaque instant, avec son hystérie meurtrière. En fait, Revenge n’a jamais été si proche aujourd’hui d’un groupe comme Nails. Toutes proportions gardées bien sûr, mais c’est réellement à cela que Revenge m’a fait penser sur cet album. Avec ses incursions hardcore/grindcore toujours plus présentes et ses passages quasiment qualifiables de breakdowns, Revenge est, il faut le dire, moins black metal que jamais. Et d’ailleurs, j’ose espérer que ce disque sera celui qui marquera la fin de la progression des vocaux ultra-gutturaux et bourrés d’effets qui dégoulinent de partout, ces derniers prenant une place bien trop importante à mon goût, devenant un peu ridicules.

Ne nous méprenons pas pour autant. Revenge reste suprêmement violent, et écrase n’importe qui sur ce terrain. Tout cela est affaire de nuances, qui prennent toutefois ici de plus en plus d’importance. Des pistes comme « Death Hand (Strike Dehumanization) », le « Mass Death Mass » de cet album, rendront fou n’importe quel adepte du Revenge d’autrefois. Revenge évolue, mais ne se trahit pas encore. Espérons que ce pas vers l’humanité soit le dernier du groupe. Un de plus, et Revenge risquerait de devenir un groupe de musique.

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