Acherontas – Psychic Death, The Shattering of Perceptions

écrit par Dantefever
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Pays : Grèce
Genre : Black Metal
Label : Agonia Records
Date de sortie : 26 Juin 2020

Acherontas est un groupe superbe. Souvent oublié dans l’ombre d’autres pointures grecques plus évidentes, Rotting Christ en tête de liste, l’entité incarne pourtant une excellence et une élégance rares. Tout juste pourrait-on lui reprocher quelques albums moins accrocheurs que d’autres, mais jamais rien de réellement déméritant. Si le chef d’œuvre de la formation est et demeure Vamachara, d’autres superbes pièces sont venues s’ajouter aux études occultes du groupe, et ce dernier album rejoint les rangs des toutes meilleures productions des Hellènes.

Psychic Death, The Shattering of Perceptions est un album qui respire la qualité et la classe à tous les étages. Pour commencer, cette pochette sublime aux teintes ardentes et à l’atmosphère ésotérique totale (bon, on aurait tout de même pu se passer de l’emprunt un peu lourd et référencé à Doré en haut à gauche…). Ensuite, la fidélité mutuelle entre le label Agonia et le groupe, qui est très souvent un signe manifeste de collaboration enrichissante. Enfin, la volonté affichée par le groupe de continuer dans le sillon de son dernier album, Faustian Ethos, particulièrement brillant. Tous les présages étaient prometteurs, et la prophétie se réalise bel et bien. Cette nouvelle sortie est excellente.

Si vous avez écouté le dernier album du groupe, vous ne serez pas perdus. Acherontas garde cette production claire et scintillante, avec les guitares affûtées très audibles et la batterie généreuse, le tout soutenu par une basse sinueuse, toujours bien perceptible. Et comme tout album d’Acherontas, l’ambiance reste hautement hermétique et occulte, mais garde cette teinte assez épique de Faustian Ethos. Plus que jamais, l’ombre de Dissection survole Acherontas. Les leads brillants et possédants, les ralentissements majestueux qui tournoient sur eux-mêmes, les arpèges poignants qui se développent en fond… Du Dissection, et peut-être bien du Sacramentum aussi, comme sur « Sermons of the Psyche ». Sans aucun doute, quelque chose venu des mythiques groupes suédois bat dans les veines d’Acherontas.

Quelque chose de suédois, mais aussi peut-être quelque chose d’islandais, et donc par conséquent de français. « The Brazen Experimentalist » commence sur un arpège dissonant digne de Sinmara ou de Svartidauði, avant de partir vers des leads plus clairs et plus entraînants. Acherontas n’est très probablement pas passé à côté de la scène black metal de la Terre de glace et de feu, ni à côté de la scène black orthodoxe française, très influente pour cette dernière. De même, un travail de mixage très appréciable permet de faire monter ces ambiances fuligineuses, comme au début de « Coiled Splendor », qui me rappelle assez Aphotic Womb. C’est peut-être la différence fondamentale avec Faustian Ethos, une plus grande complexité. Les mélodies vaillantes et épiques sont toujours là, mais coupées avec des plans et des ambiances plus troubles, plus incertains, plus menaçants peut-être.

Acherontas se présente de lui-même, par la voix de V-Priest, comme une entité avant tout dédiée à l’exploration sénestre. L’art comme véhicule de l’étude ésotérique. Et à ce titre, le travail pour rendre ces thématiques palpables dans la musique du groupe s’est toujours fait prépondérant dans les albums du groupe. Ici, outre l’abattage mélodique considérable que l’on ressent fortement derrière les parties de guitare, ce sentiment de toucher à quelque chose de fondamentalement spirituel s’exprime largement par le travail des voix. Hurlements grinçants, appels enfiévrés, chants presque grégoriens, déclamations calmes… Acherontas est liturgique, plus que jamais. Sur le morceau éponyme, porté par de grandioses mélodies en trémolo sur mid-tempo, V-Priest ouvre devant nous les mystères insaisissables de l’acausal. On ressent quelque chose de comparable à ce qui fut accompli sur le dernier Dødsengel, aussi abyssal et vertigineux, entre magnificence et perdition. Et que dire de la longue piste conclusive, orgie de leads de guitare ondoyants d’une rare beauté… Une litanie infinie et puissamment émotionnelle, qui a dû demander un labeur extraordinaire. V-Priest n’est plus seulement l’adepte des anciens mystères, il devient le disciple ému par ce qu’il découvre, et contemple la grandeur indicible des ailleurs multiples. Une pièce impériale.

Autre élément remarquable qu’il me tient à cœur de souligner, le travail de batterie. Les plans particulièrement variés de « Kiss the Blood » ou de « The Offering of Hemlock » ravissent. Même chose sur la piste conclusive évoquée, qui s’appuie sur un rythme évolutif et changeant qui magnifie les thèmes des cordes. L’inventivité déployée balaye loin la menace habituelle de linéarité qui plane si facilement au-dessus des albums de black metal. Ici, le travail de percussion surprend régulièrement par sa richesse et sa finesse. La belle réverbération qui entoure les toms donne une teinte plus forte encore à l’œuvre, et permet de rendre mémorables les montées en puissance qui parcourent l’album. Je pense notamment au second tiers de « Coiled Splendor ». Un grand, grand moment.

Psychic Death, The Shattering of Perceptions est relativement long, touche les cinquante-trois minutes de lecture, et n’ennuie jamais. Les idées fleurissent et éclosent somptueusement, les ambiances sont fortes, le travail de studio remarquable… Acherontas pourrait facilement se perdre dans une complexité trop poussée, au vu de ses thématiques, mais il reste accrocheur et très musical. Tout est bien dosé, arrangé, fermenté. Un album brillant, impossible à prendre en faute. Le groupe pourra toujours faire mieux en creusant encore plus son sillon, mais il tient ici son second meilleur album après Vamachara.

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