Sargeist – Let the Devil In

écrit par M.
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Pays : Finlande
Genre : Black Metal
Label : Moribund Records
Date de sortie : 9 Novembre 2010

Cela fera bientôt dix ans que Sargeist a accouché de son album le plus abouti, Let The Devil In. Un groupe pourtant injustement sous-estimé, peu cité comme influence notoire, certainement dû à sa rareté, tant sur album que sur scène, les quelques concerts prenant des allures de cérémonies occultes intimistes particulièrement marquantes. Au premier abord, la pochette de l’album est particulièrement sobre, pourtant elle est très marquante car symptomatique de son contenu. Let The Devil In s’apprécie réellement dans la solitude et l’obscurité la plus totale, bien loin de l’opulence chère à la chrétienté. Cet album est impressionnant à bien des égards, il possède un potentiel blasphématoire inouï, mais transmet dans le même temps un désespoir particulièrement intense, qu’il convient d’écouter avec modération pour ne pas sombrer complètement.

« Empire of Suffering » en est la parfaite illustration. Dès les premiers riffs, ce morceau nous happe instantanément et l’album ne laisse aucun répit à l’auditeur. Mon morceau préféré reste sans conteste “Burning Voice of Adoration”, je n’ai jamais retrouvé une telle mélancolie dans aucun autre album de black metal à ce jour, à part peut-être chez Seigneur Voland, avec des riffs reflétant à merveille le désespoir et la désolation. Il faut dire que le chant, ou plutôt le crachat purulent de Hoath Torog, également vocaliste chez Behexen, renforce l’aspect purement blasphématoire de la musique. Cette voix écorchée, possédée, nous vomit littéralement à la face sa haine de Dieu, des mortels, et souhaite vivement l’extinction de tous, ce à quoi on ne peut qu’acquiescer. Let The Devil In appuie là où ça fait mal, et on en redemande volontiers. Dans cet album homogène, chaque morceau s’intègre parfaitement dans un ensemble cohérent, aucun n’est inutile, même si “Empire of Suffering”, “Burning Voice of Adoration” et “Discovering the Enshrouded Eye” tirent clairement leur épingle du jeu. Sargeist parvient à fédérer avec des riffs imparables et des mélodies épiques ; de la beauté arrive réellement à se dégager de tant de laideur. Laisser rentrer le diable est une façon de sortir des sentiers battus impliquant d’embrasser haine et douleur pour la cause.

Étonnamment, les mélodies qui se dégagent de Let The Devil In sont très marquantes, voire entêtantes, avec des riffs reconnaissables parmi tant d’autres. C’est ce qui fait le charme de cet album, c’est bien le plus accessible de la carrière de Sargeist, suivi de très près par Unbound. Sargeist représente même l’esprit du black metal old school, qui a le mérite de rester intemporel grâce à des thématiques récurrentes telles que le blasphème, la misanthropie, l’abandon de soi. Mêmes si les paroles enchaînent les clichés et les lieux communs à en devenir parfois risibles, Sargeist a au moins le mérite de rester authentique et intègre dans ses propos. Contrairement à nombres de groupes qui profitent du folklore sataniste pour en faire leur fond de commerce avec de véritables shows calibrés sur mesure, Sargeist semble littéralement vivre sa haine de Dieu, loin des foules tumultueuses. Par ailleurs, sa quasi-absence sur les réseaux sociaux force l’admiration et le respect, preuve d’une démarche honnête relevant d’une certaine orthodoxie.

Incontestablement, Let The Devil In est l’un des meilleurs albums de Sargeist. Torturé, magnifique, on apprécie la détresse qui s’en dégage et l’aisance avec laquelle il s’écoute. Grâce à Let The Devil In, Sargeist a confirmé son statut de pierre angulaire du black metal finlandais déjà acquis avec Satanic Black Devotion, bien que l’on cherche désespérément le digne successeur d’un album aussi unique. Avec des compagnons de route tel que Horna, Behexen, Beherit, la scène black metal finlandaise reste qualitative à défaut d’être quantitative. Écouter Sargeist, c’est laisser la porte ouverte à une qualité musicale et un gage d’authenticité qui manque malheureusement cruellement dans une scène black metal déjà saturée.

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