Paysage d’Hiver – Im Wald

écrit par Dantefever
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Pays : Suisse
Genre : Black Metal
Label : Kunshtall Productions
Date de sortie : 26 Juin 2020

Paysage d’Hiver sort son premier album après 23 ans d’existence. L’entité suisse est habituée aux démos et splits étendus sur des durées déjà très généreuses, et décide donc pour l’occasion de nous gratifier de pas moins de deux heures de musique. Deux heures entières de blizzard. Le superbe artwork de Joanna Maeyens introduit immédiatement dans l’univers unique de Paysage d’Hiver de la plus belle des façons. De la neige, du froid, de l’errance et du frisson.

Deux heures, donc, réparties sur treize pistes. Question fatidique : le passage au format album change-t-il quoi que ce soit ? Eh bien oui et non. Non, parce que Paysage d’Hiver reste le même, avec ses pistes infinies, sempiternellement tissées sur le vent et les sons de l’hiver, les blasts fantomatiques, les mélodies gelées en trémolo-picking et les hurlements dans le lointain. Oui, parce que la forme change très légèrement. Le son suit la route de la démo Das Tor, en s’éclaircissant encore davantage. Wintherr reste grésillant, mais a décidé de ménager une faille dans son mur de givre pour permettre une entrée plus aisée dans son univers immaculé. Les mélodies sont immédiatement perceptibles de même que les claviers éthérés, tout se dévoile gracieusement sous nos yeux. Et en même temps, Paysage d’Hiver se fait plus emphatique et même plus épique qu’auparavant. On peut même parler d’accroche sur certaines pistes, comme sur l’ouvreuse « Im Winterwald » ou la très puissante « Alt ». L’album entier est parcouru de passages saisissants, portés par des mélodies envoûtantes. J’en viendrais même à trouver certaines phases presque féériques sur « Über den Bäumen ».

Puisque de Paysage d’Hiver il s’agit, il faut évidemment parler de l’une des composantes majeures du projet, à savoir l’ambient. Les longues errances portées par des claviers aux touches faites de stalactites, aux ambiances retenues et au calme scintillant. « Schneeglitzerm », « Wurzel », « Eulengesang » et « Verweilen » constituent les clairières d’albâtre qui parsèment la longue marche hivernale, permettant de souffler entre deux assauts du blizzard. On note également des passages portés par des guitares réverbérées désaturées, qui résonnent dans la trame sonore comme les appels des spectres hantant les versants enneigés. Plus que jamais, la musique de Paysage d’Hiver se fait magique. Peut-être moins sombre que par le passé, mais terriblement ensorcelante.

Au rang des pièces à citer absolument, il faut citer « Alt », avec ses riffs de démarrage incroyablement prenants, sa rage presque exultante, son impérieuse accalmie terriblement touchante… Un immense morceau. « Le Rêve lucide » doit également se faire entendre, avec son atmosphère très onirique et son violon qui laboure la poitrine, côté gauche. « Stimmen Im wald », tout en mid-tempo mélancolique, avec ses cœurs obsédants. Et la finale « So hallt es wider », éblouissante, faisant perdre tout repère, presque psychédélique. Le blizzard est entré à l’intérieur, il tournoie en-dedans. On ne voit plus, on n’entend plus, on ne sent plus. On est devenu l’hiver, un frimas parmi les autres.

Je l’ai dit, le voyage est long. Sûrement trop pour beaucoup. Et musicalement déraisonnable. Paysage d’Hiver est parfait, de bout en bout. Son seul défaut, c’est d’être généreux. C’est un défaut subjectif, qui n’en est pas un pour moi. Mais en ne regardant pas plus loin que dans mon propre entourage, j’ai déjà vu des capitulations devant le monument. Im Wald est un album terrible, qui fait passer par des émotions uniques, propres à ce que seul Paysage d’Hiver sait susciter. Il se permet de narguer l’été en sortant en juin, et fait déjà tomber la neige. Je me suis même pris à avoir la sensation que je n’écoutais pas Paysage d’Hiver, mais que Paysage d’Hiver était lui à l’écoute, bien plus que je ne l’étais moi-même. Il cherche le moindre petit interstice dans la solarité que nous essayons d’afficher, et s’y engouffre en faisant hurler ses vents chargés de poudreuse. Et au milieu de ces vents, on ne m’ôtera pas de l’idée qu’un charme fait de glace et de flocons s’est harnaché à la crinière d’une bourrasque, et vient habiter les recoins de l’âme qu’aucun été ne saurait ravir à l’hiver.

Soyez prêts. Paysage d’Hiver est grandiose. Il ne vous laissera aucune chance. Rarement, très rarement la violence aura su se faire aussi homogène, aussi canalisée. Les blasts, les trémolos, les hurlements, tout ça n’est même plus du black metal. C’est l’hiver, mythique, légendaire, mystique et absolu, qui ne meurt jamais. La saison froide elle-même, sertie dans un album de deux heures.

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