Blaze of Perdition – The Harrowing of Hearts

écrit par Dantefever
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Pays : Pologne
Genre : Black Metal
Label : Metal Blade Records
Date de sortie : 14 Février 2020

Quel plaisir. Quel plaisir de finalement plonger dans un groupe que l’on avait remarqué il y a des années, mais sans prendre la peine de l’écouter. Vous connaissez sûrement cette sensation, celle d’avoir exhumé une formation qui a tout pour vous plaire. Les extraits écoutés, l’esthétique, les artworks, les thématiques… Tout vous parle. Et vous le mettez de côté, vous réservant cette belle surprise pour plus tard. Et puis un beau jour, le moment est venu. On tire du carton ce beau cadeau fait à soi-même. Et comme attendu, la magie opère.

Blaze of Perdition correspondait exactement à cette description dans le cas de votre serviteur. Du black metal polonais, avec des thématiques occultes et ésotériques, quelques liens de line-up avec Graveland, des signatures chez le très respectable Agonia Records, des artworks fort agréables… Il ne manquait rien de plus qu’une petite perche tendue, une accroche directe pour me faire consentir à finalement écouter sérieusement le groupe. Et cette accroche m’a été adressée sur le dernier album, The Harrowing of Hearts, sorti il y a déjà six mois. Cette main baladeuse que le groupe m’a portée aux parties sensibles, c’est une reprise de Fields of the Nephilim, l’entité qui trône loin, loin au-dessus de mon panthéon musical personnel. « Moonchild », soit son tube ultime, et l’une des plus belles chansons au monde. Plus d’alternative, donc, Blaze of Perdition m’appelait.

The Harrowing of Hearts commence bien. « Suffering Made Bliss » séduit, avec ses ambiances fines, ses arpèges de guitare apparentés au black metal orthodoxe, sans toutefois dissoner de manière aussi malsaine, son chant proclamatoire et autoritaire, et surtout son émotion. Blaze of Perdition fait partie de ces groupes qui parviennent à faire ressentir des choses au niveau du cœur, et non pas seulement dans le cerveau, les tripes ou les muscles. Il y a une sensibilité, une volonté de toucher l’auditeur. Un peu à la manière d’un Watain, les Polonais s’appliquent à donner à leurs ténèbres une teinte personnelle, un enjeu relatif au « moi », et pas un simple aperçu désincarné de la noirceur et de la Voie de la Main Gauche. Ce ne sont pas seulement les rituels, les hymnes et les célébrations, mais aussi et peut-être surtout l’impact de cet univers spirituel sur la personne qui les pratique. Non pas que les paroles soient explicitement tournées en ce sens, mais c’est ce qui se dégage de cette musique. On s’émeut des merveilles révélées au creux des ténèbres, et la contemplation de l’au-delà  exploré affecte l’âme jusqu’à toucher le cœur.

Sur le papier, Blaze of Perdition n’est pas spécialement original dans ses ingrédients. Du trémolo picking, des blasts bien présents sans être légion, des passages plus aériens en accords ouverts et let-rings résonnants… La partition de batterie, puissante et nuancée, participe grandement à la profondeur de la musique. De même, les différentes tonalités de la voix jouent un beau rôle dans le ressenti général, passant du murmure à la déclamation en passant par les pleurs et les supplications incantatoires. Mais ce sont surtout les guitares qui insufflent une âme au disque. Les arrangements très bien pensés offrent une belle densité au son. Sous un riff, vous trouverez un petit lead lointain, des accords ou des arpèges clairs égrenés en réverbération, des bruissements de cordes distants… Un joli boulot, qui densifie l’ambiance avec quelque chose que l’on peut nommer « élégance » sans devenir pompeux.

Blaze of Perdition a aussi le don remarquable de l’enthousiasme. « Transmutation of Sins » est l’un des grands moments du disque, avec ses riffs épiques, ses lignes de chants qui ont l’air de refrains cachés, ses mélodies qui exultent sans renoncer à la mélancolie… L’émotion, vous dis-je. Un véritable joyau, dont l’univers est redoutablement proche du rock gothique. Fields of the Nephilim est partout sur ce disque, en sous-jacence. Mais attendons l’hommage final pour en parler…

« Królestwo Niebieskie », chantée entièrement en polonais, continue sur une lancée similaire, me rappelant presque The Devil’s Blood dans ses mélodies et son esprit. Une version black metal de la musique de Selim Lemouchi, tout aussi débordante de spiritualité. Les mélodies en deviennent presque chaleureuses par moment, et cette sensation s’accentue à mesure que l’album avance ! « What Christ Has Kept Apart » est encore plus exultante que ses sœurs, célébrant les vallées incomparables de l’Ailleurs et la perception de l’Indicible. L’album se termine sur la pièce finale « The Great Seducer », long égrégore poignant et cérémoniel, solennel et impérieux. L’émotion reste très présente, et l’impression d’assister à une un couronnement dans lequel se conjuguent majesté et beauté frappe avec une force exceptionnelle. Un grand, grand morceau. Ce passage en accords impériaux sur fond de voix déclamée, puis le solo éclatant, et le lead obsédant en arrière-plan qui arrive en dernier quart de piste… Toutes mes écoutes m’ont fait penser à Acherontas, et cette piste en particulier confirme ce rapprochement. Deux groupes d’exception, largement liés à Agonia Records.

Et pour finir, vous n’échapperez pas à mon petit paragraphe d’éloges sur la reprise de Fields of the Nephilim. Ceux qui lisent Heiðnir Webzine depuis longtemps connaissent mon obsession pour cette formation, il devient dès lors hors de question d’échapper à cette occasion offerte sur un plateau étoilé de dire une fois de plus combien je l’aime. Faisons toutefois aussi bref que possible. La reprise est magnifique. Débordante d’enthousiasme et d’amour pour le matériel d’origine, beaucoup plus épique, plus énergique aussi. Les « Moonchild… Lower me down ! » sont particulièrement forts, et l’aura si particulière des Fields est respectée dans sa réinterprétation. Un magnifique coup de chapeau adressé à l’œuvre de Carl McCoy.

Blaze of Perdition a sorti un album de grande classe. Du black metal personnel, fort en émotion, que l’on retient, et auquel on revient. Marquant, tel est sûrement le meilleur mot pour décrire ce Harrowing of Hearts. La chronique arrive malheureusement assez tardivement, mais j’espère sincèrement avoir réussi à attirer l’attention de nos lecteurs sur ce disque, qui mérite une attention amplement méritée. Laissez-lui une chance, vous ne le regretterez pas.

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