Over the Voids… – Hadal

écrit par M.
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Pays : Pologne
Genre : Black Metal Atmosphérique
Label : Nordvis Produktion
Date de sortie : 28 Août 2020

On ne peut plus nier le fait que la scène black metal polonaise possède une aura particulière. Directement liée au pays, à son histoire trouble, troublée et conflictuelle, donc un terreau fertile pour une musique désabusée et abrasive. Over the Voids… n’avait pas donné de nouvelles depuis l’excellent EP éponyme paru en 2017. Le discret projet polonais revient cette année avec son nouvel album Hadal, toujours signé chez Nordvis Produktion. D’ailleurs, on peut être interloqué par le choix de l’artwork, certes sobre et mystérieux, avec ses stalactites en relief, mais qui ne met absolument pas en valeur le contenu de l’album. La musique proposée est à l’image de la scène autour de laquelle elle gravite : sombre, mélodieuse, torturée.

“One commandement”, qui introduit Hadal, s’apparente à une parfaite suite logique du précédent EP. Même rythmique, même tremolo picking, donnant lieu à des mélodies imparables parsemés de chants clairs et touches acoustiques. Hadal est un album puissant, majestueux, rendant l’écoute très agréable. Le chant rocailleux de The Fall, multi-instrumentiste présent dans des projets aussi variés que Medico Peste, Ashes ou Owls Woods Graves, finit de sublimer l’aura malsaine qui plane du dessus d’Hadal. De nombreux morceaux restent en mémoire, à l’instar de “Witchfuck” ou de “Prodigal King”, ils comportent effectivement des riffs puissants et fédérateurs qui confèrent à l’album un air de déjà entendu, sans que cela soit péjoratif, bien au contraire. Pour cela, il fait appel à notre imaginaire collectif. L’hommage au black metal des années 90 est incontestable, mais il insuffle également une fraîcheur et une diversité qui le rendent tour à tour oppressant, magique et authentique. L’hétérogénéité est ici la clé d’une réussite incontestable pour toucher l’auditeur. Pourtant, la patte d’Over The Voids… est bien présente, le duo réussit à introduire le meilleur de ses influences tout en insufflant sa propre signature en un tour de main.

Certains passages de “Stone Vault Astronomers” peuvent aisément rappeler “Capitel II: Soelen Saaer Bag Aase Need” dans le Bergtatt d’Ulver. Mais ce n’est pas la seule influence notable, on pense bien entendu également à des groupes plus récents et proches géographiquement comme Medico Peste, Murg ou Mgła. Hadal est un album de black metal mélodique fier d’un héritage basé sur des riffs belliqueux, contrastant avec des mélodies foncièrement touchantes. C’est un album foisonnant sans être brouillon, il puise dans des influences prestigieuses et ne cherche pourtant jamais à paraître précieux. Bien au contraire, c’est un album accessible sans être surfait. On peut tout de même regretter le fait de ne pas avoir engager Hadal dans un virage résolument dark folk, poussant un peu plus le caractère désenchanté de l’album à son paroxysme.

À ce stade, on ne peut plus nier l’influence directe de Mgła sur Over The Voids… ; ces groupes ont en commun la même capacité à faire ressentir le désarroi et la mélancolie à l’état brut avec une aisance déconcertante. Pourtant, Hadal représente un réel aboutissement, là où Age of Excuse avait pu me décevoir. Over The Voids… introduit des éléments acoustiques qui rendent les compositions plus mélancoliques et tourmentées que jamais. Pour conclure, on peut dire qu’Hadal est un album très réussi, il s’agit là même d’un très grand cru.

Avec une telle diversité de compositions, on ne peut clairement pas reprocher à Hadal de tourner en rond, bien au contraire. Grâce à cela, Over The Voids… confirme son statut de poulain à suivre dans la scène black metal polonaise. Certains diront que cet album ne révolutionne pas le petit monde du black metal à son échelle, mais il a clairement le mérite d’apporter sa pierre à l’édifice, d’être un album de grande qualité, travaillé, puissant, qui fait déjà parti de mes coups de cœur de l’année 2020.

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