Les Chants de Nihil – Le tyran et l’esthète

écrit par M.
1 commentaire

Pays : France
Genre : Black Metal
Label : Les Acteurs de l’Ombre
Date de sortie : 22 Janvier 2021

Cette année marque le retour des Chants de Nihil, quatre ans après son dernier opus. Derrière ce nom énigmatique se cache un groupe de black metal atmosphérique français, dont l’avant dernière sortie n’avait pas fait l’unanimité au sein de la rédaction d’Heiðnir. Plutôt portée sur le côté atmosphérique de la chose en matière de black metal, j’ai décidé de jeter une oreille sur cette nouvelle sortie signée Les Acteurs de l’Ombre. Le tyran et l’esthète est donc sorti le 22 janvier dernier, affublé d’un artwork très réussi, où l’expression chevaucher le tigre prend tout son sens.

Le tyran et l’esthète reste donc fidèle à ce à quoi le groupe nous a habitués, à savoir un black metal précieux et ampoulé, ce qui n’est pas pour me déplaire. Le chant est quasi identique à celui de Hreidmarr, on part donc sur des bases très honorables avec une petite pointe de nostalgie pour feu Anorexia Nervosa, qui dégageait exactement la même puissance baroque dans ses compositions. Il y a fort à parier que les Limougeauds font partie des influences directes des Chants de Nihil.

Le tyran et l’esthète reprend le thème du Sacre du printemps d’Igor Stravinsky, notamment sur « L’adoration de la Terre », donnant ainsi une reprise audacieuse qui apporte une touche de psychédélisme étrangement charmante. Il fallait oser s’attaquer à ce monument de la musique classique du début du XXe siècle, qui reste dans les esprits une œuvre particulièrement controversée pour son avant-gardisme. Pourtant, l’univers de Stravinsky fait merveilleusement écho au black metal, très certainement par ce goût commun pour la violence, la dissonance.

À mon sens, le titre le plus réussi reste « Ma doctrine, ta vanité », très bon condensé de la puissance de cet album avec son ton résolument martial, les chœurs masculins sont particulièrement touchants, réussissant à contraster avec la démesure ambiante. La fureur se mêle à l’extase, portée par un chant habité, aucun hasard n’a sa place. Je n’aime pas employer ce mot à tort et à travers, mais ici le rendu est tout simplement grandiose. Il en est de même pour « Danse des mort-nés », avec son tempo lancinant. Tout respire la décadence. Aucun répit véritable dans cet album fleuve qui se plaît à brouiller les pistes.

On notera l’importance des paroles, de la portée littéraire incontestable des textes, qui, certes, basculent parfois dans le pompeux, mais qui ont le mérite de retranscrire cet univers picaresque et tortueux. Malgré tout, Le tyran et l’esthète n’est pas un album très facile d’accès et peut rebuter au premier abord par son aspect très théâtral, mais il serait dommage de passer à côté puisqu’au fil des écoutes, on découvre de nouvelles sonorités, de nouveaux aspects qui justifient sa richesse. Finalement, Le tyran et l’esthète est un album magnifique qui permet au groupe de progresser un peu plus dans sa carrière. En plaçant la barre très haut, Les Chants de Nihil accède au statut de pilier du black metal atmosphérique en France, laissant derrière lui celui de jeune espoir à suivre.

1 commentaire

Blodhorn 30 avril 2021 - 16 h 19 min

Découvert il y a peu et j’ai pris une claque. Très bon album, très surprenant et enthousiasmant. Peut être pas assez haineux mais c’est trop bien pour passer à côté.

Répondre

Laisser un commentaire