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De la question de l’élitisme dans le black metal

Cet article est le résultat d’une réflexion personnelle, et les constats avancés, bien que considérés comme étant potentiellement véridiques, ne sauraient être totalement tenus pour acquis.

Il est de notoriété publique, au sein de la vaste communauté black, que le genre est associé à une certaine idée de l’élitisme par les valeurs qu’il dégage et par la richesse contenue dans sa musique. Ce caractère, qui me semble relever du constat davantage que de l’opinion, est, malgré tout, sujet à débat de manière fort récurrente parmi les fidèles d’un genre qui se veut, la plupart du temps, ouvertement différent de la plupart des autres genres de la grand famille du metal. Je n’aurai pas la prétention d’affirmer que cet article s’apparente à un essai, il faudrait fournir un travail de recherche et de réflexion bien plus fourni en ce sens. Mais nous nous attacherons, malgré tout, à dégager les éventuelles vérités qui émanent de la question, et à traiter de quelque chose qui me paraît primordial au moment d’appréhender les spécificités qui sont propres au black metal.

Il m’arrive de plus en plus d’entendre des réflexions méprisant le côté élitiste du black metal. Cette répétition, outre m’avoir poussé à rédiger cet article, m’interpelle dans la mesure où il est, à mon sens, plutôt valorisant d’écouter une musique qui ne peut être, à priori, uniquement comprise par ses adeptes. Je présume qu’il ne s’agit ici d’un cas de figure qui ne concernerait que les branches les plus riches ou les plus expérimentales du black, mais nous y reviendrons par la suite. Quoi qu’il en soit, visiblement, il semble que ce caractère sélectif propre au black metal ne plaise pas à tout le monde, loin de là. En guise d’argument, ses détracteurs avancent un aspect trop intellectuel, trop complexe, voire franchement abscons, pour qualifier les groupes ou les projets dont le travail leur paraît ambitieux au point de se montrer arrogant ou présomptueux.

S’il y a bien une chose sur laquelle je ne transigerai pas, c’est sur la richesse manifeste du black metal. Rares sont les genres de metal qui peuvent se targuer d’une opulence si impressionnante et d’une variété toute aussi grande parmi la pléthore de groupes qui garnit les rangs des nombreux sous-genres appartenant à la branche black metal. En effet, qu’ils soient thématiques, géographiques ou stylistiques, qu’ils soient contestés par les puristes ou non, on ne compte plus les sous-genres propres au black. Du black avant-gardiste au post-black, en passant par le NSBM et par toutes les déclinaisons de l’ambient, qui sont, après tout, très proches du milieu black, nous avons largement de quoi nous sustenter. Et je ne parle pas des sous-genres qui résultent de la fusion du black avec d’autres genres. À partir de là, il est clairement établi que le black metal regorge de subtilités qui ne peuvent être perçues par personne d’autre que ses initiés. Sa richesse musicale joue en sa faveur au moment de tabler sur son côté élitiste. Mais cet aspect est-il réellement une bonne chose ?

Afin d’étoffer au mieux mon propos, il convient tout d’abord d’émettre un léger rappel à l’ordre quant à la sémantique propre au terme en lui-même. Ce dernier est un terme relativement jeune au sein de la langue française et, peu importe la définition sur laquelle vous tomberez, il suggérera toujours une tendance à favoriser ce qu’il y a de meilleur au détriment, évidemment, de la masse, qui ne présente pas le même intérêt. Adapté à la question, l’élitisme qui semble propre au black metal revêt donc un habit similaire. Ainsi, il n’est pas difficile de tomber sur un certain nombre d’adeptes du black metal qui estiment que leur genre fétiche prend le pas sur les autres genres de metal par sa qualité et sa richesse. Mais, bien entendu, il semble clair et établi que toutes les formations de black ne se situent pas sur le même pied d’égalité en ce sens.

Tout d’abord, tous les groupes ne peuvent prétendre au même « degré d’élitisme ». Nous n’allons pas argumenter sur la question, mais, des groupes, tels que Forteresse ou Mgła, ont sans doute davantage à proposer à leurs auditeurs que d’autres, en particulier ceux dont l’heure de gloire est révolue depuis déjà un certain temps. Je pense notamment à quelques grands noms tels que Dimmu Borgir ou Satyricon, dont les premiers albums sont, aujourd’hui encore, des références en la matière. Mais le fait est que ces groupes n’ont plus rien de concret à nous proposer depuis quelques années. Le genre est en perpétuelle évolution, et les artistes doivent prendre garde à ne pas s’égarer en route. Assurément, il ne s’agit pas ici de la seule raison pour laquelle il puisse exister un tel fossé entre les groupes, j’avais simplement dans l’idée de vous faire part d’un exemple qui soit parlant pour le plus grand nombre. Toujours est-il que, d’un côté, il y a des groupes au travail remarquable et à la musique très profonde, et, de l’autre, nous avons des groupes dont la composition présente des lacunes et ne constitue pas un intérêt certain. Loin de moi l’idée de vouloir dédaigner ces groupes, ils contribuent, eux aussi, à la richesse du genre, mais ce n’est pas d’eux dont nous voulons parler ici.

Récemment, une interview de Vindsval (Blut Aus Nord) a suscité un débat très vif au sein de la communauté. Le chanteur et guitariste du groupe français affirmait ne pas comprendre en quoi des groupes tels que Marduk ou Watain pouvaient être étiquetés black metal alors que leur musique faisait preuve d’une codification à tout épreuve. Derrière ce jugement se cache un problème bien plus profond qu’il n’y paraît. Selon Vindsval, le black metal se doit d’être un minimum abstrait pour être considéré comme tel. Nous devons comprendre ici que, selon cette prise de position, la musique doit être animée par un fond au moins aussi riche que la forme. Mais c’est justement ce caractère qui fait débat chez ceux qui considèrent que le black metal a tendance à s’intellectualiser. Le fait est que Vindsval produit avec Blut Aus Nord un musique que beaucoup ne comprennent ou n’apprécient pas, car elle se veut bien plus profonde que la grande majorité que ce qui est produit habituellement. Nous voulions appréhender l’élitisme propre au black metal, nous y sautons à présent à pieds joints.

Comme en témoigne ses déclarations, toujours aussi frappantes pour ceux qui y sont étrangers, Vindsval est, à l’image de Blut Aus Nord, une personnalité atypique de la scène black metal. Mais il faut bien reconnaître une certaine justesse dans ses propos et dans les opinions qu’il avance. Je partage son point de vue sur la question, et ce, pour plusieurs raisons. Mais, avant tout, je tiens à préciser qu’il n’est pas question de la qualité des formations décriées, mais de la codification de leur musique, j’écoute moi même beaucoup de groupes parmi ceux qui ont subi les foudres du musicien français. Un album peut-être excellent voire culte aux yeux de beaucoup, il n’en demeure pas moins codifié.

Ces précisions faites, venons-en au fait. Tout à fait personnellement, je me sens valorisé au moment d’écouter une musique complexe qui ne peut être comprise et appréciée que par une minorité d’initiés. Même au sein de la communauté metal en général, il est fréquent de tomber sur des individus estimant que le black metal n’est que bruit, esclandres et controverse. Qu’il est jouissif d’entendre cela tout en sachant à quel point le black metal sait faire preuve de richesse, de profondeur et de variété. Le fait est que nous en venons à présent à ce qui fait du black metal un genre élitiste à part entière, sa musique est faite de manière à ne rassembler que ceux qui sont susceptibles de l’appréhender avec justesse et convenance. Ne voyez pas ici une glorification d’un public qui a aussi ses torts, je tiens simplement à mettre la lumière sur ce qui constitue, à mon sens, le caractère élitiste du black metal. Oui, ce genre est complexe. Oui, ce genre tombe rapidement dans l’intellectualisation et dans le mépris de ce qui n’est pas travaillé ou suffisamment abstrait, mais n’est-il pas gratifiant de se clamer membre d’une famille qui ne réclame que ce qu’il y a de meilleur dans la musique ?

Je m’excuse à présent pour avoir, peut-être de manière trop vaniteuse, érigé sur un piédestal le black metal et son public, mais, bien que cette vision des choses présente des arguments tout à fait plausibles, cette espèce d’arrogance a tendance à donner du crédit à ceux qui méprisent le black metal trop intellectuel. Mais entendons-nous sur une chose, nous ne pouvons décemment pas aller à l’encontre de ce constat, le black metal est bel est bien trop codifié, et cela nuira, à terme, à sa qualité. Il n’en est pour le moment pas question, mais, dans la mesure où le genre évolue grandement, cela pourrait arriver bien vite. J’estime que les albums appartenant au genre black se doivent de transmettre des émotions bien plus profondes et complexes que ceux des autres genres de metal, et c’est le cas pour ce qui est de la grande majorité de ceux-ci. Mais il est clair que les groupes qui demeurent dans la même veine musicale, sans chercher à faire varier un tant soit peu leur musique, ne sont pas ceux qui nous transportent le plus. C’est à ce titre que la prise de position de Vindsval prend tout son sens, même s’il n’est pas nécessairement question d’affirmer que les groupes plus traditionnels sont moins méritants que ceux qui ont tendance à innover. Il s’agit simplement de distinguer ceux qui mettent l’accent sur la forme plutôt que ceux qui s’attachent au fond.

Nous sommes désormais en mesure d’affirmer que, certes, le black metal est un genre qui se veut élitiste, et ce, à de nombreux égards. Simplement, la richesse du genre fait que chacun est parfaitement libre de se faire sa propre opinion et d’écouter ce qu’il souhaite sans que cela ne vienne entraver la formidable abondance d’influences et de sensations procurées par le black metal. Cet élitisme ne saurait être perçu comme une mauvaise chose pour le genre, car il est finalement représentatif de la richesse propre au black metal et de la valorisation éprouvée au moment de s’y intéresser et de le comprendre avec un minimum de rectitude. Je ne connais pas d’autre genre de metal qui peut se targuer de pouvoir produire un éventail musical aussi étendu, et cela constitue une force indéniable au moment de comparer les genres entre eux.

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Fondateur / Rédacteur chef - maxime.deruy@gmx.fr

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