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Agalloch – Pale Folklore

Pays : USA
Genre : Black/Folk/Doom
Label : The End Records
Date de sortie : 6 Juin 1999

Si, comme moi, vous avez été dévasté par la nouvelle il y a quelques mois de la séparation d’Agalloch, peut être cette triste annonce vous a-t-elle également poussée à vous replonger dans la musique de cette fabuleuse formation. Complètement inclassable, oscillant entre black, folk, et doom, la formation américaine a toujours eu un placement à part dans le paysage métallique. Cette place à part explique sûrement une importance toute particulière du groupe dans le cœur de ses auditeurs.

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Car Agalloch, c’est de la musique qui parle à l’âme. Le groupe a toujours eu un don pour s’adresser à ce qu’il y a de plus sensible en nous, à travers ses évocations de la nature et de sa faculté inhérente à ramener à l’humilité, à émouvoir. Et ce premier album, avant le pinacle du groupe que constitue le magnifique The Mantle, prouve déjà que les américains se démarquaient du black metal qui constituait leur terreau d’origine pour se diriger vers quelque chose de moins douloureux, de plus planant, de plus humble et intimiste.

Cette police noueuse utilisée pour le logo du groupe apposée sur une simple photo d’une planche de bois brut incarne parfaitement le titre de l’album. C’est un folklore pâle et dépouillé qui se présente à nous, à travers notamment une guitare sèche ou en réverbération omniprésente. Le folklore de l’hiver. Pas de flûte, de cornemuse ou autre vieille à roue ici, Agalloch est sobre. Un petit peu de piano quelque fois, c’est tout. À l’image de cette longue chanson qui ouvre l’album, « She Painted Fire Across the Sky », coupée en trois parties pour une durée totale de plus de 18 minutes. Car oui, les chansons d’Agalloch sont longues. Pourtant, aucun ennui ne se fait sentir, ni aucune lassitude, tellement tout dans la musique est confortable, envoûtant et prenant. Cette longue première chanson instaure le climat qui régnera sur tout l’album ; assez lent, marqué par de très fréquentes incursions de guitare clean en arpège, ainsi que guitares électriques chaleureuses et ronronnantes qui répètent des riffs simples, mais prenants et langoureux. La voix de Haughm, si caractéristique, semble chuchoter son texte hivernal dans un registre de voix typé black metal. Très particulière, donc, mais indispensable au sentiment de confort global calfeutré que dégage l’album. Cette piste fleuve, ce n’est pas la dépression hivernale cruelle et douloureuse que connaît bien Darkthrone par exemple ; c’est la mélancolie douce et agréable qui envahit quand l’on regarde la neige tomber depuis la fenêtre de sa maison chaude et accueillante. Beaucoup plus doux, beaucoup plus cotonneux.

L’interlude « The Misshapen Steed » vient marquer la transition vers la seconde partie de l’album, avec son mélange ambient/folk de toute beauté qui me rappelle les meilleures musiques de RPG fantasy old school. S’ensuit « Hall of Enchanted Ebony », qui réutilise les mêmes ingrédients que « She Painted Fire Across the Sky », mais assaisonne le tout à une sauce différente. Le rythme est plus enlevé, la voix un petit peu plus présente, les riffs plus énergiques, sans jamais être violents. Difficile à décrire en soi, cette piste est l’une des toutes meilleurs de l’album. Comme pas mal d’autres, elle comporte des plages de solo mélodiques qui s’incorporent parfaitement à l’ensemble, rendant le tout, déjà envoûtant, complètement enchanteur.

L’album continue sur « Dead Winter Days » et « As Ember Dress the Sky », assez proche l’une de l’autre, s’ouvrant sur un riff black plus conventionnel, mais toujours à la sauce Agalloch, pour suivre un déroulement alternant toujours les passages guitare électrique/voix avec les arpèges de guitare clean, avec une approche légèrement plus marquée par le black metal. Mention spécial au magnifique riff d’ouverture de « As Ember Dress the Sky ».

L’album se conclut sur la longue « Melancholy Spirit » qui synthétise en 12 minutes ce qu’a si bien fait Agalloch sur tout l’album, mais en encore plus poignant. Un arpège particulièrement touchant, des guitares électriques ensorcelantes. Rien qui ne se différencie foncièrement du reste de l’album, mais avec encore un palier de composition supérieur de franchi. L’album se clôt donc sur cette fantastique piste, qui ne donne envie que de relancer la lecture une fois arrivé à la fin de l’enregistrement.

Ce premier album d’Agalloch est un véritable trésor de bois massif. Finement ouvragé et naturel à la fois, jamais agressif et toujours prenant, doux et confortable, sans jamais en faire trop. Comprenons-nous bien, il est sincèrement difficile de reprocher quoi que ce soit à Pale Folklore tant chaque chanson est à sa place et chaque minute semble avoir été façonnée avec minutie et sensibilité. Loin, très loin de vous faire vivre un hiver mordant et glacial, Agalloch vous plonge dans son hiver à lui, certes, rude, mais vécu paisiblement. Sa principale arme pour cela est sa production, chaude et délicate, intimiste et confortable, dans laquelle se drapent les compositions. Le jeu de batterie assez scolaire mais très correct et la basse ronde, profonde et régulièrement audible soutiennent de manière très honorable le travail des guitares, apportant encore un supplément d’âme et de soyeux à l’ensemble définitivement contemplatif.

Pale Folklore est un album magique, au sens premier du terme. Que vous l’écoutiez au casque allongé sans rien faire d’autre ou en fond sonore pendant que vous vous plongez dans un bon livre, il envahit l’espace et épouse les formes de vos pensées pour les parer des couleurs de son doux hiver. On en ressort en se sentant bien, apaisé et serein, toujours plus amoureux de cette saison. Ou alors on en ressort pas, et c’est peut être ce qui peut vous arriver de mieux. Un héritage d’exception d’un groupe sincère qui n’aura apporté que des bonnes choses.

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