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Primordial – The Gathering Wilderness

Pays : République d’Irlande
Genre : Pagan Black Metal
Label : Metal Blade Records
Date de sortie : 7 Février 2005

Comme je me plais à le répéter à longueur de chronique, la scène pagan folk n’est pas au mieux de sa forme. Les groupes sans inspiration s’enchaînent, le fameux style pipeau – drakkar – clavier – bière – fête à la taverne ne s’est jamais porté aussi bien, au détriment de l’inspiration musicale et de l’intérêt envers ce qu’est le paganisme derrière l’image d’Épinal des vikings barbus fendants les crânes ennemis à la haches pour ensuite rentrer se pinter dans la taverne du coin à grands coups de cornes de deux litres de contenance remplies d’hydromel. On en viendrait à croire que plaquer quelques accords heavy ou death sur une guitare en rajoutant une cornemuse ou une flûte par dessus le tout, saupoudré de growls et de chœurs fédérateurs, suffit à faire du pagan. Heureusement, il y a Primordial.

primordial_gatheringwilderness

Primordial existe depuis 1988, fondé en Irlande. Le groupe pratique depuis ses débuts son mélange de black et de heavy, laissant au fur et à mesure du temps s’estomper une grande partie des influences black de sa musique. La voix de Alan Averill est depuis plus de dix ans maintenant majoritairement claire, et les quelques trémolos restant sont inclus dans le heavy doom, pratiqué  maintenant par le groupe. Pas de trace d’instruments traditionnels. Qu’est-ce qui permet alors de classer Primordial dans le pagan ? C’est ici que les choses deviennent intéressantes.

Primordial parle de l’Irlande, et presque uniquement de l’Irlande. De la vieille Irlande, celle qui se ressent dans les falaises déchirées et les landes rases, mais aussi dans le cœur et l’histoire de ses habitants. Cette identité patriotique coule dans les veines des musiciens du groupe, et c’est ce qui différencie Primordial des autres groupes et lui confère cette authenticité païenne. Si la musique est relativement simple en terme d’éléments, les mélodies et les ambiances développées par la classique association (guitares, basse, batterie et chant) sont ici tellement poignantes et distinctives que, d’emblée, le groupe vous transporte dans la contemplation de la terre éprouvée de ses origines. Ce n’est que difficilement explicable par écrit, mais les compositions dégagent quelque chose de vraiment intrinsèquement propre à son pays et à sa culture. Ainsi, Primordial évoque l’Irlande et son folklore sans artifice quelconque, par sa simple sincérité et sa véritable inspiration.

Venons-en à ce The Gathering Wilderness, album souvent considéré comme étant le meilleur du groupe. La magnifique pochette, sobre et classieuse, annonce déjà la couleur. Le groupe porte ici à son meilleur la formule décrite, s’appuyant sur de longues mélodies de guitare mid tempi, soutenues par une basse très audible, ajoutant de la profondeur et une ambiance presque tribale, disposant de ses parties propres. Le jeu de batterie est parfait pour le style de musique pratiqué, ne se contentant pas de battre la mesure, mais habillant réellement les compositions par un jeu de cymbales et de caisse claire très judicieux. Cette batterie est un des éléments capital de la formule Primordial, puisque assez demonstrative et parfaitement en accord avec la voix déclamatoire, tragique et parfois presque théâtrale d’Averill.

Mais par-dessus tout, ce qui donne à Primordial cette couleur sonore unique, c’est cette production on ne peut plus naturelle. Les guitares sont riches, profondes, graves et pleines, un vrai bonheur. La batterie sonne claquante, sans artifice, et apporte un vrai supplément d’âme. Toute la musique de Primordial sonne incroyablement sincère et naturelle, en grand partie grâce à cette fantastique production. Un très beau point à placer en faveur du groupe, à l’heure où les batteries sonnent comme des fusils d’assaut et où les guitares semblent être enregistrées sous blister tant elles sonnent plastifiées et lissées.

Les compositions sont toutes de qualité. Toutes vous font ressentir le destin tragique de l’Irlande. Cette mélancolie mêlée de douleur, de détresse et de colère qui traverse tout l’album émeut, touche profondément, et vous fait vous sentir concerné, même si vous n’êtes absolument pas irlandais. C’est la force de Primordial, la musique du groupe traite du folklore païen avec tant d’authenticité et de sincérité qu’elle en devient l’exact expression de ce sentiment d’ancienneté et d’héritage qui lie toutes les cultures préchrétiennes d’Europe nouées les unes aux autres. Primordial pourrait être à l’Irlande ce que Kroda ou Nokturnal Mortum est à l’Ukraine, une manifestation d’appartenance culturelle profonde. Musicalement, les compositions sont toutes assez longues, instaurent des rythmiques lentes ou moyennement lentes, avec parfois quelques coups d’accélérateur qui renvoient aux racines black du groupe, comme sur « The Song of the Tomb ». Dans les moments forts de l’album, il faut noter la chanson éponyme, particulièrement marquante, avec ses mélodies oscillant entre ombre et lumière surplombées par la voix d’Averill chantant son pays avec une dévotion et un attachement palpable. Et comment évoquer cet album sans citer la sublime « The Coffin Ships », sûrement la plus belle chanson de Primordial. C’est simple, cette piste est une des plus éclatantes réussites du metal, rien de moins. Ces arpèges hésitants au début, puis ces deux assauts de guitares entrecoupés par une nouvelle plage acoustique, et enfin cette mélodie triste et belle à en pleurer sur laquelle Averill pose sa complainte toujours digne en hommage aux victimes de la grande famine qu’a connu le pays. Indescriptible, et si poignant ! S’il y a bien une chanson à écouter de toute la discographie splendide de Primordial, c’est bien celle-ci. Une sublime chanson faite de douleur et de regret. Le genre d’œuvre qui fait penser que la souffrance de tout être humain n’est pas vaine si elle est capable d’inspirer une composition comme celle-ci.

Primordial est grand, et cet album en est la meilleure preuve. Un témoignage sincère d’amour envers son pays et la musique. Une pure émanation artistique d’individus amoureux de leur patrie, et transmettant leurs sentiments dans une musique irréprochable, authentique et construite. Primordial est le symbole que le paganisme dans le metal ne se limite pas à arborer un kilt et une corne à boire en festival. Primordial, c’est beau, c’est une définition pure de la musique comme elle devrait toujours l’être dans sa démarche. The Gathering Wilderness est une vraie belle réussite, qui représente énormément pour tous les amoureux de folklore en musique.

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