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Interview – Wyrms

Alors que le groupe français Wyrms se prépare à sortir son troisième album, après les excellents Aashanstys et Morcar Satoric, nous avons eu la chance de nous entretenir avec Tedd, sa principale, voire unique, tête pensante. Avec le temps et l’expérience en ce qui concerne le groupe, le regard de l’artiste change son idée de la musique, de Wyrms, et du monde qui l’entoure devient plus précise. Nous le remercions chaleureusement de nous avoir accordé du temps pour les besoins de cette entrevue.

Bonjour et merci beaucoup d’avoir accepté cette interview.
Bonjour Heiđnir Webzine et merci.

Tout d’abord, vous avez un nouvel album en préparation, qui doit faire suite à Morcar Satoric. Peut-on en savoir un peu plus sur ce nouvel opus ?
Effectivement nous sommes en train de terminer l’enregistrement. Cela prend du temps car les sessions d’enregistrement sont souvent repoussées, faute de disponibilité et à cause d’imprévus. Cet opus approfondira le style du précédent album, avec un travail sur les morceaux bien plus long et conséquent. Les thèmes paysagistes et spirituels seront délaissés pour un nouveau chapitre aux thèmes plus énervés, comme la remise aux normes civilisationnelle ou la fin de l’individualisme et du nihilisme à travers un nouveau prisme tyrannique. Une fiction fantasmatique sur la fin de l’anomie et la mise au pas de notions telles que le progressisme ou les Droits de l’Homme. Tout ceci, évidemment, comme une allégorie de notre réalité qui s’acharne à m’insuffler toujours plus de haine et de laides inspirations.

Doit-on s’attendre à une tournée pour soutenir l’album ? Prévoyez-vous des festivals ?
Une tournée 2017 en Europe est un projet que nous étudions. Nous projetons de nous mettre activement à trouver des dates une fois notre dernier album terminé. Pour le moment, nous venons d’accepter de jouer en Suisse courant été 2017.

Vous vous montrez relativement rarement sur scène. Est-ce une volonté de votre part ?
Pas du tout, nous sommes ouverts aux concerts lorsque l’on nous en propose, mais ne cherchons pas à en organiser pour nous promouvoir ni à passer nos vies à relancer les associations. Nous n’avons par ailleurs que peu de contacts dans le milieu finalement, car nous ne sommes pas issus d’une ville mais de la campagne, qui plus est dans une région ou la scène black metal n’existe presque pas. Nous n’avons donc aucune véritable scène locale en soutien. De plus, nous produisons nos albums seuls la plupart du temps, nous n’avons pas de label et assez peu de distributeurs qui pourraient avoir un intérêt financier à nous mettre en valeur.
Je suppose que ce contexte global réduit notre visibilité et nous empêche de nous produire plus souvent sur scène. Nous sommes donc davantage soumis au régime méritocratique du bouche à oreille plutôt qu’au piston entre copains, ce qui n’est pas forcément déplaisant en soi. Disons que, nous nous produisons sur scène avec plaisir et la rareté de nos apparences n’est pas voulue, mais nous ne forçons pas non plus le destin de notre côté d’une certaine manière.

Vous disiez en 2013, lors d’une interview pour Post Christ, que l’influence principale du groupe était Windir. On pourrait parfois également rapprocher votre musique de groupes comme Emperor ou Satyricon, du moins en ce qui concerne leurs premiers albums. Ont-ils été des influences pour vous ?
Emperor et Satyricon comptaient parmi les groupes que j’ai pas mal écouté au milieu de plein d’autres, mais pas comme des influences. Je me suis intéressé uniquement au riffing de Windir, mais surtout de Ulver avec l’ambiance de Bergtatt et le pragmatisme de Nattens Madrigal. Je pense que je n’aurais même pas commencé à apprendre la guitare sans ces deux groupes. J’ai l’impression que ces influences se sont estompées après Aashanstys. Depuis, j’ai mis mon fanatisme de côté, j’ai découvert d’autres trucs excellents comme Endstille, Blood of Kingu notamment, et d’autres classiques qui ont longtemps manqués à ma culture comme Dissection ou Abigor.

Êtes-vous inspirés par des oeuvres littéraires, ou artistiques de manière générale, pour composer votre musique ?
Pas du tout. D’une part car je n’ai pas vraiment de références de cet ordre, et aussi parce qu’il est plus intéressant et authentique de parler de choses que je ramène après m’être perdu dans mon esprit.

Vous manifestez dans votre musique un attachement à la terre et au pays duquel vous venez,la France. Vous qualifieriez-vous de nationalistes ?
On pourrait dire ça oui, mais Wyrms n’est pas du tout un projet politisé, qui voudrait particulièrement mettre le nationalisme en avant comme élément central, c’est un élément qui fait partie d’un tout plus vaste. Et puis, tout le monde est un peu nationaliste je pense, entendu dans un sens large (patriote), sans chercher à vanter les mérites du pays à tout prix ou avec une quelconque volonté de domination sur les autres. Chez nous, les peuples sédentaires, on aime forcément tous le pays dans lequel on a grandi. C’est comme une famille, on ne la choisit pas mais on l’aime quand même. C’est elle et pas une autre qui se charge de votre éducation. C’est elle qui établit vos références. On ne lui tourne jamais complètement le dos. Aujourd’hui le phénomène nationaliste est devenu bien plus à propos et réunit de plus en plus de monde simplement et naturellement en réponse au fait que la nation manque à son devoir capital de fournir du pouvoir et de la fierté et une sorte de cohérence de son peuple, de fraternité.

Qu’essayez vous d’illustrer par cette contrée sauvage que vous évoquer dans vos compositions ? Est-ce le reflet du monde tel que vous voudriez le voir ?
Oui, c’est ça je pense sur une bonne partie des morceaux, j’essaie de faire ressortir de belles valeurs dans de beaux contextes, comme pour Aashanstys. Il y a aussi d’autres choses moins belles, le revers de la médaille, la haine pour tout ce qui représente l’inverse. Ou encore, des thèmes portés sur l’apprivoisement des sentiments sombres et enfouis en soi – plutôt que leur simple rejet – dans lequel on peut voir une certaine beauté, comme pour Morcar Satoric.

Vous bâtissez donc, via Wyrms, votre royaume imaginaire de Morcar Satoric. Avez-vous dans le monde actuel trouvé « votre Morcar Satoric » à vous, un lieu qui se rapprocherait de cette contrée inventée ?
Morcar Satoric est un endroit que personne n’aimerait approcher dans sa vie. C’est lui qui décide ou non de prendre forme dans votre esprit. Lorsque vous ne vous y attendez pas. Il n’est comparable à aucun autre lieu.

Comment vivez-vous au quotidien votre rapport à la Nature, que l’on sent et sait fort ?
Lors des début de Wyrms et jusqu’en 2013, j’habitais en pleine forêt d’Orléans. Ce fut un contexte bien particulier et isolé pour méditer et écrire des morceaux. Un lieu tantôt déprimant, tantôt dégageant de grandes bouffées d’inspiration. Aujourd’hui, je vis dans un village avec des amis à proximité et le lieu de répétition quasiment sur place. Le contexte reste rural et plutôt paisible. Disons que c’est bien plus équilibré.

Avez vous un attachement particulier au folklore français ou européen ?
Je n’ai pas d’attache en particulier. Je l’aime bien et le défendrais par principe s’il le fallait, mais je ne suis pas particulièrement féru de ces choses-là. Je trouve ça surtout amusant, voire instructif à regarder. J’ai quand même un petit faible pour certaines musiques bretonnes que l’on peut encore entendre dans certains festivals. Aujourd’hui, ces folklores ne sont principalement que des éléments de fierté dans lequel on cristallise une bonne part de notre civilisation pour perpétuer la mémoire et la cohésion du peuple. De plus, je pense que c’est une chose qui plaît beaucoup aux autres peuples de ce monde. C’est très positif, surtout pour résister aux utopies nihilistes du cosmopolitisme. Selon moi, rien ne vaut un peuple bien enraciné avec un folklore bien présent. Ça rend les différents peuples plus agréable à vivre comme à découvrir.

Vous avez choisi de vous exprimer artistiquement via le black metal. Qu’est-ce qui, selon vous, distingue le black des autres styles en 2016 ? Qu’est-ce qui le différencie (s’il est bien différentiable) des autres genres musicaux ?
Je n’ai pas vraiment choisi ce style. Disons plus que j’ai eu des prédispositions pour utiliser ce style d’expression plutôt qu’un autre. J’ai toujours préféré retranscrire des émotions tristes plutôt que joyeuses, car la tristesse est une chose plus profonde alors que la joie n’est qu’un sentiment éphémère et vulgaire.

Votre black metal semble résolument ancré dans une approche assez passéiste du genre, proche des origines scandinaves. Que pensez vous des mutations plus actuelles du black metal (Regarde les Hommes Tomber, Alcest, Déluge) ?
Je pense que tu tapes très juste pour ce qui est de mon approche (je n’englobe pas ici les musiciens qui m’accompagnent, car Wyrms est, dans sa quasi intégralité, mon univers et mes compositions). Le monde de la musique ne cesse d’évoluer avec des mutations qui se produisent très régulièrement depuis toujours, et c’est encore plus vrai avec le metal. Les groupes que tu me cites en sont l’exemple. Ce sont des mutations du black metal. Ces formations ont donc décidé d’abandonner clairement ce style pour faire autre chose. Cette démarche est respectable, car ils ont une identité artistique propre et font évoluer leur style. Le black metal au féminin pourquoi pas, j’imagine qu’aujourd’hui il en faut pour tout le monde, mais moi, partant de là, je préfère encore écouter du Depeche Mode.

Écoutez-vous la scène black française ? Y a-t-il des groupes, au sein de cette scène, desquels vous vous sentez proche et avec lesquels vous envisageriez de sortir un split ?
J’ai écouté assez peu de formations françaises : les classiques Mütiilation, Belenos, Peste Noire, Godkiller, Anorexia Nervosa, et plus récemment des groupes avec lesquels j’ai pu tourner comme Angmar, Griffon et les Fhoi Myore, avec qui nous avons sorti un split. De base, je ne suis pas branché split. Je préfère faire des albums bien conceptualisés. Après coup, il n’est pas impossible qu’un autre split se produise un jour. Je pense que ça dépend vraiment du groupe avec qui on s’allie.

Quels groupes écoutez-vous en ce moment ?
Tormentor, Judas Iscariot, Ryuichi Sakamoto, l’Infanterie Sauvage.

Merci beaucoup de m’avoir accordé cette interview et bonne continuation.
Merci à vous. Bonne continuation à vous également.

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Salut vous

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