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Antaeus – Condemnation

NB : L’avis général de cette chronique a été modifié suite aux nombreuses écoutes et à l’assimilation plus profonde de l’album par l’auteur. 

Pays : France
Genre : Black Metal
Label : Norma Evangelium Diaboli
Date de sortie : 18 Novembre 2016

Personne ne l’a vu venir celui-là. Antaeus annonçait début octobre un nouvel album, dix ans après le dévastateur Blood Libels, et sort Condemnation seulement un mois après. C’est l’un des groupes les plus importants de la scène black française, présent depuis plus de vingt ans, qui fait son retour après plusieurs années d’activité incertaine et un arrêt définitif des concerts. Beaucoup devaient se dire qu’Antaeus avait raccroché, la plupart de ses membres étant investis dans des projets périphériques (Aosoth, VI) et la bassiste LSK n’étant plus de ce monde par son propre fait. Toute de rouge vêtue, cette condamnation leur apporte une réponse, dans la violence et la haine habituelle qui fait la personnalité d’Antaeus.

antaeus_condemnation_cover_cd

Blood Libels, dernier album en date du groupe, était un album très violent, rapide, malsain et prodigieusement haineux. Trois ingrédients principaux le définissaient, une batterie complètement hors de contrôle et infatigable, des guitares glaciales et véritablement métalliques, aiguisées, délivrant des riffs tranchants, et la fameuse voix de MkM sur laquelle je ne tarirai jamais d’éloges, habitée, rauque et possédée. Le disque ne faisait quasiment aucune pause dans sa débauche d’ultra violence, et délivrait une ambiance très particulière grâce au timbre des guitares et aux incantations névrotiques de MkM. Ainsi, on touchait parfois au black metal orthodoxe, dont les deux projets périphériques ont fait leur cheval de bataille. Antaeus est habité, sa violence n’est pas vaine et absurde, mais bien érigée en forme d’hymne diabolique.

Condemnation reprend pas mal des éléments de son prédécesseur. Le son des guitares est similaire, plus profond et petit peu moins aigu, MkM reprend le micro, mais surtout, le procédé de composition ne varie pas. Pourtant, quelque chose change. On assiste à un retour à la lourdeur des premier albums, à une nouvelle tentative de créer une lourdeur poisseuse et anxiogène. Nous ne sommes pas non plus face à un retour vers le black/death, mais l’esprit est peut-être plus proche de Cut Your Flesh and Worship Satan que de Bloold Libels.

Les deux premiers morceaux, « Flesh Rituals » et « Shadow Rites » viennent rappeler ce qui a fait la renommée de la formation, à savoir l’efficacité. Pas démentiellement rapides, ces deux têtes d’album ramènent instantanément dans l’atmosphère sulfureuse inhérente du projet, sans atteindre la violence de la fracassante entrée en matière de l’album précédent. La première grosse claque de l’album s’ensuit avec « Angel of Despair », qui passe un cap en matière d’hostilité. Toujours cette alternance de riffs aigus et graves dévastateurs entrecoupés de passages plus mid-tempi pour mieux préparer l’assaut suivant.

La violence, oui, mais Antaeus, et encore plus ses projets parallèles, se sont illustrés tout particulièrement par leur capacité à offrir, comme dis plus haut, des morceaux plus lents et malsains, propices à la macération de la haine et des mauvais sentiments, avant de les laisser à nouveaux exploser. C’est dans cette logique qu’arrive « Watchers », plus posé. Le single éponyme intervient ensuite et se hisse tout en haut de l’album. Le titre varie ses riffs de manière un petit peu plus flagrante que sur les morceaux précédents et résume à merveille l’album. La suite est tout aussi puissante, revenant à une violence caractéristique, jusqu’au final « Abeyance » qui se charge de balayer ce qu’il reste.

Antaeus est on ne peut plus présent dans ce disque. Son ADN est gravé sur ces 40 minutes de dévotion malsaine. Le défaut que l’on pourrait toutefois relever à l’album est peut être celui de l’homogénéité, les pistes demandant plusieurs écoutes pour être clairement identifiées, la faute peut être à une utilisation trop parfaite, comprendre ici, irréprochable qualitativement mais aussi systématique, de la formule riffistique du groupe. Et c’est finalement un peu le soucis de ce disque. Malgré ses qualités, Condemnation est trop répétitif. Les riffs sont bons, mais trop répétés et finissent par perdre leur efficacité pour trop souvent donner lieu à une linéarité dommageable. Le disque peut se faire très laborieux, et il est somme toute difficile d’y revenir souvent. Surtout que les pointes de vitesse démentielles du disque précédent sont pour ainsi dire absentes ici, ce qui est fort dommageable.

Antaeus est grand et nous délivre ici un album marqué par un savoir-faire en acier trempé dans le sang de la Bête. Condemnation s’élève sans aucun problème au-dessus des sorties de cette fin d’année, et prouve une fois de plus qu’à défaut d’être le label le plus prolifique, Norma Evangelium garde une constante extrêmement élevée en terme de qualité de sorties. Antaeus est un groupe culte, et défend un statut qu’il n’avait pourtant plus besoin de légitimer. Néanmoins, on ne peut finalement pas s’empêcher d’être un peu déçu. Antaeus aurait mérité un disque un peu plus fou, plus frénétique peut-être. Rien n’est mauvais, et certains morceaux/passages sont simplement dantesques, mais les pistes tombent trop souvent dans la linéarité. Enfin, cela ne devrait pas vous empêcher d’ajouter cet album à la liste des hauts-faits d’Antaeus, qui plaira peut-être plus aux fans de la première période du groupe qu’à ceux accros à Blood Libels.

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