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Sad – Utter Nihil Worship

Pays : Grèce
Genre : Black Metal
Label : Drakkar Productions
Date de sortie : 13 Mai  2016

Si on vous dit « black metal » et « Grèce », vous devriez pensez assez vite à Rotting Christ, Acherontas et peut être quelques autres. Et, à moins que vous n’ayez un intérêt tout particulier pour le black de ce pays méditerranéen, qui n’est pas franchement célèbre pour ses productions en métal noir, vous ne devriez pas connaître Sad. Pourtant, le groupe existe depuis 2005 et a déjà produit pas moins de cinq albums. En mai dernier, Sad sort donc son sixième album chez l’écurie française Drakkar Productions, et nous présente une fois de plus son black metal on ne peut plus traditionnel et grésillant. Ce genre de production est, on en conviendra, habituellement plus affilié aux paysages monotones et glaciaux d’Europe du Nord plutôt qu’aux temples antiques en ruines et à la mer bleue profonde sous le soleil brûlant. Pourtant, Sad a des armes à faire valoir.

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D’emblée, la production vous rappelle ce que le terme intégrisme accolé à la notion de black metal signifie. La guitare rythmique aurait tout aussi bien été remplacée par les interférences d’une radio déréglée qu’on ne se serait rendu compte de rien. La guitare lead est à peine plus propre, et c’est sur elle que repose toute la personnalité de Sad. Ungod, responsable de toute la musique du groupe, chants mis à part, réalise un excellent travail de composition. Les mélodies ont une réelle personnalité, s’étirent tout au long des chansons sans presque jamais laisser de blanc. La première piste « Tricked By Light » permet d’emblée de constater l’étendue du travail accomplit. L’ambiance est vraiment prenante, et une sensation de monotonie grisâtre et cotonneuse s’installe.

Sad fait dans le black metal typé true, mais possède un solide versant atmosphérique, affirmé entre autre par une faible variation et technicité des paternes de la batterie. L’instrument semble d’ailleurs avoir été mis en avant dans le mix. Ajoutez à cela cette fameuse guitare rythmique grésillante et vous obtenez une toile sonore de fond sur laquelle se déroulent inlassablement les mélodies de guitare. Se rajoutent les cris de Nadir, absolument indiscernables. On pourrait même se demander s’il y a effectivement des paroles, tant le chant semble se résumer à des grognements indistincts. Ces borborygmes incertains affirment une autre part de l’identité de Sad, celle de la tristesse. Il se dégage de l’ensemble une impression de douce et amère tristesse, non pas violente et intense, mais diffuse et vécue dans la langueur. Les paroles, bien écrites et assez contemplatives, confirmeront cette idée, le groupe abordant le thème du nihilisme et la question de la présence absurde de l’être dans le rien, du sens profond de l’existence. Des thèmes chers au black metal, mais traités ici avec un certain talent et une vraie intelligence. Rien de transcendant, mais des textes solides pour une musique déjà remarquable.

Les trois premières pistes de l’album vous plongent dans l’univers gris et terne de Sad. S’ensuit un instrumental touchant, construit de façon différente que le reste du disque. Un titre plus tard, vous voici rendu à la pièce maîtresse de cet album, à savoir « War, Father of All ». Avec son riff initial poignant et pourtant si simple, cette piste incarne l’obsession que peut parfois susciter le black metal. Cet air de quelques notes s’incruste dans le crâne et refuse de le lâcher, vous commandant de réécouter l’album rien que pour cette chanson encore et encore. C’est d’ailleurs la seule dans laquelle la guitare rythmique s’exprime quelque peu. Une très belle piste, qui fait ressentir plus que toutes les autres la langueur et l’abandon de Sad.

Sad n’est pas furieux, ne veut tuer personne, ne veut rien détruire, n’adore pas Satan, ne semble pas haïr et ne donne à voir aucune violence. Sad est juste présent, planant au-dessus des paysages monochromes du vide qu’il contemple autours de lui. L’album entier dégage une espèce de non énergie, d’anti-vitalité. Rien ne semble pouvoir extraire Sad de sa monotonie triste et touchante, et la seule piste qui vient ruer un petit peu dans les brancards, « Beneath The Structure’s Fall », est vite rattrapée par l’apathie avec l’arrivée en milieu de parcours d’une mélodie d’une tristesse poignante. Cette chanson semble être la seule sur laquelle le groupe semble se débattre un peu, présentant quelques mélodies plus dynamiques et de lignes de chant un tantinet plus variées. Ce sursaut de vitalité est vite rattrapé et calmé par la déjà évoquée « War, Father of All », puis par la très belle piste de clôture de l’album, sur laquelle Sad semble accepter sa tristesse et la célèbre. Vaincu sans résistance par le néant, le groupe lui rend un culte plutôt que de lutter. L’enchaînement final vous manifeste la plongée dans le vide indistinct, duquel s’éprend Sad au-delà encore de sa tristesse.

Sad est triste, c’est écrit dans son nom. Sad est monotone, très homogène, et pourra donc lasser certains auditeurs. Mais pour ceux qui aiment le black contemplatif, un tant soit peu atmosphérique et ennuyeux au sens mélioratif du terme, cet Utter Nihil Worship en forme d’ode au néant pourra s’avérer particulièrement touchant. On s’y ennuie, certes, mais d’un ennui confortable, doux-amer et très prenant. On déprime, mais on ne se répand pas en pleurs. Sad vous offre sa dépression, acceptée, assumée, et tendrement vécue, dont on s’emplit. Nul manifeste de désespoir insupportable, mais un pâle, terne et poignant recueil de poésie grise.

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