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Deathspell Omega – The Synarchy of Molten Bones

Pays : France
Genre : Black Metal
Label : Norma Evangelium Diaboli
Date de sortie : 8 Novembre 2016

Autant vous prévenir tout de suite, je ne suis pas du tout un spécialiste de Deathspell Omega. Le mot spécialiste est particulièrement approprié ici, puisque les poitevins composent une des musiques les plus complexes que j’ai eu l’occasion d’écouter. Non contents de déconstruire les carcans structurels classiques, le groupe a également un talent pour les riffs et mélodies distordus, très personnels et souvent inaccessibles, voire décourageants. Quatre ans après la dernière production, l’EP Drought, Deathspell Omega daigne revenir sur Terre pour nous livrer son habituel lot de dissonances et de chaos sonore.

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D’emblée, on est étonné par la durée de l’album. Moins d’une demi-heure et quatre morceaux. Très surprenant, au vu notamment du culte Si Monumentum Requires, Circumspice qui dépassait l’heure d’écoute, et des productions suivantes qui s’étalaient sans vergogne dans le temps, EP inclus. Le black ultra complexe de Deathspell Omega dans le format du Reign In Blood de Slayer. Pourquoi pas.

Dès le premier morceau éponyme, on retrouve les traits caractéristiques de l’entité. L’introduction distordue, dissonante et malsaine suivie d’un riff dérangeant et boiteux. Puis les fameux blasts très rapides martelés sur lesquels se greffent des mélodies bannies de toutes les guitares du monde, à l’exception de celles du groupe. Et enfin, dernier élément typique qui rappelle que nous sommes bien dans les sables incertains et traîtres coutumiers de la formation, la voix habitée et inhumaine de Mikko Aspa. Très traditionnel donc, et c’est annonciateur du reste de l’album. Contrairement à son habitude Deathspell Omega ne met pas de coup de pied dans la fourmilière, et ne se fait pas avant-gardiste ni progressiste par rapport à lui-même. Comprenez que vous n’entendrez jamais rien de semblable ailleurs, sauf dans les productions précédentes du groupe. Et c’est bien le gros point de déception ; le groupe ne marque pas d’évolution majeure par rapport à ses anciennes incarnations. Pas gênant en soi pour n’importe quel groupe, sauf pour Deathspell Omega.

L’album se poursuit avec « Famished for Breath », elle aussi très convenue pour le groupe. On y retrouve comme sur la première piste une utilisation particulière de la basse, presque groovy et lourde, proche du jazz, comme on pouvait l’entendre dans les EPs Kénôse et Diabolus Absconditus. Ces derniers EPs sont d’ailleurs les œuvres du groupe dont se rapproche le plus le présent album. On y retrouve le même type de riffs et une ambiance assez similaire.

Vous l’aurez compris, les poitevins font ce qu’ils savent faire de mieux, mais sans plus. Donc pas vraiment ce qu’ils savent faire de mieux en fait, puisque leur plus grand talent, selon beaucoup, est celui de ne jamais stagner, même dans une musique aussi personnelle et particulière qu’ils ont eux-mêmes créée. La suite de l’album, deux morceaux donc, s’ensuit sans difficulté, le niveau reste excellent, vous vous sentirez toujours aussi oppressé et votre attention est toujours requise à chaque instant pour ne pas décrocher. Car la musique de Deathspell Omega peut parfois être désagréable à écouter, si l’on reste du côté de la simple réception sensorielle de la musique. J’en veux pour exemple le passage à 3:40 du troisième morceau, qui fait clairement grincer des dents. Pas agréable physiquement, mais cohérent et parfaitement à sa place dans l’ensemble du morceau. C’est le talent du groupe, arrivez à produire une musique si dissonante et chaotique, mais qui devient prenante pour quiconque prend la peine de creuser.

Bien sûr, le groupe nous montre qu’il est toujours capable de produire des passages complétement touchés par la transe métaphysique, comme les deux derniers tiers du troisième morceau, peut être le meilleur de l’album. Il n’y a pas besoin de le préciser pour quiconque connaît le groupe, Deathspell Omega sait vous faire sentir concerné par les angoisses et problèmes spirituels, même si vous êtes un non croyant convaincu. C’est la magie de ce groupe, et c’est ce qui le rend aussi dérangeant. La capacité à produire une musique si différente qu’elle vient questionner vos fondements personnels, tant elle ne semble pas pouvoir être composée par trois simples humains. On se demande quelle grâce a touché cette entité pour qu’elle se soit soudainement mise à produire cette abomination sonore si troublante.

Ce The Synarchy of Molten Bones vient apporter une solide pierre à l’édifice Deathspell Omega. Bon, très bon même en soi, cette nouvelle émanation du groupe consacre son talent , qui n’avait de toute façon plus besoin d’être affirmé. Mais on est un peu déçu tout de même. L’entité aurait-elle perdue son goût du risque ? Pire, au vu de la très faible durée du disque, serait-elle en panne d’inspiration ? On ne peut qu’espérer le contraire. Une si bonne incarnation de sa personnalité tendrait justement à prouver le contraire diront certains… Mais si vous considérez, comme on en a légitimement le droit au vu de l’histoire du groupe, que l’évolution constante est inscrite dans la moelle de Deathspell Omega, peut être allez-vous prendre peur. Laissons au groupe le bénéfice du doute. Peut-être n’est-ce là qu’un coup de semonce qui annonce un retour aux affaires en grandes pompes du groupe après quatre ans de silence complet ? Les poitevins ont déjà souvent prouvé qu’ils étaient imprévisibles, peut-être faut-il leur faire confiance pour nous retourner complètement à nouveau dans une prochaine production,comme ils savent si bien le faire. Ou mieux, peut-être que l’on peut se ficher de ces conjectures, et écouter l’album pour ce qu’il vaut, à savoir un excellent nouvel opus de Deathspell Omega faisant ce qu’il fait de mieux selon sa formule unique portée à son meilleur.

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