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La balance émotionnelle de Gris (1/3)

Voici la première partie d’une série de trois articles portant sur le duo québécois Gris. Dans la mesure où la chronique me semblait inadaptée à cette étude, j’ai souhaité traiter des trois albums d’un seul coup pour pouvoir aborder la question chronologique, qui me paraît primordiale, d’où la nécessité de diviser cela en trois parties.

Attelons-nous aujourd’hui à une tâche plus que colossale. De Neurasthénie à À l’Âme Enflammée, l’Äme Constellée, en passant par Il Était Une Forêt, Gris a toujours su produire des albums aussi intrigants qu’énigmatiques, mais toujours emprunts d’une beauté innommable. Je n’aurais pas la prétention d’affirmer pouvoir déceler tous les secrets propres au formidable duo québécois, mais sa discographie est une incroyable source d’émotions de toutes natures qu’il convient d’exploiter pour ainsi comprendre sa musique avec davantage de précision. Nous nous attacherons donc, au cours de cette étude, à adopter un point de vue chronologique pour ainsi traiter des différentes sorties de Gris et analyser sa majestueuse musique. Bienvenue au cœur du songe dont vous êtes le héros, celui qui fait vous fait chavirer et qui aime jouer avec vos émotions. Bienvenue au cœur de la paradoxale alchimie provoquée par l’union de la joie et de la dépression. Bienvenue chez Gris.

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Conformément à une approche chronologique, comme annoncé dans l’introduction, il convient d’entamer cette étude en rappelant les principaux points biographiques du duo québécois. Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, Gris est composé de deux musiciens fort talentueux. D’un côté, nous avons Icare, hurleur en chef, qui s’occupe également du piano, du violon et de la batterie. De l’autre, nous avons Neptune, qui fait vociférer la guitare, la basse et le violoncelle. Les groupes composés de deux membres ont toujours su susciter une certaine admiration par leur capacité à mettre leur talent en commun pour produire de la musique. Davantage que dans les groupes plus importants et, évidemment, les one man bands, les groupes bicéphales se doivent d’être exactement sur la même longueur d’onde pour arriver à des résultats cohérents.

Le duo s’est donc formé au cours de l’année 2004, mais pas sous le nom de Gris. En effet, c’est sous le nom de Niflheim que les deux artistes ont sorti Neurasthénie, leur premier album. C’est évidemment pour faire référence à la mythologie nordique et au black metal norvégien que Neptune et Icare ont adopté cette dénomination. Si les mythes nordiques demeurent une énigme pour vous, sachez que Niflheim est le nom de l’un des neuf mondes dont la mythologie nordique relate l’existence. Niflheim existait bien avant la création du monde. Il s’agit du monde de l’obscurité, du monde glacial, là où la chaleur n’est point et où les organismes gèlent sur place. Ce choix est une référence on ne peut plus claire au black metal scandinave, et plus précisément norvégien, qui a beaucoup inspiré le groupe à ses débuts. Quelle meilleure introduction à la musique d’un groupe que le propre nom de ce dernier ? Ajoutez à cela celui de son premier album, Neurasthénie, et vous avez déjà les ingrédients nécessaires à la création d’un ambiance noire et irrespirable à souhait.

Il est fort probable que vous ne soyez pas familiarisés avec les obscures particularités de la psychiatrie, et je ne vous en voudrais évidemment pas si c’était le cas. La neurasthénie est le terme médical employé pour désigner, à l’aide de raccourcis que dénigrerait un médecin, la dépression. Maintenant, vous le savez, Niflheim était effectivement, à ses débuts, un groupe de depressive suicidal black metal. C’est donc en 2006, deux ans après sa création, que le groupe nous a gratifié de Neurasthénie, son tout premier album. Nous sommes gâtés. Pas de démo, pas d’EP, déjà un album riche de sept titres pour une petite heure de musique. À l’époque, nous ne savions absolument pas à quoi nous attendre au moment de nous pencher sur le premier né d’une série de trois albums.

Soyons honnêtes, il va m’être difficile de traiter chaque album sans parler des deux autres. Néanmoins, je ferai le nécessaire pour me montrer objectif et parler de chaque production en prenant en compte le contexte de sa sortie, les attentes, ou encore, le fait que les différences sont grandes entre celles-ci. Inutile de nous voiler la face plus longtemps. Si vous connaissez Neurasthénie tout aussi bien que moi, alors vous ne tiquerez pas en lisant les phrases qui vont suivre. Neurasthénie est sale. Neurasthénie est sordide. Neurasthénie sonne comme les hurlements les plus infâmes et comme la plus lancinante des douleurs. Assurément, s’il y a bien une chose davantage perceptible que les autres à l’écoute de cet album, c’est l’aspect perfectible de sa production.

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Erreur de débutants ? Bien sûr que non. Nous pourrions légitimement le croire, mais il s’agissait davantage d’un choix que d’une contrainte. Certes, le son est de mauvaise qualité et le rendu général tient davantage du déluge de sons stridents que de la ballade poétique, mais le duo souhaitait se rapprocher ouvertement des albums fondateurs du genre. Et s’il pouvait, par la même occasion, rendre le tout encore plus suffocant, il n’allait évidemment pas s’en priver. Neurasthénie est donc un album qui dérange énormément par sa capacité à s’ancrer en nous tel un mauvais souvenir, une image morbide impossible à oublier. Son écoute nous possède littéralement et ses riffs lent et vicieux s’impriment dans notre esprit sans que nous puissions y faire quoi que ce soit. Neurasthénie respire l’asphyxie et l’étranglement à pleins poumons, et le travail effectué en ce sens n’en est que plus impressionnant.

Car, même si les titres présents sur l’album sont simplistes, ils ont tous cet aspect propre à la musique de Gris, à savoir, faire changer vos émotions en une note, en un cri, en une ligne de batterie. Si Neurasthénie n’est pas l’album du duo le plus fort sur le plan émotionnel, il convient tout de même de reconnaître qu’il fait plutôt bien les choses. Gardez également en tête qu’il s’agit là de la toute première sortie des québécois. L’album a ses torts, évidemment, surtout après la sortie des deux productions suivantes. Néanmoins, il est toujours plaisant de se replonger avec nostalgie dans cette obscure et impénétrable œuvre. Être faussement surpris par la douce montée en puissance de « Le Neurasthénique ». Se laisser envahir par le mal-être croissant émanant de « The Cold Wind » et de « Aux Serres de la Mélancolie ». Plonger dans ce bain glacial qu’est « Funérailles ». Le plaisir tient à peu de choses.

Deuxième partie

Troisième partie

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