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La balance émotionnelle de Gris (2/3)

Voici la deuxième partie d’une série de trois articles portant sur le duo québécois Gris. Dans la mesure où la chronique me semblait inadaptée à cette étude, j’ai souhaité traiter des trois albums d’un seul coup pour pouvoir aborder la question chronologique, qui me paraît primordiale, d’où la nécessité de diviser cela en trois parties.

En marge de la sortie de son deuxième album, le duo effectua quelques petits changements concernant Neurasthénie, cela n’étant évidemment pas sans rapport avec le changement de nom du groupe. Ainsi, l’artwork primitif qui exhibait un individu prostré au milieu d’un endroit fort sombre laissa place à une espèce de figure passablement humanoïde que l’on croirait avoir été imaginée par un enfant. L’inquiétude palpable sur l’artwork de Niflheim fut remplacée par quelque chose qui ne nous évoque finalement pas grand-chose sur celui de Gris. Dommage. De la même manière, le titre originellement appelé « The Cold Wind Of My Breath Is Always Blowing » fut raccourci, Dieu merci, pour ne garder que les trois premiers mots de sa dénomination.

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Quant au changement de nom en lui-même, il qualifie à merveille la musique de notre duo. Si vous ne l’aviez pas encore remarqué, la musique de Gris oscille toujours entre joie et désespoir. Ainsi, en choisissant de nommer leur groupe de la même manière qu’une teinte qui n’est ni blanche, ni noire, mais un mélange des deux, les deux artistes québécois ont trouvé le terme parfait pour illustrer les différentes choses évoquées dans leur musique. Simple, mais efficace. Il est vrai que les québécois n’ont pas toujours le même regard que nous, français, sur l’utilisation de la langue française, mais soyons simplement heureux de pouvoir jouir d’un univers aussi recherché retranscrit dans la langue de Molière.

Un an seulement après la sortie de Neurasthénie, Gris récidive donc avec Il Était Une Forêt, un album qui marque un tournant on ne peut plus significatif sur le plan musical. Oubliées les distorsions omniprésentes, l’enregistrement volontairement lacunaire et les dégoulinements maladifs de sonorités sordides. Laissons place à la mélodie, à la beauté, au charme et à la contemplation. Autrement dit, le passage du premier au deuxième album, sans transition, fut particulièrement brusque, surtout pour un public qui s’était habitué aux hurlements propres au bon black metal du terroir. Au lieu de se trouver face à un album suivant la même ligne de conduite, ce public découvrit un album pictural bien plus porté sur la méditation, avec une dimension métaphysique des plus majestueuses.

De toute évidence, si vous faisiez partie du public en question au moment de la sortie de Il Était Une Forêt, vous avez dû vous demander si les musiciens de Gris étaient bien ceux qui avaient composés Neurasthénie. La réponse est oui, évidemment. Désireux d’apporter davantage de profondeur à leur musique, nos québécois ont davantage opté sur l’aspect évocateur que pouvaient avoir leurs compositions, et c’est ainsi que ce deuxième album se montre bien plus poussé que ne pouvaient l’être les sonorités crachées de Neurasthénie. Dès les premières notes de « Il Etait Une Forêt », le titre éponyme, une certaine maturité se dégage de la musique de Gris, et cette tendance se confirme jusqu’à la fin de ce chef d’œuvre qu’est « La Dryade ».

Nous pourrions dire maintes choses sur chaque titre qui compose cet album, car chacun présente des caractéristiques qui lui sont propres, et les avis peuvent aussi diverger selon les perceptions. Mais nous sommes au moins sûrs d’une chose, la raison qui a entraîné le changement de nom, à savoir, la volonté de produire une musique à mi-chemin entre la gaieté et la tristesse, est bel et bien audible à l’écoute de Il Était Une Forêt. Nous retiendrons un seul détail qui permet de faire état de cela, et ce détail se trouve sur le titre « Cicatrices ». Dans la première moitié du titre, entre deux riffs particulièrement agressifs, Icare se déchire les cordes vocales en poussant un hurlement des plus glacials. Ce cri, situé entre le rire et le rugissement de douleur, est véritablement le symbole suprême de la musique et de l’identité de Gris, le symbole de cette balance constante.

Cette dernière nous offre des sonorités parfois enivrantes et propices au recueillement, comme c’est le cas sur « La Dryade ». Les caractéristiques presque néoclassiques de la piste désorientent totalement l’auditeur de manière exaltante. C’est à ce titre qu’il est devenu très complexe de ranger Gris dans un sous-genre précis une fois ce deuxième album sorti. Si certains titres nous rappellent, du moins en partie, le black metal froid présent sur Neurasthénie, comme « Cicatrices » ou la deuxième moitié de « Veux-Tu Danser ? », la ligne conductrice de cet album se veut polymorphe, ce qui rend l’écoute de Il Était Une Forêt unique.

Comme précisé au préalable, Gris a choisi, avec la sortie de ce deuxième album, de se diriger vers le français comme langue d’expression. C’est ainsi que les paroles, elles aussi, furent rédigées en français. En vérité, nous ne sommes pas sûrs que les paroles de Neurasthénie fussent rédigées en anglais dans la mesure où elles étaient introuvables et véritablement incompréhensibles. Dans le doute, affirmons qu’il y eût une passation de pouvoir entre les deux langues. Ainsi, avec des paroles en français et un livret pour les mettre à disposition des possesseurs de l’album, nous avons accès à tout un lot de textes plus évocateurs les uns que les autres. La claque.

Ces derniers pourraient faire l’objet d’une étude littéraire à eux-seuls tant ils soulignent les aspects les plus noirs de la condition humaine avec rectitude et gravité. En revanche, concernant cette balance émotionnelle dont il est question depuis le début de cette étude, nous ne retrouvons pas ses caractéristiques dans les textes, qui se veulent, en majorité, sombres et maladifs. Mais quelle plume. Chaque mot est choisi avec un soin extrême pour faire naître, en l’occurrence, chez le lecteur, des émotions en parfaite adéquation avec celles provoquées par la musique qui l’accompagne. De plus, il est particulièrement agréable de pouvoir comprendre ces paroles à l’oreille, ce qui était purement et simplement impossible sur Neurasthénie.

Si l’album a pu priver Gris d’une bonne partie du public qui fût tout bonnement conquis par Neurasthénie, nous imaginons qu’il a, dans le même temps, su amener à lui de nouveaux auditeurs, désireux de se plonger dans une musique moins agressive et plus méditative. C’est à ce titre que Il Était Une Forêt a fait de Gris un duo dont le genre était des plus flous, et la tendance n’a fait que se confirmer à la suite de la sortie de son troisième album, À l’Âme Enflammée, l’Äme Constellée.

Première partie

Troisième partie

 

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Fondateur / Rédacteur chef - maxime.deruy@gmx.fr

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