Actualités

Aosoth – IV : An Arrow in Heart

Pays : France
Genre : Black Metal Orthodoxe
Label : Agonia Records
Date de sortie : 16 Avril 2013

Antaeus ressort un album après une décennie, Aosoth prépare un nouvel opus et VI a un split et peut être même un nouvel album sur le feu lui aussi. MKM, BST et leurs amis sont décidément actifs ces temps-ci. Ainsi, pour préparer le retour d’Aosoth et pour pallier à mon manque d’intérêt pour l’actualité black metal du moment, voici un retour sur le dernier album en date du groupe.

f-r200-4989

IV : An Arrow in Heart est un album unique. Complètement conceptuel et intègre à lui-même. À ce titre, il est d’ailleurs frustrant de constater que les paroles sont introuvables, autant sur internet que dans le digipack. Mais cela ne doit pas vous empêcher d’apprécier à sa juste valeur cet album hors du commun.

La première chose qui saute au visage quand vous posez l’oreille sur cet album est le son des guitares. Lourd, épais, dense et gras, il vous engloutit sous sa masse compacte et pesante. Ce travail sur la sonorité des guitares donne aux riffs quelque chose de profondément malsain, de dérangeant. Déjà esquissée sur Ashes of Angel et confirmée sur III : Violence and Variations, cette matière sonore mouvante et glaiseuse appelle autant au spirituel qu’elle vous colle au sol. Sur la piste d’ouverture éponyme, Aosoth déploie ce maléfice sonore sous la forme d’un riff dérangeant au possible, répété puis martelé avec l’aide de la batterie très nuancée.

C’est l’un des points forts de ce disque, tous les instruments sont à l’honneur. BST accomplit un travail titanesque sur la batterie, qui lâche des blasts très violents pour les faire varier avec des rythmiques plus posées, couplées avec une basse ultra présente. Le disque est parsemé de passages rythmiques menés par la basse et la batterie, qui vous font tomber en transe sans aucun délai. Celui présent sur le premier morceau est simplement fabuleux. Ces passages, en plus de l’habituellement géniale voix rauque et possédée de MKM, affirment la couleur définitivement religieuse de l’album. On nage en pleines eaux orthodoxes, alternant entre profondeurs et surface. Abysses sur des morceaux comme « Temple of Knowledge », qui vous enfonce la tête sous l’eau lourde et trouble du doute et de l’angoisse théiste. Plus lumineux sur « Under Nails and Fingertips », qui lorgne parfois vers le dernier album de VI, dont je vous ai fait l’éloge il y a quelques temps. La lumière est bien présente sur ce disque, mais elle n’est pas plus saine que les ténèbres.

Il faut également mentionner la production. BST s’est chargé du mix dans son propre studio. L’approche du black metal est résolument moderne, avec cette importance donnée à la création d’un tout dans lequel chaque instrument est audible indépendamment du son global. Le pari est entièrement réussi, et donne un rendu total massif et imposant. On sent un réel travail sur le mix, sans pour autant subir le syndrome du son trop léché et impersonnel. Un travail d’orfèvre, qui donne un vrai cachet de sincérité à l’album.

logoa

Après quatre chansons, l’album livre deux intermèdes appelés « Broken Dialogue 1 » et « Broken Dialogue 2 ». Les deux pistes dépassent de peu les trois minutes et sont superposables. Vous retrouverez d’ailleurs une version effectivement superposée de ces deux pistes sur la compilation IV / Appendixies, sortie uniquement en cassette. Rassurez-vous, c’est aussi disponible sur YouTube si vous ne pouvez lire de cassette. Les deux chansons proposent des samples de dialogues à sujet religieux, superposés à des instrumentalisations à la guitare. Chacun de ces dialogues brisés est extrêmement prenant, dégageant une atmosphère de fanatisme étouffant, une angoisse religieuse nauséeuse et profondément dérangeante. L’arrivée violente des guitares saturées massives sur fond de chœurs discrets sur la première piste, et les coups brisant brutalement l’ambiance de dévotion de la deuxième suivis d’arpèges obsédants, font flotter un parfum de dolorisme religieux, et réveille toutes les manifestations les plus perverses de la chrétienté. La mortification, la paranoïa diabolique, le fanatisme, la superstition, l’autorité arbitraire de droit divin. Tout cela est présent sur ces deux pistes. Un très gros point en faveur de l’album, qui offre ici un travail époustouflant d’ambiance et de dosage. Loin des intermèdes ambient minimalistes souvent écoutables sur les albums de black metal, ces pistes font intégralement partie de l’ambiance globale du disque.

Enfin, la dernière piste longue de quatorze minutes « Ritual Marks of Penitence » vient clore l’album avec une dévotion et une grâce mauvaise déroutante. Loin d’avoir épuisé son concept ou son talent sur un album de cinquante minutes d’ores et déjà excellent, Aosoth livre un morceau fleuve qui passe avec une rapidité impressionnante. Le riff introductif vous assène sa malfaisance encore et encore sur un rythme mid tempo très marqué, puis se mue peu à peu en litanie à deux guitares. Ce chapelet abject aboutit sur une plage où la batterie est à l’honneur, avant qu’un blast ne vienne meurtrir avec une infatigabilité surnaturelle le peu de bons sentiments qui demeuraient en vous. Un morceau magistral, dont le groupe a fait un excellent clip, que vous pouvez voir ci-dessous.

L’impact global du disque est viscéral. On ne s’en relève pas tout de suite, tout comme quelques écoutes attentives sont nécessaires pour le saisir et le ressentir à sa juste valeur. Une fois ce travail effectué, ce disque est inusable. Son effet ne diminue jamais. Surnaturel, c’est le mot qui convient. Et quand on entend MKM proclamer « Gloria Diaboli » sur la dernière piste, on sait que le mot est définitivement bien choisi.

La flèche dans le cœur que décoche Aosoth est parfaitement effilée, et ne ressort jamais une fois fichée. Cet album parle aux tripes lorsque le précédent était plus psychologique. Vous êtes ici en plein tourments religieux, profondément incarnés et non seulement intellectuels. L’angoisse théiste, la peur religieuse, le démon. Tout ça est inséminé en vous par le biais de cette flèche qu’Aosoth plante dans votre cœur. Cet album est un manifeste de foi. Une foi qui comporte ses propres lumières et ses propres ténèbres, sans que ces deux concepts ne soient opposés. Aosoth plante sa spiritualité dans la chair, douloureusement.

About dantefever (124 Articles)
Salut vous

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :