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Wardruna – Runaljod – Ragnarok

Pays : Norvège
Genre : Folk Ambient
Label : By Norse
Date de sortie : 21 Octobre 2016

Que ceux ici qui n’ont jamais entendu parler de Wardruna lèvent la main. Normalement, personne ne vient d’agiter vaguement le bras devant son écran. Le projet de Kvitrafn, qui a eu le bon goût de quitter le navire Gorgoroth quand il en était encore temps, fait parler de lui depuis la sortie de son premier opus Runaljod – Gap Var Ginnunga, en partie grâce à l’implication maintenant révolue de Gaahl et de l’utilisation de la musique du groupe dans une certaine série télévisée et un certain documentaire. Mais derrière toute cette exposition médiatique, il ne faut pas oublier la visée originelle de Wardruna. Celle de nous plonger dans ce à quoi pouvait ressembler l’ambiance de la civilisation scandinave du temps jadis.

ragnarok

Après le chef-d’œuvre Yggdrasil sorti en 2013, Wardruna nous présente maintenant Ragnarok. Et l’ambiance a beaucoup changé. Là où la précédente production nous emmenait dans une atmosphère plutôt apaisée et chargée de mysticisme enchanteur, Ragnarok se fait plus épique, plus guerrier. En témoignent les tambours battants et les cors graves de l’ouvreur « Tyr », nommé d’après le dieu du même nom occupant une place primordiale dans la mythologie nordique et en particulier dans les événements du fameux Ragnarok. Les rythmes sont très marqués, les mélodies secondaires. L’heure n’est plus à la contemplation du grand If, mais à la dernière grande bataille. La seconde piste « UruR », plus ambiante et sombre, est introduite par des grognements sauvages d’une grande et féroce bête. Peut-être un loup ou un ours. Pourquoi pas Fenrir d’ailleurs, censé avaler le soleil à l’heure de la dernière guerre. Cette annonce vient confirmer que la légèreté n’est définitivement plus de saison. Une voix féminine semblable à une pleureuse funéraire semble se désoler de la catastrophe à venir, les cornes sonnent ponctuellement les malheurs à venir. Peu de variations, mais un climat austère et impérieux s’installe d’office et vous impose avec hauteur sa solennelle gravité.

Quelque chose est bien sensible dans ce nouveau disque, quelque chose qu’il est étonnant de constater chez Wardruna. Le groupe se fait moins folklorique qu’ambient finalement. La production précédente était elle très ancrée folk, avec ses multiples mélodies jouées sur des instruments traditionnels et cette ambiance proche de la nature. Ici, Wardruna effectue une migration vers quelque chose de plus dark ambient ou tribal. Les percutions sont au premier plan, les sonneries de cors sont présentes partout sur l’album, mais vous ne retiendrez que peu de mélodies. Du moins durant les trente premières minutes. Plutôt une certaine ambiance, une atmosphère de conflit cataclysmique vécu de loin. Vous n’êtes pas plongé au cœur de la bataille, mais vous percevez dans chaque seconde que la trame même de l’univers est bouleversée. Beaucoup de samples sont ajoutés, les clameurs de la guerre sont parfois audibles de très loin, et les apparitions des cordes viennent faire naître dans votre esprit les remous de ce gigantesque conflit duquel dépend le sort de l’univers. Il se passe décidément de grands événements, d’une ampleur cosmique, mais vous n’avez aucun rôle à y jouer. Vous êtes laissés derrière, impuissant, et vous ne pouvez que contempler le nuage de poussière pour essayer de deviner l’issu de l’affrontement au milieu de votre monde déjà en deuil. Après tout, vous n’êtes qu’un homme. Un tout petit, si petit être humain.

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Ce disque est également celui dans lequel Kvitrafn se lâche au niveau du chant. Il nous offre des vocalises habitées, pleines d’implication et hantées par le tragique de la situation. Tout cela risque de très mal finir, vous savez. Dans cette tourmente, vous avez toutefois l’occasion de vous raccrocher à quelques sentiments vécus à la petite échelle humaine, signant le retour aux mélodies. C’est le cas sur « Raido », dans laquelle sur un arpège de ce qui doit être une lyre viennent s’ajouter un air de flûte et un chant plus proche de ce que nous pouvions entendre sur Yggdrasil. Clairement une respiration nécessaire et bienvenue dans un album très pesant. Sa suivante « Pertho » suit plus ou moins un chemin similaire, avec une mélodie de cordes pincées persistante qui se volatilise soudain en fin de chanson, laissant place à une nappe de son austère sur laquelle vient très vite s’imposer le puissant rythme tribal de la piste suivante. « Odal » vient ainsi prendre l’auditeur à revers avec des voix d’enfants et une mélopée poignante chantée par un chœur mixte, brusquement interrompue par de nouveaux tambours implacables. La piste fait partie des plus grandes réussites de l’album, et instaure une atmosphère plus touchante et intimiste. Cette chanson semble évoquer la famille et la complémentarité qu’ont les membres d’un foyer les uns pour les autres. Assez logique quand on sait qu’Odal est la rune nordique symbolisant la famille et le patrimoine culturel commun. Globalement, cette seconde partie d’album est plus apaisée, plus calme et plus proche du disque précédent. Pour oser une interprétation, on pourrait imaginer qu’après avoir évoqué la fin des temps, l’importance des choses essentielles que sont la famille, le foyer et le patrimoine semblent d’autant plus fragiles, primordiales et précieuses. Comme si le cataclysme ressenti obligeait à se rapprocher de ce qui nous définit le plus.

La dernière piste, « Runajold », replonge dans l’atmosphère tribale et plus sombre du début de l’album. Les tambours battent une rythmique entraînante, les voix masculines stoïques réapparaissent. Les cordes ne sont pas pour autant oubliées, et les violons d’un autre âge viennent soutenir ce grand chant final dans lequel semblent se mêler tous les éléments du disque en une apothéose finale très réussie et maîtrisée. Du début à la fin, le disque est cohérent, et articule ses deux parties distinctes avec intelligence. Une heure d’ambient tribal et austère aurait fini par être ennuyeux, un disque trop proche d’Yggdrasil aurait peut-être été trop facile. Ragnarok peut être assez déroutant, si l’on en attend un opus de Wardruna restant dans ses vieux pots. Lesdits vieux pots sont parfaitement délicieux bien sûr, et un Yggdrasil bis aurait été tout aussi plaisant, mais il est tout à l’honneur de Kvitrafn de prendre le risque de nous servir un disque marquant une réelle évolution et peut être plus exigeant que les précédents.

Ragnarok vous déstabilisera surement quelque peu au début. Mais le disque n’est finalement pas si ardu, et l’on se fond finalement plutôt facilement dans son atmosphère plombée. La première partie très austère et solennelle est contrebalancée par la seconde plus folk, dont l’impact émotionnel est décuplé après le côté quelque peu étouffant et imposant de sa grande sœur. Un disque équilibré, qui marque une évolution, mais toutefois plus exigeant que ses prédécesseurs.

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